L’UE parie sur la «diplomatie scientifique» pour concurrencer les USA

Depuis peu, la nouvelle stratégie de l’UE est de faire émerger une « diplomatie scientifique européenne, c’est-à-dire attirer les meilleurs chercheurs d’Europe et du monde, pour que l’UE devienne plus forte et plus compétitive dans le domaine scientifique. L’idée est de déclencher un effet boule de neige en plusieurs étapes : de la bonne science émergera de belles technologies, donc des produits innovants qui seront le moteur de la croissance européenne.

USA 1-0 UE

Si l’Europe peine à se faire un trou dans le domaine scientifique, à ce jeu-là, les Etats-Unis sont passés maîtres. Il faut souligner qu’ils ont depuis longtemps intégré le fait que la science devait faire l’objet d’une promotion intense pour attirer les meilleurs chercheurs du monde. Pour y arriver, les Etats-Unis peuvent d’ailleurs compter sur la notoriété incomparable de leurs grandes universités comme le MIT, Yale, Princeton ou Caltech. A eux-seuls, ils accueillent près de 20% des 4 millions d’étudiants effectuant une partie de leurs études loin de leur patrie natale.

L’UE, qui sait que l’impact d’une publication internationale est 3 fois plus élevé qu’une publication purement nationale, a décidé de renforcer sa diplomatie scientifique. Elle cherche à attirer plus de chercheurs sur son sol, mais aussi à limiter la fuite de ses cerveaux vers les Etats-Unis. Mais les salaires restent toutefois un obstacle de taille. Outre-Atlantique, un bon chercheur gagne $130 000 par an. Sur le vieux continent, avec les charges, bon nombre de pays ne peuvent pas suivre. Elle parie donc sur la diplomatie scientifique pour montrer qu’elle peut innover et accueillir les chercheurs dans les meilleures conditions.

Bataille pour le talent

Pour l’UE, l’enjeu est de taille, mais pas insurmontable. L’objectif principal de la diplomatie scientifique européenne est de faire naître une coopération entre Etats membres plus importante. Mais elle ne part pas de 0 dans ce domaine : le CERN (centre européen pour la recherche nucléaire) en est le meilleur exemple. Ce grand laboratoire de physique possède l’accélérateur de particules le plus puissant du monde et accueille chaque année environ 10 000 utilisateurs dont les nationalités sont très hétérogènes. Sa production transcende donc l’appartenance nationale.

Aucun pays ne dispose de tout le savoir. La mondialisation scientifique est une réalité et l’Europe veut en profiter. La diplomatie scientifique de l’UE repose sur la coopération entre les 27 pour attirer les scientifiques, mais aussi pour s’accorder sur la construction de grands laboratoires communs. Ainsi, les Etats partagent les coûts et les risques (si jamais le programme de recherches ne mène nulle part).

Horizon 2020 : renforcement de l’ERA

Pour être plus efficace, l’UE a intégré la diplomatie scientifique à son septième programme-cadre, Horizon 2020. Elle a d’ailleurs lancé de nombreux appels à projets, dont celui remporté par l’ISCC de Pascal Griset. Ce projet européen de 2,5 millions d’euros, « contribuera à créer une diplomatie ‘active et visible’ souhaitée par Carlos Moedas », commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science. La partie majeure du travail entrepris par l’ISCC est de former des diplomates scientifiques transnationaux qui seront des relais auprès des ministères nationaux.

Grâce à l’Horizon 2020, l’UE entend bien également renforcer l’Espace Européen de la recherche (plus connu sous son acronyme anglais, ERA) pour attirer de nombreux chercheurs. L’ERA regroupe 2 aspects distincts. Le premier est de faciliter la mobilité des chercheurs en leur donnant des contacts à l’étranger ou en leur octroyant des aides financières telles que les aides à la mobilité. Le deuxième aspect consiste à les assister dans leurs négociations et démarches administratives (notamment en ce qui concerne les titres de propriété intellectuelles). Ces deux aspects ont pour objectif, à terme, de maximiser les résultats scientifiques, de renforcer les liens transfrontaliers et ainsi de concurrencer les Etats-Unis dans le domaine de la science.

Mais comme Rome ne s’est pas faite en 1 jour, l’Europe mettra sans doute plusieurs années avant d’y parvenir…

Chloé LOURENÇO

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