Alain-Fournier : la fin d’une énigme

C’est un auteur bien connu des salles de classes françaises, qui n’a pourtant écrit qu’un seul roman. Henri Fournier, dit « Alain-Fournier », n’aura pas eu le temps de signer un second ouvrage après son très célèbre Grand Meaulnes, fauché par les premiers conflits de la Grande guerre. Partons sur ses traces passées sous silence pendant presque un siècle. 

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Enfance d’un artiste 

Né à La Chapelle d’Angillon, dans les département du Cher, le petit Henri Fournier passe une enfance heureuse, entre ses parents, tous deux instituteurs et sa soeur, Isabelle. C’est une enfance sans heurt ni problème, loin du tourbillon de la capitale. Il demande pourtant à la rejoindre, alors qu’il n’a que douze ans. Le jeune homme se révèle même être un brillant élève, récoltant tous les prix. Il a la tête pleine de rêve, souhaitant « être marin pour voyager ». Abandonnant ses envies de voyage en mer après une brève expérience à l’école navale de Brest, il entre, comme Péguy ou Giraudoux avant lui, au lycée Lakanal à Sceaux, où il suivra des études de lettres.

Après son service militaire, effectué dans diverses casernes de la petite couronne parisienne, il ne reprend pas ses études, préférant se consacrer à un travail de journaliste. Il écrit plusieurs petits contes qui connaissent un petit succès. Il publie en 1913 l’oeuvre de sa vie, Le Grand Meaulnes, qui manquera de peu le Prix Goncourt cette année-là.

Alain-Fournier ne saura jamais le succès rencontré par son roman.

La guerre, ce grand bouleversement

Le 2 août 1914, comme de nombreux jeunes hommes, Alain-Fournier est mobilisé pour aller, la fleur au fusil, ratiboiser les moustaches de l’empereur Guillaume. On verrait ce qu’on verrait !

Son destin le rattrape pourtant le 22 septembre de la même année, dans la forêt de Calonne, en Meuse. Le sol est détrempé, on ne voit pas à cinquante mètres, on tire dans tous les sens, les balles sifflent, elles claquent entre les bras et résonnent partout. Un cauchemar. Finalement, le lieutenant et ses vingt-et-un hommes vont se retrouver nez-à-nez avec une compagnie allemande, bien mieux habiles avec un fusil que les Français.

Alain-Fournier est tué sur le coup.

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Une fosse commune oubliée de tous 

Les Allemands prennent le temps d’enterrer le groupe, avant de faire rentrer définitivement la zone dans leurs arrières. Et quand la guerre se termine, plus personne ne se souvient de cette fosse commune.

Le mystère de la mort d’Alain-Fournier va accompagner la carrière éclatante de son oeuvre, Le Grand Meaulnes. Lu, édité, réédité, étudié en classe, on estime à 5 millions le nombre d’exemplaires vendus juste en édition de poche, et rien qu’en France.

Un groupe de passionnés de littérature va néanmoins mener une invraisemblable enquête longue de treize ans afin de retrouver le charnier ou gît l’écrivain. C’est en fouillant parmi les feuilles que le groupe tombe petit à petit sur un brodequin de soldat. Au bout d’un mois d’un chantier minutieux, les 21 soldats voient de nouveau le jour. Mais pour identifier Alain-Fournier, il faudra encore du travail et de la patience. Tout se passera en laboratoire, où un examen attentif des dents du lieutenant aura lieu. Grâce aux lettres qu’il avait envoyées à sa famille, les archéo-anthropologues ont pu mettre un nom sur le cadavre d’Alain-Fournier. Cette méthode fondera l’archéologie moderne.

Depuis le 11 novembre 1992, Alain-Fournier et ses compagnons reposent dans la petite nécropole toute proche, à Saint-Remy la Calonne.

 

Chloé LOURENÇO