Cryoconservation des gamètes : fertilité augmentée

En 2012 en France, plus de 142 708 fécondations in vitro (FIV) ont été menées. Elles ont permis la naissance de 23 887 bébés, selon l’Agence de biomédecine. Cela représente 2,9% des naissances enregistrées cette année-là, soit une naissance sur 35.

Depuis les années 1960, les chercheurs cryogénisent des corps dans l’espoir de les réanimer plus tard, lorsque les technologies auront évolué et le permettront. Si les résultats sont encourageants sur les gamètes on est encore loin de se retrouver face à Hibernatus

La vitrification, technique  qui progresse

Les scientifiques s’intéressent particulièrement à la cryoconservation des cellules humaines parce que l’on envisage de plus en plus des voyages assez longs dans l’espace. La vitrification permettrait aux humains de réaliser des voyages interstellaires, ce qui n’est à l’heure actuelle qu’un doux rêve. Maîtrisée pour la conservation des gamètes humaines (mâles ou femelles), la première étape d’une cryogénisation réussie est la vitrification des cellules. Il s’agit d’une méthode ultra rapide de cryogénisation où la température de l’ovule ponctionné et que l’on souhaite conserver, passe de 37°C à -196°C en moins d’une seconde. Ce procédé ne demande ni beaucoup de matériel ni beaucoup de temps, c’est pourquoi on l’utilise de plus en plus.

Le processus ne cesse cependant d’être amélioré par les chercheurs depuis 2004. L’ajout d’une solution spéciale à base de produits cryoprotecteurs fondés sur la nanotechnologie moléculaire, empêche la formation de cristaux de glace lors de la vitrification qui altéraient les tissus conservés. Cela représente un grand bond en avant pour les chercheurs. La première cryoconservation de gamètes humaines a été réalisée par deux chercheurs australiens, Trounson et Mohr, en 1983. Trois ans plus tard, naissait le premier bébé issu d’ovule cryogénisé.

Lutter contre les effets du temps

Apple et Facebook ont déjà incité leurs employées à cryoconserver leurs ovocytes pour retarder un projet de grossesse, et ainsi, se consacrer pleinement à leur travail. Les deux entreprises qui souhaitent attirer des talents féminins dans un univers relativement masculin, promettent de soutenir financièrement les femmes qui accepteraient de mettre leur horloge biologique sur pause. Ainsi, elles couvrent les frais à hauteur de 20 000$ pour les deux prélèvements d’ovocytes et les frais de conservation, soit 500$ par an. Pour beaucoup, la cryogénisation des gamètes est un moyen de repousser les effets du temps: une femme de 40 ans aurait alors des chances de devenir mère grâce à une fécondation in vitro (FIV) de ses propres ovules. Le patrimoine génétique des deux parents est ainsi protégé.

Apple et Facebook expliquent qu’il s’agit là d’une solution pour les femmes qui n’auraient plus à choisir entre carrière et enfants. Mais les féministes outre-Atlantique dénoncent un message très négatif envoyé aux femmes, à savoir qu’elles ne peuvent pas concilier maternité et vie professionnelle.

La ministre française de la Santé, Marisol Touraine assure qu’il n’y a pas de risque que cela arrive en France, dans la mesure où « ce n’est pas aux employeurs de s’emparer de ces sujets ».

De plus, plusieurs médecins qui se sont penchés sur le sujet expliquent que cette méthode ne garantit pas d’avoir un bébé. Cela présenterait des risques liés à l’état des tissus de l’utérus des femmes âgées de plus de 44 ans. Effectivement, un ovule même jeune, a moins de chance de s’implanter dans un utérus âgé.

Les limites de la science

En France, cette pratique est très encadrée et n’est possible qu’en cas de traitement lourd pouvant altérer sévèrement la fertilité des patients (chimiothérapie, radiothérapie par exemple). Aux Etats-Unis, des médecins proposent même une vitrification totale du corps humain, en cas de mort cérébrale. Ils promettent aux candidats à la cryogénisation une nouvelle vie, plusieurs centaines d’années après leur mort. Et la proposition fait recette : plus de 200 personnes ont déjà payé entre 30 000 et 200 000$ pour faire partie du programme.

Pourtant, en 2017, l’avancée de la science ne permet absolument pas de prédire ou d’assurer à ceux qui optent pour cette méthode qu’ils pourront se réveiller en bon état, ni même qu’ils se réveilleront tout court. Mais comme le souligne cyniquement Dennis Kowalsky, dirigeant du Cryonics Institute dans le Michigan : « On ne peut pas promettre à quelqu’un qui va mourir que son corps pourra être réanimé dans les siècles à venir. On ne peut pas prévoir les avancées techniques. Mais qu’est-ce qu’un mourant a à perdre en se faisant cryogéniser, à part un peu d’argent, qu’il perdra de toute façon en mourant ? »

Chloé LOURENÇO

NB: cet article a d’abord été publié sur Anthropotechnie, un blog de la Fondation pour l’innovation politique

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