Fémin’histoire #18 : Flora Tristan

  Figure incontournable du débat social dans les années 1840, femme de lettres et militante féministe ayant lutté pour le droit de divorcer, Flora Tristan a pourtant elle aussi été effacée de l’histoire de notre pays. Celle que l’on surnommait la « paria » – en raison de ses origines franco-péruviennes – a pourtant mis avec ferveur ses expériences personnelles au service de l’intérêt des femmes.

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Crédits photo : http://www.humanite.fr

La désillusion du mariage

  Née en 1803 à Saint-Mandé d’une mère issue de la bourgeoisie parisienne et d’un père noble péruvien, Flora Tristan grandit au sein de cette famille dont les parents s’étaient mariés en Espagne. Mais le bonheur n’est malheureusement que de courte durée : son père meurt alors qu’elle n’a que quatre ans et sa mère doit redoubler d’efforts pour l’élever seule. Flora Tristan évoquera d’ailleurs cet évènement avec beaucoup de tristesse dans ses Périgrinations d’une paria, publiées en 1837 : « Mon enfance heureuse s’acheva à quatre ans, à la mort de mon père« . Embourbées dans les difficultés financières suite au décès du père de famille, la fille et la mère vivotent du mieux qu’elles peuvent, jusqu’à ce que Flora Tristan épouse, à 17 ans, André Chazal, un graveur aisé chez qui elle travaille en tant qu’ouvrière coloriste.

  L’union se révèle finalement désastreuse : André Chazal est un homme impulsif, jaloux, qui bat sa femme. Ne pouvant plus supporter la violence verbale et physique infligée par son époux, la jeune femme s’enfuit en 1825 du domicile conjugual avec ses deux enfants (sa fille Aline sera la future mère du célèbre peintre Paul Gauguin), et alors même qu’elle est enceinte. Humiliée et traumatisée par les épreuves qu’elles a vécues, Flora Tristan prend la décision de ne jamais se remettre en ménage avec quelqu’un. Son mari continue pourtant de la poursuivre et de la menacer. La garde des enfants devient également un motif de conflit pour l’ex-couple.

Les années de militantisme

  En 1833, elle part pour le Pérou, où elle tente de se faire reconnaître par sa famille paternelle. Mais sur place, son oncle la rejette et lui dénie l’héritage de son père en raison de sa condition – injustement imposée – de « bâtarde » et de « femme seule et de mauvaise vie« . Flora Tristan retourne finalement à Paris où elle publie sa brochure De la nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères, dans laquelle elle incite la société à fournir un accueil et un logement aux femmes seules et à les instruire. La situation avec André Chazal se dégrade sérieusement : celui-lui lui enlève d’abord sa fille Aline, puis tente de la tuer avec un pistolet. C’est enfin – mais seulement – après ces tragiques évènements que la jeune femme parvient à obtenir la « séparation de corps » avec son mari, qui sera quant à lui condamné à vingt ans de travaux forcés. Le divorce étant interdit en France depuis 1815, cette décision apparaîtra évidemment comme trop légère aux yeux de Flora Tristan, qui fera du droit des femmes à divorcer l’un de ses principaux combats.

  Ayant elle-même travaillé en tant qu’ouvrière, Flora Tristan s’engage ensuite en faveur des droits des ouvriers et devient une figure majeure du socialisme. C’est notamment pour « l’union universelle des ouvriers et des ouvrières » et contre l’oppression des femmes qu’elle se bat : « L’affranchissement des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes. L’homme le plus opprimé peut opprimer un être qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même« . En 1844, alors qu’elle est lancée dans un tour de France des apprentis-compagnons afin de sensibiliser les citoyens aux causes qui lui sont chères, Flora Tristan meurt à Bordeaux de la fièvre typhoïde. Celle qui a vécu les épreuves les plus difficiles de la vie ne tombera toutefois pas complètement dans l’oubli : après sa mort, une souscription publique s’est ouverte pour lui ériger un monument à Bordeaux. Il se trouve désormais au cimetière de la Chartreuse. Une plaque en son hommage a également été apposée rue des Bahutiers, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux.

Virginie CARDOSO

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