Mário Centeno, élu président de l’Eurogroupe

« C’est le Cristiano Ronaldo de l’ECOFIN! » Une fois n’est pas coutume, Wolfgang Schaüble, ministre allemand des Finances, faisait l’éloge d’un collègue d’un pays du sud. Mário Centeno, ministre des Finances portugais a été élu président de l’Eurogroupe le 4 décembre dernier. Candidat des grands pays, France et Allemagne en tête, il remplacera le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem le 13 janvier prochain pour un mandat de 2 ans et demi. 

 

1077686-000_uv2e3

 

A Bruxelles, une page se tourne. Un ministre de gauche et du sud de l’Europe prend la tête de l’Eurogroupe, ce quasi gouvernement de la zone euro régulièrement critiqué pour son opacité et ses défaillances démocratiques. L’Eurogroupe est en réalité la réunion mensuelle -et informelle- des ministres des Finances des Etats-membres de la zone euro en vue d’y coordonner leur politique économique. Crée en 1997 par le Conseil européen, il a en quelques sortes vidé de sa substance le traditionnel Conseil des ministres des Finances européens (ECOFIN), qui se tient toujours le lendemain de la réunion de l’Eurogroupe et qui entérine la plupart du temps ses décisions. C’est pourquoi on peut parfaitement dire que Mário Centeno va hériter de l’un des cinq postes les plus importants de l’UE, bien que l’Eurogroupe ne soit pas une institution communautaire.

Tout un symbole

Cet économiste de 51 ans, parfait francophone, diplômé de la prestigieuse université d’Harvard, est d’abord passé par la Banque centrale du Portugal, demeure pourtant un illustre inconnu pour la sphère bruxelloise. Mais pourquoi un symbole?

Depuis 2015, Centeno fait partie d’un gouvernement particulier qui s’appuie sur l’alliance inédite entre socialistes et gauche radicale, qui n’a pas hésité à tourner le dos à l’austérité -sans déséquilibrer les comptes publics. Aux côtés du Premier Ministre, Antonio Costa, Centeno n’a pas eu peur d’affronter la Commission européenne et l’Eurogroupe en adoptant un budget éloigné de leurs recommandations. Ensemble, ils ont même été jusqu’à creuser temporairement le déficit pour mieux relancer l’économie, avant de reprendre l’assainissement budgétaire.

Une politique qui s’est avérée être une véritable réussite pour un pays placé sous la tutelle de la zone euro entre 2011 et 2014. Effectivement, le chômage est à son niveau de 2009, la croissance est au plus haut depuis 2000 et le déficit au plus bas depuis 43 ans. Une situation à faire pâlir d’envie de nombreux pays du nord…

Une affaire jouée d’avance ?

Mário Centeno n’avait pourtant pas d’inquiétude à se faire. En réalité, les jeux étaient plus ou moins déjà joués d’avance : soit les autres candidats ne faisaient pas le poids face à lui (c’était le cas du Slovaque Peter Kasimir, dont l’inflexibilité pendant la crise grecque reste encore au travers de la gorge de certains Etats membres), soit ils n’avaient pas la bonne couleur politique.

Pour préserver l’équilibre entre la gauche et la droite au plus haut sommet de l’Europe, le poste devait revenir à un socialiste, la droite possédant déjà le Parlement et la Commission européenne. Dès lors, le libéral luxembourgeois Pierre Gramegna n’avait aucune chance, pas plus que la Lettonne Dana Reizniece-Ozola, une écolo de droite dont le parti est allié d’une parti populiste.

Une candidature qui rassure

Le président de l’Eurogroupe, élu pour 2 ans et demi renouvelables une fois, n’est pas décisionnaire, la partie se faisant surtout entre Paris et Berlin. Mais son doigté et son entregent est nécessaire pour emporter l’adhésion de ses collègues.  » Le groupe socialiste du Parlement européen a d’ailleurs salué l’élection d’un homme qui «aura montré que l’on peut sortir d’un programme de la Troïka sans se renier» et le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, a jugé cette candidature «pleine d’espoir».  »  explique Jean Quatremer.

Chloé LOURENÇO

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s