Fémin’histoire #10 : Françoise Héritier

Le féminisme en héritage

Françoise_Héritier

  Le 15 novembre 2017, l’ethnologue, anthropologue et féministe Françoise Héritier s’en est allée à l’âge de 84 ans, laissant derrière elle un travail de recherche immense. Elle doit sa notoriété en grande partie à ses théories sur les différences entre les femmes et les hommes, qui continuent d’inspirer aujourd’hui encore de nombreuses militantes féministes.

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Humaine, trop humaine

  Françoise Héritier naît en 1933 à Veauche, dans la région de la Loire, au sein d’une famille d’une « petite bourgeoisie raisonnable sortie de la paysannerie« . Elle effectue ses études secondaires dans de grands lycées parisiens et nourrit à l’époque l’idée de devenir égyptologue. Mais la révélation de sa vie survient après un séminaire de l’éminent anthropologue Claude Lévi-Strass organisé à la Sorbonne : elle décide alors de se consacrer à l’ethnologie. Plus tard, elle confiera la raison de ce déclic déterminant pour sa carrière : « Avec Claude Lévi-Strauss, j’ai compris que les certitudes tranquilles dans lesquelles nous vivions étaient fausses » – une prise de conscience qui contribuera à faire d’elle l’une des plus grandes intellectuelles du XXème siècle.

  Françoise Héritier travaille alors d’arrache-pied pour concrétiser son rêve et devenir aussi brillante que celui qui est à l’origine de sa passion. Et son voeu le plus cher se réalise : en 1957, Claude Lévi-Strauss la choisit pour partir en expédition en Afrique afin d’y effectuer une mission de terrain. Sur place, au coeur d’une ethnie du nord-ouest du Burkina Faso, elle mène ses recherches entre autres sur les alliances matrimoniales et les systèmes de parenté. Son expédition durera sept ans et ses études lui feront gagner en 1978 la médaille d’argent du CNRS. C’est le début d’une longue série de réussites pour Françoise Héritier. En 1982, elle devient la deuxième femme, après l’illustre hélleniste française Jacqueline de Romilly, à accéder au poste de professeure au prestigieux Collège de France, notamment pour y enseigner l’Afrique pendant une quinzaine d’années.

Théoricienne de la domination masculine

  Ses oeuvres anthropologiques se tournent également vers les droits des femmes et l’histoire de la domination masculine dans nos sociétés. Très jeune déjà, Françoise Héritier nourrit un intérêt pour le féminisme et les rapports de force entre les femmes et les hommes. Sa prise de conscience remonte à l’enfance, lorsque, au moment des repas de famille, les femmes servaient copieusement les hommes à table et ne mangeaient que les restes du repas. Sur cette situation et les différences biologiques entre les femmes et les hommes, l’anthropologue aura d’ailleurs son mot à dire : « L’alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d’avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes – je pense à l’Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits « bons », la viande, le gras, etc. étant réservés prioritairement aux hommes. (…) Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l’apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à des écarts de taille et de corpulence entre hommes et femmes.« 

  Ses travaux sont considérés parmi les plus importants de son époque. Selon elle, en effet, les différences entre les sexes sont un « universel culturel« . Elle ajoute que « partout, de tout temps et en tout lieu, le masculin est considéré comme supérieur au féminin » et nomme cette pensée « la valence différentielle des sexes« . Son militantisme féminisme la mènera à devenir membre de nombreuses organisations promouvant les droits des femmes et la non-violence, telles que l’association Femmes & Sciences, la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix ou encore Non-Violence XXI. Durant ses dernières années, Françoise Héritier reçoit ensuite plusieurs distinctions destinées à récompenser son engagement et ses recherches. La Grand’Croix de l’ordre national du Mérite, la Légion d’honneur et le Prix Femina spécial pour l’ensemble de son oeuvre constituent les reconnaissances majeures de l’apport intellectuel de Françoise Héritier à notre société.

Virginie CARDOSO

 

 

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