Fémin’histoire #9 : Sabine Zlatin

Sabine Chwast naît le 13 janvier 1907 à Varsovie, en Pologne. Son nom, inconnu de la plupart des gens est pourtant associé pour toujours à l’Histoire et à un village de l’Ain, Izieu, ainsi qu’à deux dates : le 6 avril 1944 et le 27 mai 1987. Retour sur une vie hors du commun, dédiée aux autres… 

 

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Ses jeunes années polonaises 

Dernière née d’une famille de 12 enfants, Sabine Chwast voit le jour en janvier 1907 à Varsovie. Son père, Gerch Chwast n’aime pas le nom donné à sa fille et préfère la surnommer « Yanka ». Ce sera le nom choisi par ses amis et ses proches ainsi que son nom de peintre. La jeunesse de Sabine n’est pas des plus roses. Évoluant dans un cercle familial étouffant, grandissant dans un pays où l’antisémitisme gronde, elle fait même un bref passage en prison à l’âge de 16 ans. Tout cela la pousse, au milieu des années 1920, à quitter sa Pologne natale et à mettre le cap sur la France, un pays libre, qui savoure sa liberté retrouvée.

Seule et sans bagage, elle arrive à Nancy en 1925 où, grâce à un professeur de l’université dans laquelle elle commence ses études en histoire de l’art, elle obtient une carte de séjour. En 1927, l’Alliance Française lui décerne un « Diplôme Elémentaire en Langue Française ».

L’université de Nancy accueille de nombreux étudiants des pays de l’Est de l’Europe. C’est là qu’elle fait la connaissance de Miron Zlatin, un jeune homme originaire de Russie. Né à Orcha (Russie) en 1904, issu d’une famille aisée, il termine ses études d’ingénieur agronome. Ils se marient officiellement en Pologne le 8 octobre 1928.

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S’intégrer en France, une volonté

Un an après leurs noces, le couple Zlatin achète une ferme avicole à Landas, dans le Nord. Après des débuts très moyens et de sérieuses difficultés, l’exploitation est finalement couronnée de succès.

En 1939, Sabine et Miron participent à l’exposition agricole de la Porte de Versailles à Paris. Elle expliquera dans ses mémoires que le Président de la République, Albert Lebrun, s’était arrêté devant leur stand, très intéressé par le travail du couple. Après leur avoir posé quelques questions -notamment sur leur origine respective- il leur propose de devenir Français. Ils seront naturalisés le 26 juillet 1939.

S’engager pour les autres, une nécessité

Septembre 1939. La guerre éclate. Sabine et Miron l’ignorent, mais ils vivent leurs dernières années de bonheur ensemble. Au début de la guerre et jusqu’en mai 1940, Sabine s’engage comme infirmière auprès de la Croix-Rouge. Les conditions de travail sont épouvantables, mais elle s’accroche. Cependant, avec l’avancée des troupes allemandes, le couple fuit le Nord pour gagner Paris, et de là, Montpellier, alors en zone libre.

Après publication des lois antisémites de Vichy, elle est congédiée de la Croix-Rouge. Souhaitant tout de même venir en aide aux gens « sans distinction de race, de nationalité », elle entre en contact avec l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) de l’Hérault. Sa mission principale est de faire sortir des camps -légalement et illégalement- des enfants qui seront ensuite placés dans différentes maisons d’enfants.

Grâce à la Croix Rouge, elle garde quelques contacts avec sa famille restée en Pologne, et enfermée dans le ghetto de Varsovie. En 1942, les déportations vers Treblinka des habitants du ghetto commencent, emportant pour toujours dans la nuit et le brouillard les parents de Sabine Zlatin.

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« La Colonie des enfants réfugiés de l’Hérault » : un an de paix avant l’horreur 

Pendant un an, Sabine et Miron dirigent la « Colonie des enfants réfugiés de l’Hérault » à Izieu, une commune de l’Ain. De là, elle tente d’en disperser un maximum et d’atténuer la peine qu’ils ont d’être séparés de leurs parents. Grâce à un réseau de résistants, de maquisards et grâce au soutient du sous-préfet Wiltzer, elle parvient à en faire passer en Suisse, ou à cacher les enfants à Montpellier.

De nombreux enfants auront la vie sauve grâce à elle, ce qui lui vaudra, bien des années plus tard, le surnom de « Dame d’Izieu ». Le 4 avril 1944, Sabin prend le chemin de Montpellier avec quelques enfants qu’elle doit placer chez un curé. Elle laisse à Izieu 44 enfants et 8 adultes-éducateurs, dont Miron. Elle ne les reverra plus jamais.

Le 6 avril 1944, tout bascule pour la colonie. Sur ordre de Klaus Barbie, des hommes de la Gestapo et des soldats de la Wehrmacht viennent arrêter les personnes présentes. Un adulte, Léon Reifman parvient à s’échapper de justesse. Miron et deux adolescents, Théo Reis et Arnold Hirsch, sont envoyés à Tallin, en Estonie où ils seront fusillés. 42 enfants et cinq adultes sont déportés à Auschwitz-Birkenau. Seule Léa Feldblum, une éducatrice, reviendra du camp de la mort.

 

 

Apprenant la nouvelle, Sabine fait son possible pour faire libérer les enfants, montrant leurs faux papiers. Toutes ses tentatives resteront vaines. Elle s’engage alors dans la Résistance à Paris, sous le nom de Jeanne Verdavoir. A la Libération, en 1945, elle fait partie des bénévoles accueillants les déportés au Lutétia. A partir du moment où elle comprend qu’elle ne reverra plus personne, elle fait tout ce qu’elle peut pour honorer la mémoire des enfants. Elle refusera toute sa vie que l’Histoire n’efface définitivement leur nom.

1987 : le procès Barbie

Après l’arrestation en Bolivie du « Boucher de Lyon », Sabine se constitue partie civile pour le procès. Elle ira témoigner elle-même le 27 mai 1987. Klaus Barbie, absent lors des débats sur les conseils de son avocat, Jacques Verges, sera reconnu coupable de crime contre l’Humanité et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour Sabine, il était important d’assister à ce procès, filmé pour la postérité. Cela permet de faire revivre la mémoire des 44 enfants d’Izieu et de leurs encadrants.

Avant de mourir, Sabine Zlatin s’attachera à créer un mémorial à Izieu. Elle sera décorée Chevalier de la Légion d’Honneur par le Président de la République, François Mitterrand, le 23 mars 1989.

La Dame d’Izieu, avec un grand « D » s’éteint le 21 septembre 1996, à l’âge de 89 ans, après avoir fait de la Maison d’Izieu son légataire universel. Elle repose désormais au cimetière du Montparnasse.

Chloé LOURENÇO

 

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