IKEA : portrait d’un géant en eaux troubles

Le 28 janvier dernier, le fondateur d’IKEA mourrait, à l’âge de 91 ans. Ingvar Kamprad, l’homme qui avait su révolutionner le monde de l’ameublement, était avare au point de réutiliser deux fois son sachet de thé et de faire ses courses juste avant la fermeture des magasins pour négocier les rabais. Il laisse derrière lui une entreprise florissante, mais dans le viseur de la Commission européennes… et de Margrethe Vestager.

 

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Ingvard Kamprad en 2012 crédits FABRICE COFFRINI / AFP

L’Homme qui a mis le monde en kit 

Le génial inventeur du meuble à monter chez soi est mort à l’âge honorable de 91 ans. Rien ne prédestinait Ingvar Kamprad, fils de fermier incapable de traire les vaches et terriblement dyslexique, à devenir l’un des hommes les plus riches de la planète. A 17 ans, il monte son entreprise de vente par correspondance de briquets et de cartes postales dans la ferme de son père, à Elmtaryd Agunnaryd (qui, avec ses initiales, formera le nom d’IKEA).

Le jeune chef d’entreprise se diversifie toutefois rapidement -on ne fait pas commerce longtemps des briquets. Son entreprise de vente par correspondance décolle réellement au moment où il vend sa première chaise -un modèle qui s’appelait « Ruth« . Devant le succès de ses meubles, il se met à vendre aussi des tables basses et des canapés.

La fortune et la renommée d’Ingvar Kamprad vient du concept révolutionnaire qu’il a su mettre en place : faire se déplacer le client dans un hangar en pleine périphérie des villes, lui imposer un tour complet du magasin avant d’acheter ses meubles, qu’il devra monter lui-même, au moyen d’un schéma inintelligible, et qui a dû être la source de nombreux divorces! En contrepartie, le prix des meubles vendus est largement réduit.

Depuis, la recette IKEA a pris : la marque possède environ 400 magasins dans près de 50 pays et réalise 38 milliards d’euros de chiffre d’affaire par an. Son célèbre fondateur ne s’était retiré de ses fonctions qu’en 2013, alors qu’il approchait de ses 90 ans.

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Meubler la classe moyenne

Issu d’un milieu modeste, né dans une région très rurale de la Suède, Ingvar Kamprad aspirait à améliorer le confort des classes moyennes. Pendant les Trente Glorieuses, il a d’ailleurs su surfer sur la croissance extraordinaire des classes moyennes. A partir des années 90, il se positionne sur les marchés émergents. Dans un pays en développement il y a 20 ans, l’arrivée d’IKEA était systématiquement synonyme d’un décollage économique.

L’entreprise possède pourtant sa part d’ombre. Elle est régulièrement pointée du doigt pour l’optimisation fiscale dont elle bénéficie et les conditions de travail de ses salariés, pas toujours au beau fixe. Les lobbies écologiques lui reprochent également de participer à la déforestation, en abattant chaque année des quantités astronomiques d’arbres.

IKEA vs Margrethe Vestager

La commissaire chargée de la concurrence ne quitte plus la scène, et cette fois, elle s’attaque à IKEA. En décembre dernier, elle annonçait à Bruxelles l’ouverture « d’une enquête approfondie » sur le traitement fiscal dont l’entreprise suédoise bénéficierait aux Pays-Bas. La commissaire soupçonne donc le développement d’une fausse concurrence.

Dans les faits, on reproche à IKEA d’avoir fait transférer des fonds des Pays-Bas au Luxembourg entre 2006 et 2011, puis d’avoir transférer de nouveaux ses fonds vers le Liechtenstein, membre de l’Espace Economique Européen mais pas de l’UE.

La Commission refuse de dire combien de temps lui sera nécessaire pour tirer cette affaire au clair, mais elle a néanmoins profité de l’occasion pour mettre en garde les pays de l’UE « qui leur permettent de transférer ailleurs leurs bénéfices« . Les autorités de La Haye ont promis de collaborer à l’enquête. De son côté, le géant du meuble en kit a affirmé que le groupe était imposé « conformément aux règles de l’UE« . Madame Vestager a tenu à rappeler que « toutes les sociétés (…) multinationales ou non , doivent payer leur juste part d’impôt« .

 

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Les héritiers d’Ingvar Kamprad, sa fille et ses trois fils, devront gérer cette nouvelle affaire en plus de leur héritage colossal, qui lui, n’est pas en kit.

Chloé LOURENÇO

 

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