« Projet Daphne » : enquête sur la vente de passeports européens à Malte

  Il y a six mois, le corps de Daphne Caruana Galizia était retrouvé calciné dans sa voiture. La journaliste maltaise qui enquêtait sur la corruption dans son pays était victime d’un attentat à la voiture piégée. Aujourd’hui, 45 journalistes issus de 18 médias internationaux se sont rassemblés au sein de l’organisation Forbidden Stories afin de poursuivre l’enquête de Daphne Caruana Galizia.

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Crédits photo : http://www.challenges.fr

Au nom de Daphne

  L’assassinat en octobre 2017 de l’enquêtrice maltaise avait provoqué une onde choc dans le monde du journalisme et avait remis en cause la liberté de la presse. Sur son blog Running commentary, Daphne Caruana Galizia parlait du blanchiment d’argent et de la corruption à Malte et était lue par des centaines de milliers d’internautes, parfois plus nombreux que la population maltaise elle-même. Suite à la tragique disparition de l’enquêtrice, l’organisation française Forbidden Stories (Histoires Oubliées), dont la mission est de « poursuivre et de publier le travail d’autres journalistes qui sont menacés, emprisonnés ou ont été assassinés« , a décidé de mener le « Projet Daphne » et de continuer à faire la lumière sur la corruption à Malte. En France, les médias Le Monde, France Télévisions et Radio France participent au projet et publient depuis le 17 avril les résultats de leurs recherches.

Des passeports maltais en or

  Si une telle collaboration en matière d’investigation a eu lieu, c’est aussi parce que le gouvernement de La Valette permet depuis 2014 à de très riches investisseurs, souvent russes ou chinois, d’obtenir un passeport maltais. La petite île de l’Union européenne voit cette pratique très controversée comme un moyen de faire entrer de l’argent dans ses caisses. En effet, chaque riche investisseur étranger désirant obtenir le passeport européen doit verser 650 000 euros à l’Etat maltais, puis acheter une résidence sur place (impliquant également des investissements locaux).

  Un cadeau en or permettant à ses détenteurs de circuler librement dans les 28 pays de l’UE, autorisé par Joseph Muscat, le Premier ministre de l’île depuis 2013. Mise au courant de cette pratique, la Commission européenne avait imposé une condition : les bénéficiaires de ces passeports doivent avoir résidé au moins un an à Malte avant leur naturalisation. Le « Projet Daphne » révèle justement aujourd’hui que cette condition n’a pas été respectée dans la mesure où de nombreux logements demeurent inoccupés.

Une initiative rentable ?

  Bien que vantée par le chef de gouvernement de l’île, la vente de passeports semble pourtant plutôt profiter à la société qui commercialise ces documents qu’à l’Etat maltais lui-même. Désignée par le pays, la société Henley and Partners (H&P), dirigée par Christian Kälin, a son siège sur l’île de Jersey, connue pour ses avantages fiscaux. Henley and Partners est spécialisée dans la mise en oeuvre de programmes destinées à faciliter la naturalisation et l’accès à la résidence des particuliers et familles les plus aisés. La journaliste Daphne Caruana Galizia avait justement essayé de démontrer que la société avait contacté elle-même Joseph Muscat à ce sujet avant son élection.

  Mis au courant de l’existence du « Projet Daphne », le Premier ministre maltais appelle désormais les citoyens de l’île à témoigner de leur soutien au gouvernement lors des cérémonies du mois de mai. Egalement interpellée sur la question, la Commission européenne a déclaré suivre « de près la situation à Malte« . Frans Timmermans, premier vice-président de l’institution et commissaire européen à l’Etat de droit n’a toutefois pas suggéré la mise en oeuvre de sanctions à l’égard du petit pays de l’UE, en raison du manque d’éléments justifiant une telle décision.

Virginie CARDOSO

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