Günther Oettinger : « Etre compétitif face à Washington et Pékin »

Dans une interview accordée au Figaro économie, le commissaire européen au Budget, l’Allemand Günther Oettinger, défend le projet de budget post-brexit. Il décrypte les enjeux financiers de la prochaine décennie, et assure que l’Union européenne réussira à compenser la perte du Royaume-Uni… moyennant des coupes dans certains programmes. Explications.

 

 

Une économie forte, plus de solidarité et de sécurité

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Pour Günther Oettinger, « la sécurité, la question des migrants, la stabilisation des régions voisines de l’UE et la protection de nos frontières sont devenues clés« . Selon le commissaire européen, il est primordial que l’Europe devienne compétitive face à des superpuissances telles que la Chine ou les USA. Il souligne en effet le fait que ces deux pays ont présenté une politique protectionniste et centrée sur eux-même (« America first » ou « Made in China 20215« ). Face à cela, l’UE doit se montrer forte et unie, au risque de s’effriter.

Le commissaire allemand précise que pour arriver à ses fins, l’UE aura des actions concrètes. « Sur la compétitivité, nous voulons accroître les moyens pour la recherche et l’innovation. Le programme numérique passera de 1 à 13 milliards d’euros sur 7 ans. » Il assure qu’il faudrait également soutenir le développement et la restauration des infrastructures en tous genres : ferroviaires, routières, numériques.

Interrogé sur la question de la sécurité (placée par les Européens comme un point très important), Günther Oettinger, prévoit d’augmenter « l’aide au pays en développement et de donner plus de moyens aux Etats européens pour mieux gérer les flux migratoires« . Frontex, l’agence qui assure la sécurité aux frontières de l’Europe, sera d’ailleurs renforcée de 1400 à 10 000 agents dans les pays dont les limites de l’UE sont les plus poreuses mais aussi les plus difficiles à protéger : la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, Malte et Chypre. Toutefois, il tient à expliquer que « contrôle des frontières » ne rime pas obligatoirement avec « rejet des migrants« . Il faut un contrôle efficace pour savoir qui vient et pourquoi : demande d’asile, regroupement familial, guerre civile, pauvreté…

Le commissaire au Budget a de plus indiqué l’ouverture d’un nouveau chapitre sur la défense européenne. « Nous allouerons à l’armement 4,5 milliards d’euros sur sept ans. […] Dans le prochain budget pluriannuel, 13,5 milliards seront affectés à la défense, dont 2 milliards en 2027 pour la production et 600 millions pour la recherche« , explique-t-il.

 

Quels financements après le départ du Royaume-Uni ? 

Après le Brexit, l’UE devra compenser la perte de la Grande-Bretagne et de sa participation au budget. Autrement dit, elle devra trouver 12 à 14 milliards par ans sur un budget d’environ 160 milliards. Günther Oettinger l’avait déjà dit en janvier, cela passera forcément par une coupe dans les grands programmes, dont la PAC et par une légère augmentation des contributions des 27 Etats membres restant.

Toutefois, il tient à rassurer les agriculteurs européens, « les diminutions en termes nominaux sont limitées à 4,6%« . Effectivement, ce programme qui figure parmi les plus lourds et les plus coûteux de l’UE est difficile à repenser ou à réformer.

Des Européens de plus en plus eurosceptiques ? 

Pour le commissaire au Budget, le sentiment antieuropéen dépeint dans les médias n’est pas aussi fort que cela. « Le dernier sondage Eurobaromètre réalisé en mars dans les vingt-huit Etats membres auprès de 28 000 citoyens montre au contraire que l’UE est bien mieux perçue depuis quelques mois. C’est sans doute dû en partie au Brexit, à la politique « America first » de Donald Trump ainsi qu’aux régimes autoritaires en Turquie et en Russie« .

La prochaine décennie s’annonce particulièrement difficile pour l’UE, en raison des élections européennes de l’année prochaine. Le grand défi sera d’intéresser les Européens à ces élections généralement boudées. Pour la Commission, l’enjeu est de taille, puisque l’actuel « gouvernement » doit établir un budget qu’il fera appliquer par de nouveaux Commissaires. Tout est donc une question de savants dosages et de compromis…

Chloé LOURENÇO

 

Une réflexion sur “Günther Oettinger : « Etre compétitif face à Washington et Pékin »

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