Le premier gouvernement Macron/Philippe : du changement en vue ?

  Avec un jour de retard, Alexis Kohler, Secrétaire général de l’Elysée, est enfin apparu le mercredi 17 mai après-midi sur le parvis du palais présidentiel et a donné la liste du gouvernement d’Edouard Philippe, nommé Premier Ministre deux jours plus tôt par Emmanuel Macron. Que faut-il retenir de ces nouvelles nominations ?

Première-photo-officielle-du-gouvernement-Philippe

Première photo officielle du gouvernement Macron/Philippe. Crédits photo : Tintamarre

Changement de noms et parité

  A l’annonce des nouveaux membres de l’exécutif, un léger étonnement envahit l’espace : non seulement les noms des Ministres ont bien évidemment changé mais également le nom de certains Ministères qu’ils occuperont dorénavant. Le Ministère des Affaires étrangères et du développement international devient le Ministère de l’Europe et des Affaires internationales dirigé par Jean-Yves Le Drian, seul rescapé des gouvernements de l’ère Hollande avec Annick Girardin aux Outre-mer. L’Enseignement supérieur et l’Education nationale sont désormais séparés et administrés respectivement par Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer. Les Sports de l’ancienne escrimeuse Laura Flessel ont mangé la Jeunesse, qui a disparu, et la Santé est désormais associée aux Solidarités – notons bien le pluriel. Le Ministère de la Cohésion des Territoires, avec à sa tête Richard Ferrand, a fait son apparition, sans plus d’éclaircissement sur son rôle. Et changement de nom plus marquant, celui du « Ministère des Armées » de l’eurodéputée centriste Sylvie Goulard et ex-Ministère de la Défense, comme un petit air de nostalgie des années De Gaulle.

  La composition du Gouvernement Philippe respecte, comme promis, la parité. De chaque côté, 9 ministres et 2 secrétaires d’État pour un gouvernement composé au total de 22 membres (sans compter le Premier Ministre). Seul petit hic à noter : trois Ministres ont reçu la gratification symbolique de « Ministre d’État » et ces trois Ministres ne sont que des hommes : Gérard Collomb à l’Intérieur, Nicolas Hulot à la Transition écologique et solidaire puis François Bayrou à la Justice.

  Néanmoins, il est nécessaire de noter la nomination des femmes à des postes ministériels plus importants. D’habitude cantonnées à des portefeuilles dits « moins prestigieux », le gouvernement Philippe a confié les Armées à Sylvie Goulard, le Travail à Muriel Pénicaud ou encore les Affaires européennes à Marielle de Sarnez auprès de Le Drian.

Mélange des partis politiques

  La caractéristique de ce premier gouvernement de « La République en Marche !» réside fondamentalement dans le mélange de personnalités politiques des Républicains, de centristes du Modem et d’En Marche !, de socialistes et de radicaux de gauche. Un choix prévisible de la part d’Emmanuel Macron, assez difficile à orienter sur l’échiquier politique, mais une décision compliquée à mettre en place dans une France où le bipartisme et l’alternance ont régné en maître. Après la déroute de LR et du PS pendant cette campagne présidentielle hors-norme, Macron et Philippe ont misé sur la mixité politique en nommant deux politiciens de droite, Bruno Le Maire au Travail et Gérald Darmanin au Ministère de l’Action et des Comptes publics, ainsi que les deux hommes de gauche précédemment cités, Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian puis le radical de gauche Jacques Mézard à l’Agriculture et l’Alimentation.

  Autre particularité, le fait que nombre de leurs collègues proviennent de la société civile n’ayant jamais eu de fonction ministérielle ou de mandat d’élu/e auparavant : Mmes Pénicaud et Vidal, le médecin Agnès Buzyn est Ministre des Solidarités et de la Santé, l’éditrice Françoise Nyssen hérite de la Culture, la Secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, Sophie Cluzel qui est militante associative et Secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et enfin Elisabeth Borne, ancienne présidente de la RATP désormais à la tête des Transports sous la Tutelle du Ministère de la Transition écologique de Hulot.

  Les deux partisans En Marche ! Christophe Castaner, porte-parole du Gouvernement, et Mounir Mahjoubi viennent clore la liste avec respectivement comme portefeuilles les Secrétariat d’État aux relations avec le Parlement et au Numérique.

Une place inédite dédiée à l’Europe

  Bonne nouvelle pour l’Europe ! Emmanuel Macron, très europhile et qui n’a cessé de mettre en avant l’importance de l’UE durant sa campagne, n’a pas fait les choses à moitié dans son gouvernement. Ce n’est pas un mais DEUX portefeuilles dédiés à l’Europe. Jamais l’Europe ou l’UE n’avaient eu une aussi grande place au niveau national. L’Europe passe même devant les Affaires étrangères dans la dénomination du Ministère de Jean-Yves Le Drian, à l’intérieur duquel un Ministère des Affaires européennes se trouve en tutelle, avec à sa tête Marielle de Sarnez, eurodéputée centriste de l’ALDE. Symbolique certes, mais important à souligner…

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  N’oublions pas de noter une nouvelle fois la nomination de Sylvie Goulard au Ministère des Armées. Cette eurodéputée, fervente europhile et soutien de Macron de la première heure, n’a certainement pas été nommée par hasard à ce poste. Sylvie Goulard est l’une des françaises les plus actives et présentes au sein des institutions européennes. La mise en place d’une défense commune européenne est revenue sur la table au sein de l’UE depuis le vote du Brexit. Avec la puissance militaire de la France et un fort Ministère, le projet devrait prendre plus d’ampleur dans les prochains mois. Cela s’inscrit également dans la volonté de Macron de pousser plus loin l’intégration européenne et de relancer le moteur de l’UE, qui était bloquée par les questions de sécurité et de défense.

  L’Europe a enfin une place de choix dans le nouveau gouvernement français. Avec deux portefeuilles européens et un autre militaire, c’est peut-être le signal que la France attendait pour redémarrer et se remettre en selle aux niveaux européen et international.

Quel futur pour le gouvernement Philippe ?

  Ce premier gouvernement d’Edouard Philippe respecte globalement les promesses de Macron durant sa campagne et est un pas supplémentaire vers la stratégie des Macronistes de la première heure. Des couacs sont à noter au niveau de la communication, assez fermée du côté de l’exécutif et notamment avec les journalistes. Malgré ces petites erreurs, près de 7 français sur dix se disent « satisfaits » de ce nouvel exécutif.

  Ce gouvernement Philippe est provisoire avec les élections législatives des 11 et 18 juin prochains. L’Elysée et Matignon ont d’ores et déjà annoncé que les Ministres qui se présentaient aux législatives devaient impérativement gagner pour garder leur place ministérielle. L’avenir de ce gouvernement est totalement incertain. Il ne faut pas douter, en revanche, de la préparation de l’entourage d’Emmanuel Macron, qui aura très probablement étudié tous les cas de figure.

  Emmanuel Macron aura-il une majorité avec son jeune parti « La République en Marche ! » pour pouvoir garder la main sur le gouvernement ? Y aura-t-il une cohabitation ? Avec qui ? Continuera-t-il dans sa nouvelle stratégie ? Gardera-t-il les mêmes personnes ? La communication sera-t-elle plus ouverte ? Beaucoup de questions que tout le monde se pose et dont les réponses restent imprévisibles aujourd’hui.

  Rendez-vous après le 18 juin !

Wassila ZOUAG

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