Vers un élargissement de l’UE aux Balkans ?

  Si le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait assuré qu’il n’y aurait pas de nouvel élargissement de l’UE durant son mandat, c’est-à-dire jusqu’en 2019, il semble désormais que l’intégration des Balkans soit à prévoir à l’horizon 2025. La Serbie et le Monténégro seraient les premiers de cette zone géographique à devenir membres de l’Union.

Dusko Markovic, Montenegro Prime Minister, on the right, and Johannes Hahn

Visite de Johannes Hahn, commissaire en charge de la politique de voisinage et des négociations d’élargissement, au Monténégro en présence du Premier Ministre Dusko Markovic, le 9 février 2018.

 L’UE en route pour les Balkans

  Sous le titre d’Elargissement des Balkans occidentaux : destination commune, la nouvelle stratégie d’intégration européenne de Bruxelles a été présentée au début du mois de février, lors de la semaine de sessions plénières à Strasbourg. C’est Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne et vice-présidente de la Commission, qui a annoncé le nouveau projet d’élargissement aux six pays dits « Balkans occidentaux » – à savoir la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, le Kosovo, l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine – dont certains sont candidats à l’adhésion à l’Union depuis quelques années. Faisant directement écho aux priorités évoquées dans le dernier discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker et dans le programme de la présidence bulgare au Conseil de l’UE, cette perspective d’intégration pourrait devenir une réalité d’ici 2025.

  A ce jour, le Monténégro et la Serbie sont les deux pays les plus avancés dans le processus d’adhésion, intégrant désormais le « peloton de tête » selon les mots de la Commission européenne. Les négociations avaient en effet débuté en 2012 pour le Monténégro, et en 2014 pour la Serbie. La Macédoine et l’Albanie sont officiellement candidates ; quant à la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo, leur statut reste celui de « candidats potentiels ».

Quels sont les critères pour devenir un Etat-membre de l’Union ?

  A l’occasion du discours de 2017 sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait rappelé la situation des six pays concernant leur éventuelle adhésion à l’UE : « Si nous voulons plus de stabilité dans notre voisinage, nous devons aussi offrir des perspectives d’élargissement crédibles aux Balkans occidentaux. Il n’y aura pas de nouveaux pays membres durant le mandat de cette Commission et de ce Parlement, parce que les critères d’adhésion ne sont pas remplis. […] Pour tous les pays candidats à l’adhésion, une priorité absolue doit être donnée, dans les négociations, au respect de l’état de droit, de la justice et des droits fondamentaux.« 

Jean-Claude Juncker

  Le processus d’adhésion à l’Union européenne se veut équitable et basé sur le mérite. Bruxelles analyse le potentiel élargissement à un nouveau pays selon des critères politiques et économiques stricts énoncés dans le Traité sur l’Union européenne : le pays candidat doit respecter les valeurs de la démocratie et s’engager à les promouvoir. L’Etat de droit, les droits de l’homme ainsi que le respect des minorités doivent également être garantis.

  Sur le plan économique, le pays candidat doit avoir une économie de marché viable et être capable de « faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union« . Enfin, est évaluée « la capacité d’assumer et de mettre en œuvre efficacement les obligations découlant de l’adhésion à l’UE, et notamment de souscrire aux objectifs de l’union politique, économique et monétaire« . Si ces critères fondamentaux sont nécessaires pour faire partie de l’Union, ils sont aujourd’hui mis à mal en Pologne et en Hongrie – tous deux ayant rejoint la communauté en 2004 – où l’Etat de droit est fréquemment violé.

Un élargissement qui fait débat

  Le principal objectif de ce projet d’élargissement est de garantir la stabilité, à la fois politique et économique, au sein de cette région européenne. En effet, après des années de guerre et de conflits, les Balkans occidentaux se sont relevés de leurs ruines, bien qu’il soit aujourd’hui encore nécessaire pour eux d’adopter des réformes efficaces sur la préservation de l’Etat de droit, de la coopération régionale ou encore de la réconciliation. L’Europe voit en outre un « intérêt stratégique » à s’étendre à cette zone géographique : si elle souhaite y assurer la stabilité, c’est aussi parce que la Chine, l’Arabie Saoudite, la Russie et la Turquie cherchent à s’y implanter.

 D’aucuns demeurent cependant sceptiques vis-à-vis de l’intégration de ces six pays, rappelant que l’un des derniers élargissements de l’UE, celui à la Roumanie et à la Bulgarie, avait été trop rapide, échouant ainsi à éradiquer la criminalité organisée et la corruption de ces territoires est-européens. La question de la reconnaissance du Kosovo se pose également dans la mesure où cinq pays de l’Union européenne, dont l’Espagne, ne le reconnaissent toujours pas comme un pays à part entière. Même chose pour la Macédoine, que la Grèce refuse fermement de reconnaître en raison du nom qu’elle porte.

  Enfin, reste le ressenti de la Turquie, candidate officielle depuis plusieurs décennies, vis-à-vis de cet élargissement : si les dérives autoritaires d’Ankara ne sont plus à prouver, le président Recep Tayyip Erdogan a malgré tout récemment fait savoir qu’il souhaitait relancer le processus d’adhésion de son pays à l’UE. Son intention a subtilement été écartée par le président français Emmanuel Macron, qui a pour sa part évoqué la mise en place d’un partenariat entre l’Europe et la Turquie. Pour certains, le chemin vers l’intégration européenne risque d’être encore long…

Virginie CARDOSO

 

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