1er débat des présidentielles de 2017 : entre punchlines et ennui

  La présidentielle française commence, enfin, à entrer dans le vif du sujet : lundi dernier, les 5 principaux candidats aux élections (ils sont normalement au nombre de 11, mais tout le monde ne semble pas être logé à la même enseigne…), François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se sont livrés à un débat féroce… Enfin, c’est du moins ce que nous aurions aimé voir, car les débats politiques en famille du dimanche sont en réalité bien plus passionnants et passionnés que le spectacle donné par nos candidats la semaine dernière.

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Crédits photo : RTL

Macron et Hamon font un débat à part, Marine Le Pen calme, Fillon absent…

  Si tout le monde s’attendait à un François Fillon en pleine forme malgré les nombreux scandales l’ayant touché, celui-ci ne s’est à vrai dire pas fait particulièrement remarquer. Au contraire, le candidat des Républicains a opté pour un débat posé où il se limitait à répondre aux questions qu’on lui posait, souvent même un peu trop rapidement, sans jamais aller trop loin son discours et sans pencher plus pour un sujet plutôt qu’un autre.

  Autre grande « absente » de ce débat : Madame Le Pen ! Et oui, car il ne faut pas se leurrer, tout le monde attendait les propos du Front National, soit pour les critiquer à la virgule près, soit pour les soutenir… à la virgule près. Même si certains thèmes de sa campagne ont bien été re-proposés (elle souhaite notamment interdire non seulement l’immigration illégale, mais également l’immigration légale), celle-ci ne s’est « emportée » que vers la fin du débat lorsqu’elle a exprimé son avis sur le contenu « vide » du discours d’Emmanuel Macron. De plus, elle ne répondait pas aux nombreuses punchlines de Mélenchon.

  Les deux candidats de gauche Macron et Hamon (mais peut-on considérer Emmanuel Macron vraiment un candidat de gauche ?) se sont adonnés à leur tour à un débat plus dynamique.

  De son côté, Emmanuel Macron a joué la carte de la bonne humeur, reprenant souvent des éléments de discours d’un candidat, puis d’un autre, laissant ressortir ainsi l’idée que son programme n’est rien d’autre qu’un parfait mélange des idées que les Français souhaitent entendre.

 Benoît Hamon, quant à lui, s’est montré plus direct dans ses réponses. Le socialiste a semblé construire son débat autour de la tension avec son adversaire, allant jusqu’à aborder le sujet du financement de la campagne d’Emmanuel Macron, ce dernier ayant assuré que son mouvement En marche! ne recevait aucun financement de la part des « lobbies ». Le candidat socialiste a eu bien du mal à y croire.

Le « Jean-Luc Mélenchon show »

  Mais la vraie star de la soirée a sans doute été Jean-Luc Mélenchon, qui, avec ses blagues et ses punchlines, a été le candidat le plus dynamique de la soirée. Car il en a eu pour tout le monde et pour tous les sujets !

  Suite à son échange avec Emmanuel Macron et Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon a fait remarquer qu’il « fallait bien qu’il y ait un débat au PS ». Il s’est ensuite moqué des « pudeurs de gazelle » lorsque les présentateurs ont à peine évoqué les scandales dontMarine Le Pen et François Fillon font l’objet, ou encore lorsque le candidat des républicains évoque le nombre d’heures travaillées par les Français et qu’il répond : « Vous voulez voir le nombre d’heures de travail de la Roumanie ?! ».

  Les blagues du candidat de la France Insoumise ont même diverti ses rivaux qui n’ont souvent pu s’empêcher de rire, sans doute parce qu’il a donné un ton plus piquant à une soirée qui allait sans doute couler dans l’ennui et la répétition.

  Avec cette stratégie et ses propos, Jean-Luc Mélenchon a réussi à convaincre (ou amuser ?) un bon nombre de Français, si l’on se tient aux sondages de l’après débat qui le voient devancer Benoit Hamon.

Un débat à l’américaine raté ?

  Si l’objectif de ce débat était de rappeler les grands débats présidentiels américains, le résultat est sans doute loupé.

  Sujets passés à la trappe (est-il possible de ne pas parler d’Europe dans un débat pour l’élection présidentielle française ?), temps de parole mal géré, candidats peu enthousiastes, présentateurs indifférents, sans revenir sur le fait qu’il manquait en effet 6 candidats et donc la démocratie a aussi été oubliée…

  Et même si un débat à l’américaine n’est pas vraiment possible en France, notamment en raison du nombre de candidats présents et de la différence du système électoral entre les deux pays, le concept de débat ouvert pour que les citoyens puissent avoir une idée d’ensemble sur les idées et propositions de leurs candidats est sans doute juste, or il faudrait pouvoir mieux gérer cela, par exemple en donnant un temps de parole égal à tous pour pouvoir ainsi aborder tous les sujets et éviter de traîner en longueur sur d’autres, en particulier lorsqu’un candidat commence à en parler avec ferveur.

  Il y a donc beaucoup de choses à améliorer dans ce type de débat, mais pour une première fois, l’expérience n’est pas tout à fait ratée. Avec quelques modifications, il est possible de créer un débat « à la française ».

  Le rendez-vous est donc fixé au 4 avril 2017 sur la chaîne BFMTV où, cette fois-ci, les 11 candidats seront présents pour un nouveau grand débat. La chaîne sera-t-elle à la hauteur de ce challenge et saura-t-elle gérer les sujets et le timing entre les candidats ?

  Inutile de dire que Jean-Luc Mélenchon sera le candidat le plus attendu !

Natacha DA ROCHA

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