Prix Femina : une Académie Goncourt exclusivement féminine

  Le plus prestigieux et le plus célèbre des prix littéraires français est sans nul doute le prix Goncourt, me direz-vous. Et si cette récompense n’avait pas toujours été bien reçue par ses contemporains ? Ou plutôt… ses contemporaines ? Pour le comprendre, il suffit de se plonger dans l’histoire du prix Femina, créé en 1904 par vingt-deux femmes issues du magazine La Vie heureuse édité par Hachette, dans un mouvement de contestation du Goncourt, qui ne consacrait à l’époque que des hommes.

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  La vie d’écrivaine n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. C’est ce qu’ont voulu faire comprendre les 22 journalistes de la revue La Vie heureuse et créatrices du Prix Femina, originellement appelé Prix Vie heureuse. Le principe de cette distinction est le même que celui du fameux prix Goncourt, créé en 1892 par le testament de l’auteur Edmond de Goncourt et inauguré pour la première fois en 1903, à quelques détails près : l’initiative se pose en tant que contre-proposition du prestigieux prix littéraire français dans la mesure où le Prix Femina récompense, depuis sa création, aussi bien des femmes que des hommes de lettres… ce que l’Académie Goncourt a refusé de faire pendant presque un demi-siècle. C’est Elsa Triolet, également connue pour avoir été résistante et l’épouse de l’écrivain français Louis Aragon, qui est la première à avoir obtenu le Goncourt en 1944.

  L’égalité femmes-hommes dans le domaine de la littérature constitue donc le cœur de l’histoire du Prix Femina. Le jury se veut alors une réplique de l’Académie Goncourt, qui choisit chaque année les lauréats du prix éponyme, mais deux fois plus nombreuse et surtout entièrement féminine. Ainsi, à partir de 1904, vingt femmes de lettres composent le jury, dont Arvède Barine, Lucie Félix-Fuare Goyau, Julia Daudet ou encore Judith Gautier (qui – ironie du sort – deviendra plus tard, en 1910, la première femme à entrer à l’Académie Goncourt). Et c’est bien une femme qui ouvre le bal des récompenses Femina : Myriam Harry est la première lauréate pour son ouvrage La Conquête de Jérusalem. Romain Rolland succèdera ensuite à elle l’année suivante. Ce n’est qu’en 1922 que le prix portera le nom de Femina, à la suite d’une négociation entre Hachette et Pierre Lafitte concernant leurs magazines respectifs, Vie heureuse et Femina. Le jury passe ensuite de vingt à douze femmes.

  Et il faut dire que les créatrices de cette distinction littéraire ont finalement eu une belle revanche sur le Goncourt : plusieurs auteurs de renom tels que Antoine de Saint-Exupéry ou Marc Lambron ont raflé le prix Femina, en 1931 et 1993, alors même qu’ils étaient favoris du prix Goncourt. Les principes d’égalité et de diversité du Femina ont aussi sans nul doute largement contribué à sa prospérité. Plus d’un siècle après sa création, la récompense existe toujours et s’est même déclinée en plusieurs catégories : Prix Femina étranger, Prix Femina de l’essai et Prix Femina des lycéens. Il faudra désormais attendre le premier mercredi du mois de novembre pour connaître le nom du futur écrivain ou de la future écrivaine qui sera consacré-e par ce prix à l’histoire aussi originale.

Virginie CARDOSO

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