« Unis dans la diversité » ?

Alors que nous fêtons l’Europe, je ne peux m’empêcher de songer aux défis auxquels elle fait actuellement face. La crise grecque, la montée des populismes, l’incapacité des états membres de s’exprimer d’une seule voix, l’horizon d’un Brexit, les exemples ne manquent pas pour prouver que le projet européen semble aujourd’hui à bout de souffle. Etre Européen ne fait plus autant rêver qu’autrefois, peut-être parce que chacun doit choisir ce qu’être Européen signifie pour lui. Pourtant, la devise de l’Union européenne n’est-elle pas « unis dans la diversité » ?

L’identité européenne résiste aux tentatives classiques de définition. Elle n’a pas de réalité géographique puisque l’Europe n’est pas, à proprement parler, un continent et que sa frontière orientale est incertaine. Elle n’a pas non plus de réalité culturelle car l’Europe abrite une multitude de cultures et de langues. Elle ne se fonde pas plus sur une unité stratégique puisque la défense reste une compétence nationale.

Toutefois, l’élément essentiel d’une identité est, selon moi, plus irrationnel : c’est le sentiment d’appartenance. L’Europe est née d’un « vouloir vivre ensemble »; la construction européenne en est la réussite la plus éclatante. Si la démarche des pères fondateurs a préféré le pragmatisme des réalisations progressives et concrètes, leur but restait une « union étroite » des peuples européens. Une fois cette volonté commune bien arrêtée, tout obstacle est surmontable.

Quid alors des identités nationales ? Doivent- elles disparaitre et laisser la place à une unique identité européenne ? Il serait absurde d’imposer une identité européenne contre les identités nationales. Mais l’identité européenne doit se construire avec les identités nationales, par rapport à elles et en respectant leurs particularités. A l’heure où l’Etat-nation semble souffrir de ses propres limites, l’Europe propose une nouvelle voie. Malgré tout, les Européens s’identifient d’abord à leur patrie. L’Europe est plus présente dans leur vie pratique que dans leur cœur…

 

Comment forger alors une identité européenne? Nier la diversité européenne serait une erreur : on renoncerait alors à la spécificité même de l’Europe. En outre, chaque individu dispose de plusieurs identités qui se superposent, l’identité européenne peut devenir une des strates de notre identité personnelle. Il suffit pour cela de parler plus ouvertement de l’Europe, et donc de créer, entre autres choses, un réel espace public européen – ce qu’ironiquement les différents débats sur les crises actuelles ont sans doute contribuer à fonder.

L’identité est avant tout une construction humaine. A l’instar de l’identité nationale, la création d’une identité européenne est possible. Mais encore faut-il se mettre d’accord sur quelle identité pour quelle Europe. Depuis peu, on cherche à définir activement l’identité européenne et le principe qui prévaut aujourd’hui est celui de l’unité dans la diversité.

Aujourd’hui, nous pouvons choisir d’être Européens, et de faire de cette identité que nous partageons le point de départ d’une plus grande intégration. Mais nous pouvons tout aussi bien décider que l’Europe n’est plus l’horizon vers lequel nous voulons tendre et, faute de mieux, préférer le cadre rassurant des Etats nations.

Se dire Européen aujourd’hui, c’est donc affirmer, dans une certaine mesure, sa confiance dans l’interdépendance européenne, malgré ses difficultés et ses ratés, c’est embrasser la vision d’un futur commun. C’est donc se dire prêt pour passer à l’Europe politique.

Peut-être que ce qui définit le mieux l’identité européenne est le mouvement : l’esprit européen est l’esprit de la liberté, de la révolution, de la rupture. Il échappe à toute définition car une fois figé, il perd son sens.

L’identité européenne puiserait alors sa force et son originalité dans sa capacité à constamment se réinventer. Son renouvellement et le débat qui l’accompagne seraient alors la base paradoxale d’une identité européenne partagée par ceux qui tentent de la façonner. Au lieu de chercher désespérément à la définir, il suffit simplement d’accepter de faire partie d’un grand tout que nous contribuons à forger et d’avancer vers le futur que nous volons construire.

Marie-Hélène PANTALÉO

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