[Eurolecture] Relire Federico Garcia Lorca

Poète, dramaturge, peintre, compositeur, pianiste… Federico Garcia Lorca est un artiste aux multiples facettes qui a marqué profondément l’Espagne et l’Europe. Né en 1898 près de Grenade, il mourra fusillé par des milices franquistes en 1936. Sa dépouille n’a jamais été retrouvée, ce qui participe du mystère du poète. Relisons son oeuvre en ce mois de juillet 2018… 

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Jeunesse mondaine 

Federico Garcia Lorca naît à Grenade, dans la grande propriété que possède son père. Après une enfance heureuse, il poursuit ses études à l’université de la ville où il devient l’ami de Manuel de Falla, un des compositeurs les plus influents de l’époque. Ce dernier aura une forte influence sur lui, et lui répètera sans cesse qu’il est talentueux.

Après plusieurs années passées dans la ville qui l’a vu naître, le jeune Federico décide de monter à Madrid pour y rencontrer le succès qu’il espère et qu’il attend. Arrivé dans la capitale, il rencontre Luis Buñuel, Salvador Dalí et Rafael Alberti entre autres. A l’invitation du directeur du théâtre Eslava, Gregorio Martínez Sierra, il écrit sa première pièce, El maléficio de la mariposa, qui met en scène l’amour impossible d’un cafard et d’un papillon. Moquée, tournée en ridicule, la pièce ne dépassera pas les quatre représentations. Ce faux départ refroidit la passion de Lorca pour théâtre pour le reste de sa carrière.

Les années qui suivent marquent son implication dans la poésie et l’avant-garde espagnole. Il publie trois recueils de poèmes, dont Romancero gitano, le plus connu d’entre eux.

Mais à la fin des années 1920, Lorca souffre d’une grande dépression qui l’empêche de se consacrer totalement à son art. Le motif est simple : il n’arrive pas à avouer son homosexualité à ses amis et sa famille. Cette tourmente de l’âme atteint son paroxysme lorsqu’il comprend que sa passion pour Dalí, forte mais non réciproque, prend fin. Le peintre surréaliste lui présente sa future épouse, ce qui anéantit définitivement Lorca. Consciente de ces problèmes (mais peut-être pas de leurs causes) la famille de Lorca s’arrange pour lui faire faire un long voyage aux États-Unis  en 1929-1930

Guerre civile, fin tragique 

Son retour en Espagne en 1930 coïncide avec la chute du dictateur Primo de Rivera. En 1931, l’Espagne connaît une république pour la deuxième fois de son histoire, et Lorca  est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca, dont la mission est de faire des tournées dans les provinces essentiellement rurales pour présenter le répertoire classique. Il écrit alors sa pièce la plus célèbre, La Casa de Bernarda Alba.

Quand la guerre civile éclate en 1936, il se réfugie à Grenade, bien qu’il soit conscient de courir à sa perte. Effectivement, la ville est connue pour abriter l’oligarchie la plus conservatrice d’Espagne. La date exacte de sa mort a fait l’objet d’une longue polémique, mais il semble définitivement établi que Federico García Lorca a été fusillé à 4 h 45 du matin le 19 août, sur le chemin qui va de Víznar à Alfacar par des rebelles anti-républicains.

Son corps serait toujours enterré dans une fosse commune anonyme, quelque part dans la zone, aux côtés du cadavre d’un maître d’école, Dióscoro Galindo, et ceux des anarchistes Francisco Galadí et Joaquín Arcollas, exécutés en même temps.

Le régime de Franco décide l’interdiction totale de ses œuvres jusqu’en 1953, quand Obras completas est publié dans une version très censurée.

 

Couleurs

Au-dessus de Paris
la lune est violette.
Elle devient jaune
dans les villes mortes.
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes.
Lune de toile d’araignée
et de verrière brisée,
et par-dessus les déserts
elle est profonde et sanglante.

Mais la lune blanche,
la seule vraie lune,
brille sur les calmes
cimetières de villages. 

— Federico Garcia Lorca

Chloé LOURENÇO

 

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