Europe des consommateurs ou Europe des citoyens ?

Alors que l’Union européenne fait face aux défis les plus importants de sa courte histoire, les Européens doivent choisir : Europe des citoyens ou Europe des consommateurs, qu’attendons-nous de l’Union européenne ?

Alors que 2016 s’achève lentement et que 2017 pointe son nez, prenons le temps de nous arrêter quelques instants sur cette année pleine de rebondissements et de questionnements.

Les Britanniques ont choisi de quitter l’Union européenne. Si l’événement a fait grand bruit, l’incertitude règne. David Cameron a certes démissionné, le parti UKIP ne sait que faire de cette victoire, Theresa May communique mais la situation stagne, comme si chacun attendait que l’autre dévoile son jeu. On ne sait toujours pas comment la Grande Bretagne et l’Union européenne vont négocier cette situation inédite. On ne sait pas non plus si le Royaume-Uni restera uni ou si l’Ecosse en décidera autrement…

Mais aussi important soit-il, le Brexit est aussi symptoma- tique d’une époque : il est la pointe de l’iceberg. Et certains craignent que l’UE soit le Titanic qui vient s’encastrer dedans.

Car le Brexit n’est que la preuve la plus évidente d’un réel danger de délitement de l’Union européenne. Cette dernière af- fronte de nombreux obstacles : les populismes par exemple. Les extrêmes montent, les nationalismes s’af rment. La politique telle qu’on la connaissait et l’exerçait depuis des années semble arriver à son terme, comme le système économique et nancier. Un vent de renouveau souf erait-il alors sur l’Europe ? Pas vrai- ment : les Européens sont sur la défensive et cherchent à éviter le pire. L’Autriche a failli élire un président d’extrême-droite, Norbert Hofer, candidat du puissant parti de la liberté autrichien, le FPÖ, au cours d’un scrutin assez rocambolesque. Le même

14 BARBARIE // HIVER 2017

jour, l’Italie a clairement dit NON à Matteo Renzi, laissant pla- ner l’incertitude sur l’avenir de son économie et de son système nancier. L’Espagne est sortie avec peine de dix mois de para- lysie politique. La France et l’Allemagne préparent les élections de 2017, la boule au ventre. Ne parlons pas de Donald Trump qui rend la politique internationale plus incertaine que jamais.

L’Union européenne n’est pas épargnée, et il est vrai que 2016 n’a pas non plus été une année facile. Les Européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une politique coordonnée ou au moins concertée concernant les réfugiés. Plus que jamais l’Eu- rope ne parvient pas à parler d’une seule voix, notamment face à la catastrophe syrienne, alors que les enjeux actuels nécessite- raient un traitement européen et non plus seulement national.

L’Union européenne est face à une crise sans précédent, une crise économique, une crise politique mais avant tout une crise identitaire. Ces crises ont mis en lumière les différences fondamentales qui existent entre les Européens qu’elles soient culturelles, politiques ou économiques. Ces différences qui fai- saient autrefois la richesse de l’Europe, qui étaient le terreau d’une construction politique supranationale originale, semblent aujourd’hui être une faiblesse. Il est pourtant encore temps de reprendre le dessus et de faire de nos différences une force. Le Brexit peut être le point de départ de cette nouvelle dynamique, les Européens peuvent discuter de nouvelles possibilités d’inté- gration, comme une Europe de la Défense.

Mais avant cela, chacun doit se poser une question fonda- mentale : que voulons-nous comme Europe ? Pour empêcher le Brexit, les Européens n’ont cessé de demander au Royaume-Uni ce qu’il voulait (OU : faire des concessions au RU?) pour rester au sein de l’Union européenne. Aujourd’hui, c’est à nous de ré- échir et de répondre à cette question : qu’attendons-nous de l’Europe ? Se contenter de faire d’un Bruxelles fantasmagorique le bouc-émissaire de tous nos problèmes n’est pas seulement lâche, c’est contre-productif. Bruxelles est l’identi cation faus- sée d’un exécutif européen qui existe à peine, et nous devrions tous garder en tête que la grande majorité des décisions prises à Bruxelles le sont avec l’aval des gouvernements respectifs des Etats-membres.

A l’origine de la construction européenne, paix et prospé- rité cohabitaient : la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) avait pour but de mutualiser la production de ces deux matériaux nécessaires à la fabrication d’armes et ain- si d’éviter une nouvelle guerre entre Européens tout en liant les destins économiques des Etats-membres. L’intégration s’est faite ensuite (petit) pas à (petit) pas, surtout dans le domaine économique.

Aujourd’hui encore l’intégration politique de l’Union euro- péenne en est seulement à ses balbutiements alors que l’Union économique et monétaire est le volet le plus avancé (bien qu’ina- chevé) de la construction européenne. Marché unique, libertés de circulation des marchandises, des services, des capitaux, des personnes : les piliers de l’intégration européenne sont écono- miques avant d’être politiques…

Les Européens étaient alors avant tout envisagés comme des consommateurs. Et les conséquences de ce paradigme sont en- core visibles : un des domaines où la Commission européenne est le plus puissante est la concurrence. Chaque décision qu’elle rend doit prendre en compte le bien-être des consommateurs européens.

Il faut attendre 1992 pour qu’à Maastricht, une citoyenne- té européenne voit le jour. Et cette citoyenneté est un ajout à la nationalité et à la citoyenneté nationales : « est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre ». La citoyenneté européenne était censée renforcer le lien unissant les Européens aux institutions de l’Union européenne et favo- riser l’émergence d’une identité européenne. En réalité, nom- breux sont ceux qui espéraient qu’en créant une communauté de consommateurs européens, une communauté de citoyens euro- péens voire même une société européenne émergerait, presque comme par magie.

Mais cela n’a pas vraiment été le cas(/Ce qui n’a pas vrai- ment été le cas). L’économie n’unit plus les Européens : la crise des dettes souveraines est le dernier acte d’une désillusion pro- gressive. L’Union européenne n’est plus synonyme de prospérité économique et l’intégration européenne ne fait plus l’unanimité

Dès la n des années 1990, le « consensus permissif » qui avait jusque-là accompagné l’évolution de la construction européenne prend n. Certains -et ils sont de plus en plus nombreux-ont commencé à remettre en doute le bien-fondé de l’intégration européenne. A partir du moment où l’Europe n’était plus une évidence, il a fallu convaincre de sa pertinence et de sa nécessité. Et c’est un des dé s que l’Union européenne n’a pas encore réus- si à relever avec succès.

Le principe de subsidiarité est un des fondements de l’Union européenne : sont uniquement déléguées les compétences à l’Union celles qui seront mieux exercées au niveau européen qu’au niveau national. Nous sommes arrivés à un moment cri- tique de la construction européenne : l’Union européenne n’est pas suf samment intégrée pour qu’elle puisse fonctionner au mieux, mais c’est justement parce qu’il existe des biais et des défauts au niveau européen que l’on refuse d’aller plus loin. (ici, aller à la ligne ?)La question qui se pose est alors : sommes-nous prêts à croire en l’Union européenne, à en faire la forme de notre avenir et donc à se battre pour qu’elle fonctionne au mieux, ou non ? Car laisser vivoter l’Union européenne ou faire deux pas pour reculer de cinq est loin d’être une stratégie gagnante sur le long terme, surtout dans la conjoncture actuelle. Les Etats eu- ropéens ne pourront pas faire face seuls aux dé s à venir, qu’ils soient économiques, écologiques, politiques ou diplomatiques, niprétendre à une position dominante sur l’échiquier interna- tional. L’Union européenne peut être la structure économique et politique pour porter la voix et les valeurs européennes.

Néanmoins, cette Union ne se fera pas sans les citoyens. Il s’agit aujourd’hui de réussir à trouver l’équilibre dif cile entre des avancées minimes, techniques et pragmatiques et un retour au national a n de faire émerger une vision commune de l’avenir européen. Il s’agit alors d’écouter ces citoyens européens et de les inclure davantage dans les processus décisionnels européens a n qu’ils s’approprient l’Union européenne. Il s’agit en n de ne pas désespérer face aux périls et aux obstacles, car après tout c’est face à l’adversité que l’Europe s’est toujours construite…

Marie-Hélène PANTALÉO

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