Il y a un siècle, les Romanov…

C’est un nom qui soulève encore bien des passions et des mystères, même un siècle après leur disparition tragique. La famille Romanov a suscité, au cours du XXè siècle, tantôt de la passion, tantôt de la haine, tantôt de l’intérêt, tantôt du mystère. Leur immense richesse et leur problèmes familiaux les ont petit à petit complètement coupé de la Russie et de la population, jusqu’à les mener à une mort horrible, en pleine Sibérie. Retour sur l’histoire des derniers représentants de la famille impériale de Russie. 

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Une dynastie longue de trois siècles

Romanov est le nom sous lequel est désignée la dynastie russe qui a régné de 1613 à 1917. Originaires de Novgorod, les Romanov  s’établissent en Russie au xive siècle. Cette famille de boyards tient son nom de Roman Zakharine, dont la fille Anastasia a épousé le tsar Ivan IV le Terrible. Les enfants du frère d’Anastasia, Nikita, adoptent le nom de Romanov en l’honneur de leur grand-père. Le petit-fils de Nikita, Michel Fédorovitch, choisi par le Zemski Sobor, est le premier tsar Romanov en 1613 grâce à l’action de Kouzma Minine. La descendance des premiers Romanov s’éteint en 1762 avec la mort de l’impératrice Élisabeth Ire la Clémente. Le trône impérial russe passe alors à la branche de Holstein-Gottorp de la maison d’Oldenbourg, en la personne du tsar Pierre III. Celui-ci perpétua le nom de Romanov puisque tous ses descendants jusqu’à Nicolas II inclus l’ont repris. La branche russe de Holstein-Gottorp est encore représentée aujourd’hui, la place de prétendant au trône russe étant disputée entre le prince André Andreïevitch et la grande-duchesse Maria de Russie.

 

Nicolas II, dernier Tsar de Russie

Nicolas II voit le jour en 1868, au palais impérial de Tsarkoïe Selo. Sous son règne et sous celui de son père, Alexandre III, la Russie connaît un essor économique, social, politique et culturel sans précédent. Les serfs ont été libérés pendant le règne de son grand-père Alexandre II et les impôts sont allégés. Le Premier ministre Piotr Stolypine réussit à développer une classe de paysans riches. Le pays devient la troisième ou quatrième puissance économique mondiale et possède le premier réseau ferroviaire après les États-Unis et le Canada. Le rouble devient une monnaie convertible et, outre un nombre important de marchands et d’industriels, l’Empire possède désormais ses propres financiers qui sont souvent des mécènes. Sur le plan culturel, la Russie connaît alors un « âge d’argent », et prend la deuxième place dans le domaine de l’édition de livres. De nouvelles universités, des écrivains, sculpteurs, peintres, danseurs sont à l’époque connus dans le monde entier.

A l’âge de 16 ans, il rencontre celle qui deviendra sa femme, Alix de Hesse-Darmstadt, et en tombe profondément amoureux. Toutefois, cette jeune fille, qui n’est autre que sa cousine, n’est pas orthodoxe, ce qui complique une union. Le Tsar et la Tsarine demande au jeune prince de ne pas envisager un mariage avec la princesse allemande, et de se concentrer sur une union possible.

Nicolas ne changera pourtant pas d’avis. Il finira par épouser la femme qu’il aime -et qui l’aime en retour. Au début des années 1890, son père, le Tsar Alexandre III est mourant. Nicolas arrive à obtenir de lui une autorisation de se marier avec Alix, à condition qu’elle se convertisse à la religion orthodoxe et qu’elle modifie son nom. Le 1er novembre 1894, Nicolas devient Tsar à la mort de son père, et à la fin du mois, il épouse Alix, devenue Alexandra.

De cette union heureuse naîtront quatre filles, Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. La famille, unie et soudée, vit un bonheur imparfait. Effectivement, bien qu’elle aime profondément ses filles, la tsarine souffre de ne pas avoir encore donner d’héritier au trône de Russie. C’est pourquoi toute la famille Romanov exulte en 1904, lorsque le tsarévitch Alexis voit le jour.

Hélas, il semble qu’une malédiction se soit abattue sur le couple impérial et leur famille. Le jeune prince souffre d’hémophilie et ses jours sont comptés. Cette maladie, transmise aux garçons par les femmes, vient en réalité de la grand-mère d’Alexandra, la reine Victoria d’Angleterre. Désespérée, la tsarine fait appel à un sorcier répondant au célèbre nom de Raspoutine. Si le mage réussit à charmer une bonne partie de la cour, dont la tsarine elle-même qui ne voit plus que par lui, sa présence sera toutefois plus maléfique que bénéfique. Petit à petit, les Romanov se renferment sur eux-mêmes et se coupent des problèmes dont souffre le peuple. La Russie s’appauvrit, les gens ont faim, et cette situation intenable profite aux Soviétiques, assoiffés de pouvoir.

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Une révolution qui termine dans un bain de sang

es ouvriers, paysans ou soldats, qui dans leurs nombreuses pétitions au soviet de Petrograd, demandent que des mesures soient prises contre le tsar, sont très peu nombreux. Des soldats du front veulent qu’il parte, des paysans ressuscitant les mirs se saisissent de ses terres. Même dans les faubourgs où il est surnommé Nicolas le sanglant, on ne crie pas vengeance sur son passage. Certains hommes politiques modérés essaient de sauver la dynastie en sacrifiant Nicolas, qui finit par abdiquer. En vain ! Nicolas est arrêté par le gouvernement provisoire.

L’ex-empereur demande à pouvoir rejoindre sa famille au palais Alexandre et de là à s’exiler jusqu’à la fin de la guerre, pour retourner ensuite à tout jamais en Crimée. Le gouvernement provisoire accède à ses demandes. Le palais Alexandre devient alors une très jolie prison dorée, mais demeure néanmoins une prison où les conditions de détentions se durcissent au fur et à mesure de la détention.

Après une détention à Tobolsk en 1917, la famille apprend qu’elle doit une nouvelle fois déménager, mais sans savoir véritablement où ils vont. En avril 1918, les bolcheviks les conduisent à Ekaterinbourg dans la maison à destination spéciale. Quand Nicolas comprend que sa destination est Ekaterinbourg, il déclare : « J’irai n’importe où, mais surtout pas dans l’Oural. » Cette ville est, selon Hélène Carrère d’Encausse, « dans l’Oural rouge, peuplée d’extrémistes — bolcheviks, anarchistes et socialistes-révolutionnaires — qui réclament bruyamment l’exécution du buveur de sang ». 

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, l’intégralité de la famille impériale et quelques membres de leur garde rapprochée es assassinée, puis dépecée et enfin brûlée dans les bois de la forêt d’Ekaterinbourg.

 

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Un mystère qui a nourri tout le XXè siècle

Pendant de très nombreuses années, des bruits sur la survie d’une partie de la famille impériale circulèrent dans toute la Russie, devenue URSS. De nombreuses femmes se sont présentées comme étant la Grande-Duchesse Anastasia. Ce mystère a même fait les gorges chaudes des studios de la Fox, qui ont repris et adapté le mythe d’Anastasia au cinéma en 1997.

 

Toutefois, en 1990, les restes des dépouilles sont retrouvées et inhumées dans la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Il manque cependant deux corps, qui ne seront retrouvés que dix-sept ans plus tard. Le , Édouard Rossel, gouverneur de l’oblast de Sverdlovsk, déclare « Le plus grand laboratoire génétique des États-Unis a confirmé leur identité, les corps retrouvés en août 2007, sont bien les corps des deux enfants du tsar Nicolas II, la princesse Maria et le tsarévitch Alexis […] Nous avons à présent retrouvé la famille au grand complet. »

La famille impériale de Russie continuera toujours a faire rêver des milliers de personnes sur terre, même si finalement, le mystère s’était évanoui dans l’horreur, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918…

Chloé LOURENÇO