Les affaires européennes ont-elles un genre ?

      La Journée internationale des droits des femmes pose évidemment la question de la parité dans la sphère politique. A cette occasion, Voix d’Europe fait le point sur le rôle des femmes dans la politique européenne.

    S’il est vrai que de plus en plus de femmes s’intéressent aux sciences politiques et poursuivent des études dans cette voie, il est en revanche toujours aussi affligeant de constater que très peu d’entre elles sont présentes au plus haut des exécutifs européens. On ne peut le nier : plus on monte les marches du pouvoir, plus les femmes se font rares. Leur rôle dans la construction européenne paraît donc, à première vue, bien limité. Certes, la situation s’est nettement améliorée par rapport aux décennies précédentes, mais la route vers la parité est encore longue. Comment expliquer cette absence de femmes au sein des plus grandes institutions et organisations internationales, alors que celles-ci sont toujours plus nombreuses à s’engager en politique ? Et quelles places occupent réellement les femmes à Bruxelles et à Strasbourg ?

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De gauche à droite, de haut en bas : Marianne Thyssen, Commissaire à l’emploi, Cecilia Malmström, Commissaire au commerce, Margrethe Vestager, Commissaire à la concurrence et Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Crédits photo : plus.lesoir.be

   Aujourd’hui encore, la politique reste une « affaire d’hommes » : 89% des dirigeants des principaux partis politiques à travers l’Europe sont des hommes. Ils représentent également la majorité des présidents du continent. Il suffit d’ailleurs d’observer les photos officielles des sommets européens pour le démontrer : on s’étonnerait presque d’y voir des femmes. L’Union européenne ne compte en effet que sept femmes cheffes d’Etat et de gouvernement, à savoir Angela Merkel en Allemagne, Dalia Grybauskaite en Lituanie, Theresa May au Royaume-Uni, Louise Coleiro Preca à Malte, Kolinda Grabar Kitarovic en Croatie, Kersti Kaljulai en Estonie et Beata Szydło en Pologne.

   A croire que les pays est-Européens semblent se faire plus facilement l’idée d’avoir une femme au pouvoir. Enfin, une cinquième et dernière place sur les photos de famille politique est faite pour la Vice-Présidente de la Commission européenne et Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, qui a également son mot à dire lors des réunions des dirigeants européens. Et qu’en est-il dans les institutions ?

   L’Europe reste le continent où les femmes sont le mieux représentées, notamment au sein des institutions européennes. La présence féminine au Parlement européen est bien supérieure à celle dans les Parlements nationaux des États membres (environ 27 % dans l’Union européenne, même si certains Etats comme le Danemark, la Suède, la Finlande ou encore la Belgique disposent d’une majorité de femmes parlementaires). Le Parlement européen est composé en moyenne de 36,9% de représentantes et près de la moitié des députés français siégeant dans l’institution sont des femmes.

   A noter que deux Françaises ont tenu la présidence du Parlement européen : il s’agit de Simone Weil en 1979 et de Nicole Fontaine en 1999. Ce sont d’ailleurs à ce jour les deux seules présidentes que l’institution ait jamais connues. La Commission européenne, quant à elle, est beaucoup moins paritaire que le Parlement. Sur 28 commissaires, 8 sont des femmes, mais celles-ci jouent un rôle essentiel du pouvoir exécutif européen dans la mesure où elles sont responsables des commissions les plus importantes : la concurrence, la justice, le commerce, entre autres. En conclusion, les femmes sont moins nombreuses, certes, mais elles ont acquis de très hautes responsabilités.

   L’adoption de mesures en faveur de la parité a notamment permis un accroissement du nombre de femmes élues dans les institutions – c’est pour cette raison que le Parlement européen est aujourd’hui relativement féminisé. On notera cependant que ces mesures n’ont pas eu de réel impact sur la composition de la Commission. Alors, à la question « Les affaires européennes ont-elles un genre ? », il serait bien tentant de répondre qu’elles restent depuis des années l’affaire des hommes.

   Si la situation semble lentement s’améliorer au niveau européen, c’est bien au niveau national que les mentalités doivent désormais évoluer. Mais cela veut-il dire pour autant qu’il faut arrêter de se battre pour l’égalité ? Plus engagées que jamais, les femmes n’ont pas fini de militer en faveur de l’accès égal des femmes et des hommes au pouvoir politique. Les prochaines élections et nominations du Parlement en 2019 pourraient alors nous réserver des surprises.

   Et si Jean-Claude Juncker se faisait bientôt remplacer par une femme ?…

Virginie CARDOSO

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