CRISPR-Cas 9 : faut-il s’inquiéter?

Son nom est impossible à prononcer, mais il représente pourtant un des enjeux bioéthiques les plus importants de notre époque. Dans quelle mesure faut-il exploiter les avancées scientifiques en matière de modification génétique? Immenses perspectives pour les uns, risques de dérives eugénistes voire transhumanistes pour les autres. Les Etats généraux de la bioéthique, ouverts en janvier, doivent tenter de trouver une réponse avant qu’une loi, prévue pour l’automne, ne tranche définitivement le cas de ces « ciseaux génétiques ». 

CRISPR-Cas9, kezako? 

Le système CRISPR-Cas9 a été découvert chez les bactéries. Effectivement, un grand nombre d’entre elles possèdent dans leur génome de courtes séquences d’ADN répétéesrégulièrement le long de leur génome, appelées CRISPR (pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats). Elles permettent aux bactéries de conserver la mémoire d’une infection par un virus pour mieux s’en défendre les fois suivantes.

En d’autres termes, à la suite d’une infection par un virus, des séquences d’ADN de virus sont intégrées au sein des CRISPR. Lors d’une nouvelle infection par ce virus, l’ADN viral est recopié en ARN et associé à la protéine Cas9. C’est cet ARN associé à Cas9 qui se fixe sur l’ADN du virus et l’inactive en le coupant. Le virus est ainsi éliminé.

C’est en 2012 que deux chercheuses, l’une Française, Emmanuelle Charpentier, l’autre Américaine, Jennifer Doudna, ont réussi à détourner ce système biologique pour en faire de véritables « ciseaux moléculaires » capables de cibler des endroits précis du génome de n’importe quelle cellule. En coupant l’ADN, CRISPR-Cas9 remplace les « mauvais » maillons par les bons, et soigne ainsi le patient. De quoi redonner de l’espoir aux porteurs de maladies rares ou incurables ou pour prévenir certaines maladies présentes dans les embryons.

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Une avancée révolutionnaire 

En 2015, les deux co-chercheuses recevait le prestigieux Prix « Breakthrough 2015 in Life Sciences », créé par les fondateurs de Google et de Facebook, accompagné d’un chèque de 6 millions de dollars. A lui seul, ce chiffre résume l’engouement provoqué par ce nouvel outil aussi puissant qu’imprononçable. Il faut noter que CRISPR-Cas9 met le génie génétique à la portée de n’importe quel laboratoire. Pour Alain Fischer, grand spécialiste français de thérapie génique, cette découverte révolutionnaire pourrait même valoir aux deux jeunes femmes le Prix Nobel!

Les premiers résultats sont très encourageants : des maladies incurables du foie ou de dégénérescences musculaires ont été pratiquement traitées chez des souris en Chine ou aux USA. « En août 2017, une équipe internationale de chercheurs a réussi à supprimer une mutation génétique responsable d’une maladie cardiaque dans des embryons humains grâce à cette méthode, avant d’interrompre leur développement. En 2016, en Chine, une étude était menée sur des patients atteints du cancer du poumon. Les chercheurs ont injecté des cellules dont l’ADN avait été modifié par le biais de Crispr-Cas9. » rappelle Le Monde.

Vers de l’eugénisme déguisé ? 

La puissance de cet outil commence cependant à susciter des inquiétudes. Les opposants à cette nouvelle technique de « gene editing » font valoir que les gènes ainsi modifiés se transmettront de génération en génération, et que la limite est ténue entre progrès de la médecine et « fantasme de l’amélioration » des enfants à naître. En effet, une fois que l’on sait modifier l’ADN humain, il est tout à fait possible de modifier la couleur des yeux, des cheveux, la taille ou encore le sexe des enfants.

En 2015, une équipe chinoise s’est emparée de CRISPR-Cas9 pour tenter de modifier le génome humain. Cette modification du patrimoine génétique est pourtant contraire à la Convention d’Oviedo, ratifiée en 2011 par la France et 28 autres pays européens.

Il est peut-être urgent d’agir et de trouver une réponse adaptée avant que des savants fous ne jouent trop avec CRISPR. En guise de conclusion, voici une vidéo d’Hervé Schneiweiss, neurobiologiste et neurologue, président du Comité d’éthique de l’INSERM, lors de son intervention à l’Odéon, le 7 octobre dernier.

 

 

Chloé LOURENÇO

 

 

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