[BILLET] LA BANLIEUE, LA FRANCE ET L’EUROPE

Sujet compliqué voire tabou en France, les banlieues font partie du paysage national et représentent une importante proportion de la population française. Pourtant, on apporte peu d’intérêt à ces territoires. La solution pourrait résider dans l’UE. Quel rôle l’Europe joue-t-elle dans le développement des ces zones souvent laissées de côté ?

 

Banlieues françaises associées systématiquement à « crise » et « violence »

Les banlieues françaises sont un cas unique en Europe et ont une connotation plutôt péjorative en France. Pourquoi ? Pour une majorité de personnes, habiter en banlieue semble beaucoup moins chic que vivre dans le centre d’une grande ville. Dès qu’on parle de ces espaces, on évoque les stéréotypes, la violence, les trafics illégaux, la saleté, les crimes, la rébellion, l’immigration… Certaines choses sont véridiques mais beaucoup sont fausses.

Il faut revenir quelques décennies en arrière pour comprendre le fonctionnement actuel des banlieues et notamment à l’histoire post-coloniale de la France. Après les indépendances des anciens pays colonisés, de nombreuses personnes ont migré vers la France métropolitaine afin de reconstruire le pays. Devant l’afflux massif des arrivants, il a été décidé de construire des espaces en périphérie des grandes villes telles que Paris, Lyon ou Marseille. Ces espaces étaient cependant des bâtiments, des barres ou des tours, rapides à construire et dans des espaces restreints au confort de vie limité. On entend régulièrement la volonté d’avoir « parqué les étrangers » dans un même secteur à l’époque. Cela se confirme lorsqu’on voit les origines des fameux « banlieusards » : Arabes, Noirs Africains ou Asiatiques pour la plupart. Il existait et existe toujours peu de mixité sociale.

Seulement, tout cela avait été pensé à court-terme dans les années 1960-1970. Les plus sectaires, réfractaires et identitaires diront que cela suffisait largement pour ces catégories de personnes. Je dirais que ces mêmes personnes étaient bien contentes d’avoir de la main-d’œuvre prête à être payée moins cher, effectuer des tâches qu’un Français moyen de l’époque considérait comme trop subalterne et vivre dans des espaces moindres afin d’avoir une meilleure qualité de vie. Toutefois, personne n’avait vu venir le problème des banlieues pour les prochaines générations issues de l’immigration, que j’appellerai « biculturelles » : à la fois élevée dans la culture française et leur culture d’origine. Souvent rejetés, ostracisés et simplement perdus et déchirés entre deux peuples, cela a conduit ces individus, notamment les jeunes, à la violence, à la criminalité et à une mauvaise réputation. Tout cela entraînant donc une ghettoïsation des banlieues. La crise économique et le racisme n’ont rien arrangé et ont engrangé un repli communautaire.

 

Lorsque l’on parle des banlieues dans les médias, ce sont toujours pour des délits ou crimes : meurtres et règlements de comptes dans les quartiers nord de Marseille, vols et braquages en Seine-Saint-Denis ou djihadisme dans les banlieues pauvres. On évoque rarement les choses positives mises en œuvre ou le fait que la majorité des gens réussissent à vivre dans ces espaces.

Je ne dis pas que c’est la vie rêvée, bien au contraire, j’insiste simplement sur le fait que ce n’est pas aussi terrible que cela peut en avoir l’air. Vivant moi-même dans le 93, je certifie que certains lieux sont à éviter car dangereux. Mais ces zones sont si minoritaires par rapport au nombre de quartiers total. On donne une mauvaise image des banlieues et cela fomente un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Certains individus parlent de « no-go zones » ou zones de non droit. Certains quartiers sensibles le sont peut-être. Très probablement à cause des faits socio-historiques cités plus haut. Ce que je retiens surtout, c’est que la plupart des individus qui parlent de ces zones sont celles qui n’y ont jamais mis les pieds. La réputation, les commérages, les rumeurs (vraies ou fausses) ont donné une image de terreur, de discrimination envers les banlieues. Le simple fait d’évoquer que vous venez de banlieue peut avoir des conséquences négatives. Pour ma part, lorsque j’évoque d’où je viens, on a souvent un air de surprise car je ne corresponds pas aux clichés véhiculés, comme bon nombre de « banlieusards ». Ensuite vient un sentiment de compassion. Dont je n’ai jamais ressenti le besoin. En France, la question des banlieues demeure absente du débat car jugée trop compliquée et sensible.

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Banlieues et Europe, une relation différente et limitée

Le terme de banlieues au niveau européen a une signification très différente du niveau français. Il y a autant de cultures de « banlieues » que de pays européens. La gestion, la culture de l’accueil et de l’habitat de chaque membre de l’UE font qu’il n’y a pas de définition précise de banlieue en Europe. La France est l’exemple le plus significatif avec des zones en périphérie très développées et souvent plus pauvres. Mais ce n’est pas la seule. Les exemples les plus proches de la France sont étonnamment en Europe de l’Est : la Bulgarie, la République tchèque ou encore la Pologne. Ces pays ont également des quartiers difficiles où résident des personnes issues de l’immigration et un chômage très important. On retrouve cette culture de la propriété et du fantasme de la belle maison avec un jardin. Le Royaume-Uni s’oppose à cette vision car les immigrés viennent souvent du Commonwealth et a donc une dynamique historique et culturelle tout à fait différente de celle de la France. En Allemagne, où le taux d’immigration est plus élevé qu’en France, il n’y a pas cette culture de la propriété : environ 50% des Allemands sont propriétaires contre 70%en France, 83% en Pologne et jusqu’à 95% en Roumanie[1]. Cela change toute la configuration urbaine des pays.

C’est pourquoi il est difficile pour les institutions d’avoir un programme efficace et généralisé à l’ensemble des 28 (bientôt 27) Etats membres. L’UE participe aux financements des politiques urbaines mais de façon indirecte. En effet, à travers les Fonds Structurels Européens (FSE) ou le Comité des Régions, l’UE engage de l’argent mais seulement en complément d’autres financements/projets et des décisions prises par les dirigeants locaux. En France, cela va principalement aux grandes villes et leurs centres ; les périphéries sont reléguées au second niveau.

La France est très scrutée sur ses politiques sociales et urbaines, ce qui n’est pas forcément positif, surtout quand le système ne marche pas bien. On tente de développer des projets de culture, d’éducation comme Erasmus. Mais rares sont les jeunes des banlieues qui y ont vraiment accès. L’Europe n’a pas de programme propre pour régler ce problème de marginalisation, pourtant commun à tous les pays européens. Il y a un manque d’investissements et de communication, presqu’aucune visibilité ni explication sur l’ensemble des actions des institutions européennes. Bien qu’elle agisse un minimum, l’UE paraît inexistante au sein des quartiers défavorisés. Par conséquent, les populations des banlieues ont un double sentiment d’abandon : d’une part, par leur nation et d’autre part, de l’UE. Plus que tout, ils ont un sentiment de désespoir. On entend parler de l’UE, on sait qu’elle met en place des programmes mais on ne s’intéresse pas à eux. Les personnes de banlieues se sentent stigmatisées, délaissées et ostracisées. Ils connaissent à peine l’UE mais en plus, ils se rendent compte qu’ils ne figurent pas parmi les priorités.

Néanmoins, il faut également noter le manque d’investissements de la part des populations lorsque l’occasion leur est offerte. Des personnalités, comme des politiciens, des journalistes ou des élus locaux, organisent parfois des rencontres ou des conseils de quartiers. Peu de personnes y participent. Je peux comprendre que certaines pensent que ces échanges sont inutiles, que la situation ne changera pas et préfèrent ne pas s’y rendre. Mais n’y aurait-il pas plus de chances que les choses s’améliorent si chacun y allait et que toutes les parties s’investissaient ?

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Éveiller les consciences

Le but de mon article n’est pas de jeter la pierre ou d’accuser quelque partie. Selon moi, la situation dans les banlieues, et précisément les banlieues françaises, est un cercle vicieux où tout le monde a sa part de responsabilité et duquel il est difficile de sortir. Il est pertinent de ne pas confondre banlieue et quartiers en difficulté. Certaines banlieues sont aisées et confortables. Et tous les quartiers en difficulté ne se trouvent pas forcément en banlieue !

Mon article et mon opinion ont pour but d’éveiller les consciences, voire la curiosité, sur ces territoires dont on parle souvent, qui pâtissent d’une très mauvaise image mais que la grande majorité des individus ne connaissent que par le reflet médiatique ou la réputation. Parler des situations en banlieues européennes peut faire bouger les choses. Les jeunes banlieusards ont une opinion, des rêves, des plans pour le futur mais beaucoup moins d’opportunités de les exprimer ou de les réaliser.

 

Il ne faut pas oublier que la diversité est une force et une base de l’Europe. Les banlieues sont la base même d’échanges ainsi que de diversité ethnique et culturelle, à l’image de l’UE.

Wassila ZOUAG

[1] Source : Eurostat

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