Une « Europe à plusieurs vitesses » pour relancer le projet européen ?

  Le 6 mars dernier, les dirigeants français, allemand, italien et espagnol se sont réunis lors d’un sommet informel à Versailles afin de réfléchir ensemble aux moyens d’assurer la pérennité du projet européen dans le contexte du Brexit et de la montée de l’euroscepticisme.

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Crédits photo : Le Monde

  Annoncée le 20 février par François Hollande, cette réunion quadripartite vise en particulier à préparer les discussions sur l’avenir de l’Union européenne qui se tiendront au cours prochain sommet européen, à Rome.

« L’Europe à vingt-sept ne peut plus être l’Europe uniforme à vingt-sept » -François Hollande

   Le 25 mars prochain, l’Europe célèbrera les 60 ans du Traité de Rome, texte fondateur de la Communauté économique européenne (CEE). C’est dans ce contexte symbolique que les quatre principaux pays de la zone euro ont décidé de se réunir à Versailles pour donner une nouvelle impulsion à la construction européenne, déjà fortement fragilisée par la future sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

   Conscient des enjeux et défis imposés par cette fracture, le président français François Hollande, a exprimé avec fermeté sa position vis-à-vis de l’Union européenne : « L’Europe à 27 ne peut plus être l’Europe uniforme à 27. Longtemps, cette idée d’une Europe différenciée, avec des vitesses différentes, des rythmes distincts pour progresser, a suscité beaucoup de résistance. Mais aujourd’hui, c’est une idée qui s’impose. Sinon, c’est l’Europe qui explose ». A l’heure du Brexit, la France semble plus que jamais décidée à défendre cette potentielle solution à la crise politique qui sévit sur le territoire européen. « Ou bien on fait différemment, ou bien on ne fera plus ensemble. » a ajouté François Hollande.

   « Il y aura une Union européenne à différentes vitesses, tous ne vont pas participer à chaque fois à toutes les étapes de l’intégration« , avait déjà déclaré la chancelière allemande Angela Merkel lors du dernier sommet européen à Malte. Sur cette question, l’Allemagne rejoint la position de la France. Il en va de même pour l’Espagne et l’Italie qui ont réaffirmé leur souhait de construire une Europe « à différents niveaux » capable d’aller plus loin dans l’intégration européenne.

  Bien que chacun ait fait sa propre déclaration, c’est d’une seule et même voix que François Hollande, Mariano Rajoy, Angela Merkel et Paolo Gentiloni ont fait part de leur volonté d' »aller plus vite et plus fort à quelques pays » dans le but de donner un nouveau souffle au projet européen, si nécessaire dans le contexte mondial actuel.

Un scénario également envisagé par la Commission européenne

   L’idée d’une « Europe à plusieurs vitesses » (ou « Europe à géométrie variable ») n’est cependant pas nouvelle : elle avait déjà été évoquée en 1994 dans le Schäuble-Lamers Papier, dans lequel Wolfgang Schäuble et Karl Lamers, alors membres du parti chrétien-démocrate allemand CDU, exprimaient leur volonté de forger un « noyau dur européen » (Kerneuropa) composé d’Etats membres désirant coopérer plus étroitement et de manière plus efficace pour renforcer la construction européenne.

   Mais le concept d’« Europe à plusieurs vitesses » pour relancer le projet européen est désormais sérieusement envisagé par la Commission européenne elle-même, qui lui consacre un chapitre entier dans son Livre blanc sur l’avenir de l’Union européenne, publié début mars (cf. scénario 3 du document). Bien qu’il n’ait pas été explicitement présenté ainsi lors de la présentation du document par Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen le 1er mars dernier, ce scénario semble être le plus probable. Ainsi, les pays qui le souhaiteraient pourraient se regrouper et avancer plus rapidement sur certains sujets tels que la défense, l’Union économique et monétaire ou l’harmonisation fiscale et sociale, qui font actuellement l’objet de blocages par d’autres Etats membres.

   En dépit de la vigueur des propos tenus par les quatre dirigeants, le projet d’une Europe à plusieurs vitesses se voit aujourd’hui confronté à des obstacles de taille : l’année 2017 s’annonce notamment cruciale pour les Pays-Bas, la France et l’Allemagne en raison des élections qui doivent s’y tenir. La possible montée, voire victoire, des partis d’extrême-droite ne cesse de faire planer le doute sur la pérennité de la construction européenne.

   En outre, l’initiative est susceptible de déplaire aux pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie). Bien que peu actifs sur le plan politique en Europe, ceux-ci risquent malgré tout de se sentir exclus du projet européen auquel ils ont adhéré il y a un peu plus de dix ans.

   Face à de telles incertitudes, il convient de rappeler les mots qui redonnèrent l’espoir de la paix et de la prospérité sur le territoire européen au lendemain de la Seconde Guerre mondiale :

« L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. » -Déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950

Virginie CARDOSO

 

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