Serena Lippi, Consule générale d’Italie à Nice

Comment faire pour devenir diplomate européenne ? On dit souvent que c’est une orientation bouchée, où les places sont chères et où le fait d’être une femme est plus considéré comme un handicap que comme un avantage. Pour savoir si tout ce qu’on raconte sur le métier de consul est vrai, Natacha DA ROCHA est allée interviewer Serena LIPPI, Consule générale d’Italie à Nice.

 

NDR: De nos jours, les femmes semblent avoir du mal à s’affirmer, surtout dans leur propre pays. Selon vous, est-il plus facile de faire carrière en Europe plutôt que dans son pays d’origine? L’Europe est-elle plus prête pour les femmes? Ouvre-t-elle plus de portes?

SL: J’ai travaillé pendant 4 ans à Bruxelles pour la Représentation permanente de l’Italie auprès de l’Union Européenne et, en effet, les institutions européennes s’efforcent depuis plusieurs années de créer un système qui puisse favoriser l’insertion des femmes, permettant de maintenir un certain équilibre en matière de présence féminine.

En Italie aussi cette initiative commence à s’imposer, mais le chemin est encore long et compliqué car les femmes actives souffrent encore aujourd’hui de préjugés par rapport à certaines professions.

NDR: Est-ce que cela a été le cas pour vous? Avez-vous jamais pensé « Pourquoi suis-je née femme »?

SL: Sincèrement oui, j’ai pu le penser parfois, même si au fond je suis reste profondément convaincue que le fait d’être une femme, dans le domaine de la diplomatie par exemple, pourrait représenter une avantage, vu que la diplomatie est un art beaucoup plus approprié pour valoriser les qualités des femmes plutôt que celles des hommes, comme la fiabilité, l’efficacité, la capacité de dialogue et de médiation, etc…

Je ne peux pas dire que je n’ai jamais souffert de différences de traitement durant mes années de formation scolaire et universitaire (les femmes sont souvent plus brillantes dans les études et les résultats des examens ont toujours confirmé cela), mais le monde du travail ne suit malheureusement pas des logiques de méritocratie et j’admets avoir subi de lourdes injustices et aussi des discriminations liées à des préjugés de genre…

 

NDR: Nous entendons de plus en plus parler de « parité ». Qu’est-ce que la « parité » pour vous?

SL: La parité, c’est l’égalité d’opportunité et de traitement, sans discriminations liées au genre. Très franchement, je suis contre les quotas de femmes et le fait qu’on sélectionne une femme pour occuper un poste à haute responsabilité juste pour mettre en avant le fait que c’est une femme qui a été choisie et pas un homme, justement parce que je suis convaincue que les évaluations et les choix devraient être basés sur le mérite, la capacité et le professionnalisme de la personne, indépendamment d’autres facteurs.

NDR: L’élection d’un maire femme à Paris, Madrid et plus récemment aussi à Rome et Turin, est-elle synonyme de changement? 

SL: C’est sans doute un signal de renouveau, mais à mon avis le changement réel n’est réalisable qu’à partir du moment où le choix est effectué sur la base de critères sur le mérite et non sur le genre, autrement cela pourrait déboucher à une discrimination contraire. Je ne veux pas être choisie pour un poste juste parce que je suis une femme et pourtant on a tendance aujourd’hui à exposer le fait qu’on choisit enfin une femme à la place d’un homme. Je préfèrerais être choisie parce que je suis la meilleure candidate parmi tous les autres, hommes et femmes confondus.

NDR: En partant de la même considération que pour la question précédente, selon vous peut-on envisager, dans un futur proche, une femme chef de gouvernement en Italie ou cela est-il encore considéré comme une chimère ?

SL: Il faudrait pouvoir l’envisager parce que je crois qu’il y a aussi des candidates qui sont tout à fait prêtes pour occuper un poste important et de responsabilité comme celle de chef du Gouvernement. Cela devrait aller de soi.

NDR: Maintenant la question à un million d’euros: pourquoi les femmes doivent-elles travailler plus pour prouver leur valeur?

SL: Malheureusement, la raison nous la trouvons exactement dans la mentalité de ceux qui les emploient, car ils font de la discrimination sur la base du genre, par conséquent la femme a ce que l’on appelle la « charge de la preuve », c’est-à-dire qu’elle doit montrer à l’employeur qu’elle est capable de travailler beaucoup plus et mieux que son collègue homme.

NDR:  Notre interview est presque terminée, mais avant de nous quitter, auriez-vous un conseil pour toutes les filles  qui rêvent d’une carrière comme la vôtre… ?

SL: Mon conseil est de toujours poursuivre ses rêves, ses passions et ambitions sans jamais se laisser influencer par les problèmes ou intimider par les injustices ; il faut également savoir faire face aux difficultés et prendre celles-ci comme des défis à relever pour donner le meilleur de soi-même.

 

Natacha DA ROCHA

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