Jože Plečnik, l’homme qui façonna la Slovénie

Rarement une capitale n’aura été façonnée à ce point par un seul et même homme. Jože Plečnik a offert son empreinte à Ljubliana, la capitale slovène et y a forgé ses plus belles oeuvres. Son ingéniosité et son esthétisme uniques ont servi à moderniser la ville au XXème siècle. Portrait d’un homme qui a laissé son empreinte dans la pierre. 

Une enfance formatrice 

Jože_Plečnik_(1943),_Zbirka_upodobitev_znanih_Slovencev_NUK_-_Crop1Jože Plečnik naît le 23 septembre 1872 à Ljubliana en Slovénie. Son père, ébéniste de métier, souhaite qu’il reprenne l’atelier familial, mais le petit Jože montre peu de dispositions ou d’envie. Il préfère de loin le dessin à la fabrication d’un meuble.

En 1888, il entre au Lycée Graz grâce à une bourse d’Etat. Il y étudie l’ébénisterie et les matières liées à cette profession. Mais ses appétences pour le dessin reprennent vite le dessus, et le jeune homme se met à fréquenter les étudiants en architecture. Jože Plečnik en apprend tant qu’il est rapidement remarqué et accepté dans les cours de dessin du professeur Leopold Theyer.

Son destin bascule brusquement lorsque son père décède : trop jeune et inexpérimenté, Jože Plečnik ne peut reprendre l’atelier familial. Il deviendra architecte puisqu’il en rêvait, laissant à son frère aîné le soin de faire vivre le travail de leur père.

Carrière retentissante à Vienne & Prague

A 22 ans il quitte la Slovénie pour rejoindre Otto Wagner, célèbre architecte viennois de la Sécession. Il restera au service du maître jusqu’en 1900. Entre 1900 et 1910, il travaillera à Vienne et achèvera quelques projets comme la maison Langer et l’immeuble Zacherl. Toutes ces réalisations de jeunesse sont marquées par une utilisation rationnelle de l’espace et des surfaces richement décorées, spécifiques au mouvement de la Sécession viennoise mené par Otto Wagner.

En 1913, Jože Plečnik réalise dans la capitale autrichienne l’Église du Saint-Esprit, dont la conception est remarquable par son utilisation novatrice du béton, non seulement comme élément structurel, mais aussi en décoration. Classique dans sa forme, l’édifice est doté d’une crypte aux fines colonnes de béton surmontées de chapiteaux cubistes. Du jamais vu !

 

« Par l’originalité de son style, Plečnik aurait même pu être l’architecte de l’avenir » affirmait Friedrich Achtleiner, critique viennois reconnu. 

Prague_Castle_Plecnik_Peristyle

A partir de 1911, le prodige de la création se rend à Prague pour enseigner. Comme professeur, il promeut les principes des arts et des traditions populaires qui ont influencé une génération d’architectes du cubisme tchécoslovaque des années 1920. Son passage en République Tchèque marque l’apogée de sa carrière. On lui confie le remaniement des salles du Château de Prague en appartements présidentiels, ainsi que l’aménagement des parcs et jardins.

 

 

Ljubljana, son chef-d’œuvre

De retour dans sa ville natale en 1921 pour occuper le poste de professeur à l’Université récemment fondée, Jože Plečnik se voue corps et âme à la conception urbanistique de la ville. L’originalité et l’ingéniosité des édifices et des gestes urbains de Plečnik à Ljubljana classent son œuvre parmi les ensembles d’œuvres d’art majeurs du 20ème siècle.

Plečnik voulut concevoir Ljubljana comme la nouvelle capitale des Slovènes et lui donner le cachet de ville antique à l’instar d’Athènes. Son style subtil et innovant s’inspirait des éléments essentiels de l’architecture classique grecque tels que les colonnes, les chapiteaux, les balustrades, les colonnades et autres éléments auxquels Plečnik donnait une touche personnelle très originale. Il a réellement transformé la ville avec des œuvres telles que l’église Saint-François, des ouvrages civils tels qu’un ensemble de trois ponts (Tromostovje) et de quais sur la Ljubljanica, un marché couvert, un kiosque monumental, des maisons de banque, des places publiques, l’agencement de parcs et jardins, un cimetière et les bâtiments de la compagnie d’assurance mutuelle slovène ou celui, monumental, de la bibliothèque universitaire.

Retraite

Après la Seconde Guerre mondiale, Plečnik tombe en disgrâce dans la République fédérale populaire de Yougoslavie du maréchal Josip Broz Tito : son catholicisme dévot, son style classique y sont vus avec méfiance. Son rôle d’enseignant à l’université est graduellement réduit et les commandes publiques progressivement taries même s’il réalise encore quelques projets mineurs de fontaines ou de monuments de dimensions réduites.

Il décède en 1957 et reçoit des funérailles publiques ; il est enterré au cimetière de Žale qu’il avait conçu.

Chloé LOURENÇO