Italie : des élections administratives aux résultats surprenants

  Dimanche 25 juin a eu lieu en Italie le 2ème tour des élections administratives, le 1er tour s’étant tenu le 11 juin. Les élections administratives élisent le maire et le conseil municipal et sont souvent considérées comme un avant-goût de ce qui pourrait se passer lors des élections pour le gouvernement.

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Une réalité politique à trois vitesses

  Le grand gagnant de ces élections, à la surprise de tous, est la coalition de droite voulue avec Lega Nord (avec à sa tête Matteo Salvini), Fratelli d’Italia (Meloni) e Forza Italia (Silvio Berlusconi). Ses résultats mettent en place 3 grandes nouvelles réalités :

1- La chute du Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo qui n’a réussi à emporter que 8 communes, soit un très mauvais résultat pour un parti qui se vantait d’être la première force politique du pays.

2- Le clivage au sein du Parti Démocratique (PD), qui a commencé en décembre dernier avec l’échec du referendum (qui a contraint Matteo Renzi à quitter son poste de Premier ministre) et qui s’est amplifié avec les primaires du parti ayant eu lieu au mois d’avril. On y comptait 3 candidats : Matteo Renzi (gagnant des primaires), Michele Emiliano (qui n’a obtenu que 8% des voix) et Andrea Orlando.

  La présence de ces trois candidats montre un parti désormais désuni, qui ne reconnait pas Renzi comme leader et qui est aujourd’hui témoin de la création de petits groupes politiques de gauche.

3- La droite, qui avant ces élections n’a jamais voulu faire de coalition, s’est retrouvée dans une coalition à 3 avec Fratelli d’Italia menés par Giorgia Meloni et Forza Italia, parti historique de Silvio Berlusconi.

  Berlusconi a cependant plusieurs fois appuyé les réformes proposées par l’ancien président du Conseil et notamment la toute dernière concernant la nouvelle loi électorale. Cette position n’est bien sûr pas partagée par les deux autres leaders de la droite.

  Cette coalition est sans doute celle qui ressort gagnante des ces dernières élections.

La gauche mise à l’écart

  La coalition de droite prévoyait en effet que si un candidat de l’un des trois partis se présentait dans une ville, les deux autres partis devraient soutenir sa candidature, ce qui permettrait de réunir l’ensemble des votes en faveur des trois partis au profit général de la droite.

  La droite a donc largement gagné ces élections, remportant ainsi même des villes historiquement de gauche (par exemple, Gênes ou encore Sesto San Giovanni, petite ville gouvernée par la gauche depuis 72 ans), même situation dans une des régions « rouges » (auparavant communistes, puis passées à gauche), comme l’Emilia Romagna.

  Si nous faisons un pas en arrière et revenons au début du gouvernement Renzi en décembre 2013 et analysons la situation, nous remarquons que la gauche était à la tête de toutes les grandes villes, sauf Naples et Palerme, mais après 3 ans et demi de gouvernement, la gauche perd finalement les villes de Venise, Rome, Turin et Gênes.

  Malgré ces résultats décevants, Matteo Renzi et Beppe Grillo font comme si de rien n’était et minimisent la situation : d’un côté, le leader du M5S continue à affirmer que le Mouvement reste le premier parti du pays, et de l’autre, Renzi souligne le fait que le Parti Démocratique garde 67 communes contre les 59 de la droite.

Quels risques pour l’Union européenne ?

  La question européenne se pose car, si les Italiens étaient aujourd’hui appelés au vote pour choisir leur nouveau chef de gouvernement, il est clair qu’au vu des résultats des élections administratives, la droite l’emporterait. Or, sur les 3 leaders de la coalition, c’est ironiquement Silvio Berlusconi qui se montre le plus européen.

  Lors de la campagne pour élections présidentielles françaises, Matteo Salvini n’a jamais caché son soutien à Marine Le Pen et à sa vision de l’Europe ; il avait d’ailleurs déjà annoncé que s’il était appelé à gouverner, sa première mission serait de mettre en place un référendum pour que l’Italie quitte l’UE.

  Mais la menace ne vient pas que de la droite : le Mouvement 5 étoiles a lui aussi une position mélenchoniste sur le sujet puisqu’ils souhaitent une réforme de l’UE telle qu’on la connaît ainsi que la sortie de l’euro.

  Depuis quelques années déjà, l’Italie vit une période politique troublée. Après ces élections administratives et la création de cette coalition de droite, il faudra observer les rapports entre Berlusconi et Salvini. Ce dernier affirme qu’il faut se coaliser car c’est seulement en étant unie que la droite peut gagner. Il ajoute entre autres que cela n’est possible qu’à condition que Silvio Berlusconi annule les pactes mis en place avec Renzi pour la mise en place des reformes prévues par le leader de la gauche.

  L’incertitude règne donc encore dans la péninsule, où l’on trouve d’une part une gauche désormais désunie, et d’autre part une droite qui, pour essayer de revenir en puissance sur le M5S et le PD, a choisi la voie de la coalition. Cette situation doit être observée de près car elle représente un potentiel risque au niveau européen.

Natacha DA ROCHA et Tommaso VENTIMIGLIA

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