Gibraltar : pomme de discorde entre Londres et Madrid

Depuis le vote sur le Brexit, la tension monte entre Londres et Madrid autour de ce minuscule territoire à la pointe sud de l’Espagne. Ses habitants, viscéralement attachés au Royaume-Uni, mais aussi à leurs liens avec leurs voisins andalous, s’inquiètent. De l’autre côté de la frontière, environ 10 000 Espagnols travaillent quotidiennement sur le rocher britannique. Leur vie de tous les jours pourraient être particulièrement affectée et l’inquiétude monte aussi à la moindre secousse entre les deux pays. Reportage.  

Tensions réactivées

Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni décidait, par référendum, de quitter l’UE. Depuis, le Brexit a fait monter les tensions entre Londres et Madrid, et a réactivé d’anciennes revendications territoriales de la part de l’Espagne. Dès le lendemain de l’annonce des résultats du référendum, José Manuel Garcia-Margallo, lors ministre des Affaires étrangères espagnol, déclarait que le « drapeau espagnol est aujourd’hui beaucoup plus proche de Gibraltar« . Cette année, quand Theresa May a enclenché la procédure de divorce via l’article 50, les 27 ont accordé au gouvernement espagnol un droit de veto sur le statut du rocher. De quoi faire s’emballer la machine. Lord Michael Howard, ancien leader conservateur a d’ailleurs assuré que la Première ministre britannique n’hésiterait à déclarer la guerre pour conserver Gibraltar, comme Margaret Thatcher l’avait fait pour  les Falklands en 1982.

Sur le terrain, l’ambiance est heureusement moins belliqueuse. On assiste à un savoureux mélange de cultures et de langues – à Gibraltar, on parle le « yano », un anglais mâtiné d’espagnol, à moins que ça ne soit le contraire. Cependant, la présence des côtes africaines, à seulement 14 km en face de « Gib » rappelle à tous moments que dans un an, le rocher sera tout à fait isolé en Europe. Et cela permet aussi de comprendre pourquoi le Royaume-Uni refuse d’abandonner cette possession stratégique.

 

 

Une identité à cheval entre le Royaume-Uni et l’Espagne

L’histoire de ce morceau de roches bascule en 1704, lorsque Londres arrache  ce  tout petit bout de terre à l’Espagne, alors en pleine guerre de succession. Vidé de sa population autochtone, transférée vers le village voisin de San Roque, il est transformé en une place forte militaire. Le traité d’Utrecht en fait une « possession à perpétuité » de la couronne britannique, avec cette clause importante : s’il cessait d’être anglais, Gibraltar retomberait dans le giron de Madrid. Il changerait de couronne.

L’Espagne n’a d’ailleurs pas abdiqué trop vite : au XVIIIème siècle, elle aura tout de même tenté trois sièges. En vain. Au contraire, cela a sûrement renforcé l’état d’esprit « gibraltarien », fidèle à Sa Majesté, et capable de s’adapter relativement vite.

Inquiétudes montantes depuis le Brexit

Du côté anglais, la blessure de l’Espagne franquiste et de l’isolement imposé par le dictateur pendant de nombreuses années a laissé des traces profondes. Depuis le 23 juin 2016, c’est l’inquiétude qui règne dans les rues de Gibraltar, « la même qui règne à Londres et dans tout le Royaume-Uni » commente habitant. Comment le rocher réussira-t-il à survivre s’il est définitivement coupé de l’UE ? Viendra-t-on toujours voir ce rocher du bout du monde si tout est plus compliqué ?

Si la situation est difficile pour l’enclave britannique, elle est encore plus dramatique pour les voisins espagnols. Environ 10 à 12 mille Andalous travaillent quotidiennement de l’autre côté de la frontière, et fuient les 35% de chômage de la province de Cádix. Le Brexit rend leur avenir particulièrement incertain, et l’économie locale pourrait en souffrir.

Le maire de La Línea de la Concepción, la ville frontalière, est très inquiet : « En 20 ans, Gibraltar est devenu la première usine de La Línea. J’espère que le gouvernement espagnol adoptera des mesures claires, comme une fiscalité ou un statut spécial. J’ai peur d’une fuite des entreprises et de nombreuses pertes d’emplois« .

Si l’horizon est encore brumeux, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, assure que « rien ne va changer« . Une promesse qui, pour le moment, ne tranquillise en rien les transfrontaliers, et qui les rapprochent des problèmes rencontrés par l’Irlande.

Chloé LOURENÇO

 

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