L’effet Martin Schulz a fait « pschitt »

Son crâne dégarni, ses yeux bleus bienveillants et sa barbe qui commence à blanchir font de Martin Schulz un personnage aimé et connu tant en Europe qu’en Allemagne. Cet europhile de la première heure aura passé 22 ans entre Strasbourg et Bruxelles, d’abord comme eurodéputé pour le Parti socialiste européen (PSE), ensuite comme président du Parlement européen.

Après avoir conquis le cœur des Européens, Martin Schulz espère, à tout juste 60 ans, conquérir le cœur des Allemands lors des élections législatives du 24 septembre prochain. Pourtant, celui que l’on donnait gagnant il y a peu, va de défaites en échecs et le SPD est en mauvaise posture.

De Bruxelles à Berlin

La carrière politique européenne de Martin Schulz commence en 1994, lorsqu’il est élu eurodéputé PSE pour l’Allemagne. Réélu à chaque fois, sa popularité ne cesse de croitre jusqu’en 2012, date à laquelle il devient président du Parlement européen avec 58% des suffrages. Le 24 novembre 2016, Martin Schulz met fin à sa carrière bruxelloise, en annonçant qu’il ne briguerait pas un 3è mandat pour se concentrer sur sa carrière nationale. Le 17 janvier dernier, il passe le relais à Antonio Tajani, un Italien membre du Parti populaire européen (PPE).

Quand il quitte, presque à regret, son bureau de la rue de Trèves à Bruxelles, Martin Schulz se tourne déjà vers son retour à Berlin. + »L’effet Schulz » se fait sentir en Allemagne : certains le voyaient remplacer Frank-Walter Steinmeier en tant que chef du SPD en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, alors que l’ancien ministre des affaires étrangères devient, en février 2017, Président de la République fédérale d’Allemagne.

Contrairement aux eurodéputés français, qui demeurent presque toujours dans l’ombre et sont inconnus du grand public en France, Martin Schulz est très apprécié dans son pays. A tel point que nombreux sont ceux qui souhaitent le voir mener la bataille des législatives de septembre 2017, face à Angela Merkel  candidate pour la 4è fois à sa propre réélection. Neuf mois avant le scrutin, le représentant social-démocrate semble être le mieux placé pour gouverner et remplacer ainsi, la chancelière, indétrônable depuis 2005.

Une élection « gagnée d’avance ». En apparence seulement

En Allemagne, les élections régionales, qui renouvellent les Landtag sont souvent l’occasion de tester la popularité d’un candidat et ses chances de remporter le Bundestag avant le scrutin. Martin Schulz, vu comme un homme providentiel à son arrivée, semble capable de conquérir les cœurs et les urnes avec son seul bilan européen, une exception en Europe. D’aucun disaient même que l’actuelle chancelière pouvait préparer ses cartons. Présidente de la CDU depuis 2000 et en fonction à la chancellerie depuis 12 ans, Angela Merkel est encore très populaire : 55% d’opinions favorables à sa réélection.

Cela s’est confirmé d’abord en Sarre, fin mars 2017, lorsque la CDU gagne le Land avec 40,72% des suffrages, contre 29,58% pour le SPD. Le 7 mai, la tendance se confirme, avec la victoire à 32% de la CDU sur le SPD qui n’atteint que 27,24% des voix. Le coup le plus dur à encaisser pour l’ancien homme fort du Parlement européen a eu lieu le 13 mai, lorsque la Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne et le fief de Martin Schulz, bascule à droite. Cela n’augure rien de bon pour le candidat SPD, même s’il ne s’avoue pas vaincu pour autant, et précise qu’il reste 4 mois jusqu’en septembre. « Quatre mois, c’est long en politique », déclare-t-il.

Une dynamique qui fait « pschitt »

La défaite de ce week-end en Rhénanie du Nord-Westphalie est le résultat d’un discours brouillon et d’un programme chaotique qui, selon le quotidien berlinois Die Tageszeitung, réduit considérablement les chances de Martin Schulz d’arriver à la chancellerie. Le SPD avait repris espoir avec son arrivée. Celui-ci vient définitivement de s’envoler avec les derniers résultats électoraux. Le principal intéressé ne s’y trompe d’ailleurs pas. Lors d’un discours à Essen, le 2 avril dernier, il faisait un parallèle entre le scrutin de Rhénanie du Nord-Westphalie et les élections fédérales du 24 septembre.

 Plus que jamais, les Allemands misent leur avenir sur la stabilité apportée par Angela Merkel, plutôt que sur le changement promis par Martin Schulz. « L’effet Schulz » a été remplacé par un « effet Merkel ». Sera-t-il confirmé dans les urnes ?

 

Chloé LOURENÇO

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