Et l’Irlande alors ?

Alors que les négociations sur le Brexit ont débuté entre le Royaume-Uni et l’UE, l’impact qu’aura ce dernier sur les 27 Etats-membres restants commence à se dessiner. Les regards, braqués sur Londres et les agences européennes qui devraient être relocalisées ailleurs sur le continent en feraient presque oublier que pour l’Irlande, le Brexit est vécu comme un véritable traumatisme. Explications.

Conséquences des deux côtés de la frontière

A Londres comme à Dublin, on sait que le départ de l’UE du Royaume-Uni aura de lourdes conséquences sur l’île. Dès le 13 juillet 2016, Theresa May –qui venait de succéder au pied levé à David Cameron, après le naufrage du référendum- s’est empressée d’appeler Angela Merkel, François Hollande et Enda Kenny, alors Premier ministre irlandais pour entamer un dialogue sur les négociations et la procédure de retrait de l’UE. Nul doute qu’elle essayait là de rassurer les Irlandais sur leur futur.

Effectivement, au lendemain des résultats du référendum, le 23 juin 2016, personne en Irlande n’a sauté de joie en apprenant que le « Leave » l’avait emporté. Si on parle peu des conséquences qu’aura le Brexit sur l’île celtique, tout le monde s’accorde à dire qu’elles seront importantes, en premier lieu pour l’économie. En effet, le niveau d’échanges commerciaux entre les deux parties est tel (entre £800 et £1 million par an) que s’ils venaient à diminuer, cela pourrait nuire à l’économie irlandaise. L’Irlande importe plus de marchandise du Royaume-Uni que de n’importe quel autre pays d’Europe et il s’agit du cinquième marché d’exportation pour le Royaume-Uni. Entre les barrières douanières, tarifaires ou administratives, il est certain que l’économie irlandaise, très dépendante des Britanniques, en pâtira.

Il est donc très important pour Londres de trouver une solution rapidement, d’autant que le problème économique n’est pas le seul qu’elle devra résoudre.  La frontière qui partage l’Ulster de la République d’Irlande devra être rétablie et pourrait raviver les contentieux historiques.

 

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I made this clear in my letter to Donald Tusk trigeering Article 50 […] that we want to maintain the Common Travel Area between us
-Theresa May 

Des tensions historiques et politiques

La République d’Irlande est devenue indépendante en 1922 après de nombreux combats sanglants avec le Royaume-Uni. Néanmoins, six des neufs comtés qui composent la province du nord sont restés sous la bannière britannique. Depuis lors, une frontière très poreuse subsiste entre les deux moitiés de l’île : les Irlandais la traversent plusieurs fois par jour dans les deux sens. Effectivement, le Common Travel Area Treaty (1923) autorise les citoyens irlandais à passer la frontière avec des contrôles réduits. Si cette limite existe bel et bien administrativement, elle a depuis longtemps disparu des esprits irlandais.

Mais avec le Brexit, la vie de milliers de personnes va être chamboulée. Selon The Independent, pas moins de 30 000 personnes partent travailler d’un côté ou de l’autre de la frontière. Personne, ni à Dublin ni à Londres ne sait encore très bien à quoi ressemblera la nouvelle frontière. Bertie Ahern, alors Premier ministre d’Irlande au moment du référendum, avait fait savoir à Theresa May qu’il souhaitait le rétablissement, même partiel de la frontière. L’objectif était de « punir » le Royaume-Uni de quitter l’UE et de lui montrer qu’il avait tout à perdre en partant.

En revanche, pour de nombreux experts irlandais et britanniques, il est très peu probable que le traité de libre circulation de 1923 survive à la sécession du Royaume-Uni. Lors de leur conférence de presse  du 19 juin dernier, Theresa May et Léo Varadkar, nouveau premier ministre irlandais, ont pourtant annoncé leur souhait de tout faire pour qu’il soit pérennisé : « I made this clear in my letter to Donald Tusk trigeering Article 50 […] that we want to maintain the Common Travel Area between us to make sure the UK’s withdrawal from the EU does not harm the Republic of Ireland » a déclaré Theresa May. Pour le Premier ministre irlandais, ce traité va au-delà d’un simple problème de franchissement de la frontière : il régit la vie de tous les citoyens. « It’s the right of Irish citizens and British citizens to travel, live, work, study, reside, access healthcare, pensions and housing in each other’s countries as though we were citizens of both » a ajouté Léo Varadkar. Les négociations à Bruxelles et les pourparlers avec Dublin devraient éclaircir les choses dans les mois qui viennent.

 

Indépendance en vue ?

Au lendemain du Brexit, l’Ecosse, qui avait déjà conduit un référendum sur son indépendance en 2014 avait de nouveau émis le souhait de se détacher de la Perfide Albion pour rester dans le giron européen. L’Irlande pourrait être tentée d’en faire autant pour les mêmes raisons : 55,6%  des Irlandais avaient voté « Remain ». Avec une réunification des deux provinces irlandaises, les citoyens de l’Ulster pourraient rester Européens. Toutefois, les dernières velléités indépendantistes avaient mené l’île au bord de la guerre civile jusqu’aux années 1980 et ont laissé des séquelles dans les mémoires des citoyens. Difficile de savoir ce que sera le futur de l’Irlande…

 

L’intégralité du discours de Theresa May suivi de celui de Leo Varadkar, Taoiseach d’Irlande est disponible en cliquant ici

Une émission intéressante sur la question de la frontière à retrouver ici dans l’émission d’Arte 28 minutes.

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