Le futur de la vidéosurveillance

Devant aider l’homme à confondre les délinquants ou à gagner en sécurité, les caméras de vidéo protection se sont multipliées dans les villes. Mais elles ne sont pas toujours efficaces : il n’y a parfois personne derrière l’écran pour voir la scène en direct et envoyer une patrouille de police sur place. C’est pourquoi la mairie de Toulouse a annoncé récemment vouloir déployer un système d’alertes intelligent, conçu par la société américaine IBM et qui devrait l’aider à mieux gérer son système de vidéosurveillance. Une innovation qui optimise plus qu’elle ne généralise le contrôle de la ville.

 

Comment cela fonctionne-t-il ?

Un système de vidéosurveillance est composé de caméras qui tournent sur un secteur précis et qui envoient des images au poste de contrôle de la ville. Elles sont ensuite analysées par un être humain.

Cependant, comme le souligne le 9ème adjoint au maire de Toulouse, Olivier Arsac (1), « il est inutile d’avoir un humain derrière un écran s’il ne voit pas les bonnes choses, ou pire s’il ne voit rien ». En moyenne, ce sont quelques 6000 images par seconde qui sont envoyées : toutes ne peuvent être affichées sur les écrans. La rotation des clichés est donc aléatoire, et il suffit que le hasard fasse mal les choses pour qu’un évènement dangereux passe au travers des mailles du filet. C’est à ce moment-là qu’intervient le logiciel d’IBM.

Effectivement, la société américaine a développé, après les attentats du 11 septembre et en partenariat avec la Défense américaine, un algorithme qui « trie » les images. Le logiciel exploite les capacités de calcul embarquées de la caméra pour analyser en temps réel les données qu’elle reçoit. Ensuite, il envoie aux opérateurs une alerte la plus pertinente possible, lorsqu’il repère une situation anormale (4). Cela peut aller d’un simple colis abandonné depuis plusieurs minutes à un groupe de personnes se mettant soudainement à courir. Si quelque chose d’anormal est détecté sur une caméra, une alerte est lancée pour montrer immédiatement le visuel à un opérateur du poste de contrôle.

Mais comment différencier l’anormal du normal ? IBM explique que son algorithme fonctionne avec des seuils, automatiquement réglables et programmables par un être humain. La machine est ici au service l’homme et non pas faite pour le remplacer. Elle doit simplement l’aider à décider s’il est nécessaire ou pas d’intervenir.

Enjeux de sécurité

Le logiciel n’a pas été conçu que pour un usage policier. Comme l’a fait savoir IBM, il doit aussi être mis au service de l’assistance aux personnes, pour prévenir certaines situations dangereuses. Par exemple, à Toulouse, la mairie l’exploite pour éviter les noyades dans la Garonne. Une barrière virtuelle a été définie le long des quais afin d’alerter le poste de contrôle en cas de franchissement. Sa délimitation varie en fonction de l’heure : le jour, celle-ci suit le tracé des berges du fleuve. En revanche, la nuit (entre 23h et 6h), elle est reculée de quelques mètres pour être certain qu’un individu éméché, tenté par une baignade nocturne ne tombe à l’eau. Les dirigeants d’IBM font la promotion d’un logiciel « à l’usage vertueux » pour les êtres humains, visant à les assister et à les protéger.

 

Une technologie à améliorer

Si les techniques de vidéosurveillance ont subi de nombreuses améliorations ces dernières années (la résolution a été largement augmentée par exemple), beaucoup de travail reste à faire. Dans un rapport, IBM estime être passé à l’heure de la « smart surveillance » (2), c’est-à-dire de la surveillance augmentée, automatisée et « semi-intelligente ».

Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est en train de remplacer l’homme. Au contraire, sans un humain derrière l’écran pour éviter les débordements possibles de l’algorithme, ce dernier n’est pas efficace, et pourrait même s’avérer contre-productif. L’entreprise américaine explique d’ailleurs que son outil doit permettre de réduire la marge d’erreur des hommes, pas de travailler à leur place. Effectivement, des études ont démontré que la vigilance des agents de sécurité chutait au bout de 20 minutes (3) d’attention continue : le logiciel développé par IBM a, avant tout, un rôle d’assistance.

Pour l’Association nationale de vidéosurveillance, AN2V, il y a 3 étapes lorsqu’un acte délictueux est commis : avant l’acte en lui-même, il faut dissuader, pendant sa réalisation, il faut intervenir, et après, il faut élucider. Aucune machine ne peut encore faire les trois en même temps, seul le cerveau humain en est capable, et pour l’instant, cet algorithme ne peut faire qu’1% de ce que fait le cerveau humain.

La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) surveille également de près cet algorithme, craignant la naissance d’un système trop intelligent, qui entrerait en collision avec la vie privée des personnes.

 Mais qu’elle se rassure : Robocop n’est encore –et pour un certain temps- qu’un mythe !

NB cet article a d’abord été publié sur Anthropotechnie, un blog de la Fondation pour l’innovation politique

Chloé LOURENÇO 

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