[EUROLECTURE] Relire Marcel Pagnol

L’été, les vacances, l’insouciance… S’il y a bien un auteur français qui a su la retransmettre parfaitement, c’est bien Marcel Pagnol. Cet écrivain et cinéaste raconte sa Provence natale dans ses mémoires, La Gloire de mon père, le Château de ma mère, Le Temps des Secrets et le Le Temps des Amours. Plongeons dans les collines qui ont bercé son enfance… et la mienne ! 

Collines, chères collines ! 

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres au temps des derniers chevriers. » C’est par là que l’histoire du jeune Marcel commence. Et déjà, à peine les premiers mots du livre ont-ils été lus que l’on sent déjà la lavande, le savon de Marseille et le thym sauvage.

Son histoire est pourtant bien simple, celle d’un petit garçon, l’aîné de la fratrie, et de ses aventures au début du siècle dernier. Sa vie n’est pas tellement différente de celle que j’ai connue. Il allait à l’école, apprenait à lire, à écrire et à compter. Mais sa vie a véritablement été bouleversée à jamais lorsque son père a loué pour les vacances une maison de campagne dans les collines provençales.

Là, entre les rochers austères mais protecteurs, les grandes villas des notables et les parties de pétanque, Marcel Pagnol a découvert la vie, l’insouciance et la liberté. La Gloire de mon père dépeint Joseph Pagnol, instituteur à Marseille, profondément républicain et laïc, le premier héros de son fils. Durant le premier été passé dans les collines, en 1903, le jeune Marcel s’aperçoit que son père, cet homme si formidable peut aussi être vaniteux et fier, ce qui ne l’empêchera toutefois pas de voir grandir son admiration pour lui. « J’avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d’humanité : je sentis que je l’en aimais davantage« . Il apprend aussi que les vacances, hélas, ne sont pas éternelles, et que pour qu’elles puissent recommencer, il faut savoir les finir.

Les vacances comme terrain d’apprentissage 

En 1903, les enfants couraient dans tous les coins et passaient la plupart de leurs journées loin de leurs parents. Marcel n’y fait pas exception. Grâce à la loyauté sans failles de son ami Lili des Ballons, il apprend la liberté d’aller et venir, mais aussi l’amitié, la vraie, celle que l’on n’oublie jamais, malgré les années qui passent.

« Hé l’ami ! » Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement. « Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège c’est sacré. — Je n’allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l’oiseau ». 

Il s’approcha : c’était un petit paysan. Il était brun, avec un visage provençal, des yeux noirs et de longs cils de fille ». 

Le Château de ma mère est une ode à l’amour maternel. Il peint le portrait de celle qui lui a donné la vie, Augustine. Le cadre est le même, celui d’une Provence éternelle, d’un petit village perché dans les collines qui demeure bien difficile d’accès. Un an après avoir publié La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses souvenirs d’enfance avec ce livre, deuxième volet de ce qu’il considérait comme un dytique, s’achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé.

Pourtant, nous aurons la suite des aventures du jeune Marcel dans les deux tomes qui suivront, Le Temps des Secrets et Le Temps des Amours. Là, après avoir raconté son entrée au lycée, son bachot et ses premiers essais de poète puis d’écrivain, il ferait une fois encore le portrait de ses parents, ses premiers héros, ceux qui l’auront marqué toute une vie.

Finalement, lire Marcel Pagnol en été, c’est un peu comme retomber en enfance, lorsque les seules préoccupations de la journée oscillent entre les jeux et les rires. Tous les enfants du monde connaissent la même joie à l’idée d’avoir deux mois de grandes vacances, de liberté et de jeux. C’est pourquoi, lire Marcel Pagnol pendant l’été rend heureux. Et léger. Léger comme une plume de Bartavelle.

Chloé LOURENÇO