Les critiques cinéma de Voix d’Europe : Au revoir là-haut!

Pas toujours facile d’adapter un livre, d’en garder sa puissance, sa beauté et son intensité tout en le condensant en 90 minutes. C’est pourtant la prouesse technique que vient de réaliser Albert Dupontel, en signant Au revoir là-haut, sorti fin octobre 2017. Voix d’Europe revient sur ce phénomène… 

L’amitié au temps des Poilus

Si vous avez été au cinéma lors de la rentrée 2017, vous avez sans doute été submergé par la bande annonce du film Au revoir là-haut et généralement, ce genre de forcing n’annonce rien de bon.

Or le film d’Albert Dupontel est l’exception qui confirme la règle.

L’adaptation du roman de Pierre Lemaitre grand gagnant du prix Goncourt 2013 retrace l’histoire d’Albert Maillard (Albert Dupontel) et Edouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart), amis malgré eux au sortir de la Première Guerre mondiale. Edouard, grièvement blessé au visage et ne voulant pas rentrer chez sa famille dans de telles conditions, demande à Albert de faire croire à sa mort. Ce dernier décide ensuite de l’héberger après une déception amoureuse au retour de la guerre.

Novembre 1919. Les deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter, avec l’aide de la jeune Louise (Héloise Balster) une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.

Au revoir là-haut compte permis ses rangs d’autres grand noms du cinéma français tels que Laurent Lafitte (Les Petits Mouchoirs), dans le rôle du détestable Lieutenant Pradelle, et Niels Arestrup (Diplomatie) qui donne vie à Marcel Péricourt, père d’Edouard, qui essaye de surmonter la mort qu’il croit être celle de son fils.

Ce casting incroyable a réussi à être à la hauteur des attentes en délivrant un film à la fois sérieux, touchant et drôle.

 

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Un film de plus sur la guerre ?

En s’installant dans un siège de cinéma, peu de temps avant que la séance ne commence, on peut se demander pourquoi sortir un film de plus sur la guerre de 14-18.Un film de plus, vraiment? 

S’il est vrai que l’on compte déjà Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot, ou  La Chambre des officiers de Marc Dugain, Au revoir là-haut est différent. Tout est centré sur la vie après la guerre, après l’horreur. Comment revivre après ce qu’on vient de vivre ? Comment affronter le regard de ses proches alors qu’on a profondément changé, dans sa tête, mais aussi -et surtout- dans ses chairs ?

C’est parfaitement impossible. D’ailleurs, l’omniprésence des masques, magnifiques et grandioses, permettent à la fois à Edouard de continuer à exister, mais aussi de mentir, de cacher, de dissimuler. Tout le monde ment en ce début des années 1920, personne ne sait plus ce qu’est la vérité. Chaque personnage, à l’exception peut-être de Pradelle (Laurent Lafitte), ment sur sa vie, sur sa mort, sur son identité et sur ses intentions. Les genres fusionnent alors, du réalisme au surréalisme, de la critique sociale au burlesque –par petites touches– et finalement, à l’émotion pure.

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Superbe adaptation

Souvent, quand on sort d’une séance de cinéma dont le film projeté était l’adaptation d’un roman, on est déçu. Telle scène ou tel passage manquait, si truculent à la lecture, a été escamoté. Forcément, adapter signifie faire des choix, et par conséquent, décevoir automatiquement certaines personnes.

Encore une fois, le film d’Albert Dupontel est l’exception qui confirme la règle. On a presque l’impression d’entendre les mots de Lemaitre dans les paroles de Maillard. On sent la saveur particulière de l’écrivain dans le jeu d’acteur des différents personnages. On voit la naïveté et la lenteur d’esprit d’Albert, on est saisi par l’innocence et la beauté d’Edouard, on vibre devant l’horreur et la cruauté de Pradelle, comme lorsqu’on était plongé dans les pages de l’auteur.

Bien sûr, certains passages ont été raccourcis, des scènes manquent, mais cela n’occulte en rien la puissance littéraire de l’œuvre de Pierre Lemaitre. Une réussite sur tous les plans.

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L’avis de VDE

Au revoir là-haut est sans doute la grande réussite du cinéma français de l’hiver 2017.

La performance de Nahuel Perez Biscayart, qui nous a déjà conquis avec son rôle dans 120 BPM, réussit la prouesse de « faire parler » son personnage à travers son seul regard. Edouard prend donc vie au travers de tous ces sentiments que l’acteur arrive à exprimer rien qu’avec ses yeux, chose qui permet de placer, à notre avis, Biscayart parmi les acteurs les plus talentueux de notre époque.

Albert Dupontel arrive, avec ce film, à parler d’une époque noire de l’histoire française en retraçant avec sérieux les thématiques de l’époque, telles que le retour à la normalité pour tous ces soldats qui ont vécu la guerre la plus meurtrière de tous les temps, tout en gardant un coté amusant avec une histoire loufoque qui ne peut que nous faire nous attacher aux personnages principaux de l’histoire et espérer un final heureux qui ne se réalisera, malheureusement, qu’à moitié.

Le spectateur sort de la salle avec un sentiment de mélancolie, mais n’aura pas vu les deux heures de film passer.

 

Natacha DA ROCHA & Chloé LOURENÇO

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