State of the Union : dernière manche de M. Juncker

Hier, mercredi 12 septembre 2018, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a fait son dernier discours sur l’État de l’Union en un peu plus de 50 minutes. En quoi cela consiste-t-il ? Quelles ont été les annonces phares ?

 

Un évènement calqué sur le modèle américain

Le « State of the Union » ou « Discours sur l’état de l’Union » a été instauré en Europe avec le traité de Lisbonne, signé en 2007. Le président de la Commission ouvre la première session plénière annuelle du Parlement européen début septembre à Strasbourg. Il fait le bilan de l’année écoulé puis énumère et explique les objectifs et futures propositions de la Commission européenne pour l’année à venir devant les bureaucrates européens et les citoyens à travers leurs eurodéputés.

Cet événement important au sein des institutions de l’Union européenne a été inspiré par le discours sur l’état de l’Union américain. Le président des États-Unis d’Amérique réunit le Congrès, le Sénat et la Chambre des Représentants et présente son programme et ses ambitions pour l’année qui arrive. L’Europe souvent décrite comme les « États-Unis d’Europe », notamment par M. Winston Churchill, a donc calqué le système américain et diffuse chaque année le discours du Président de la Commission.

L’Union européenne, et plus largement l’Europe, fait face à de nombreux défis : hausse du populisme, migration, croissance économique stagnante ou encore le froid avec la présidence de Donald Trump… Le discours de M. Juncker était plus qu’attendu, juste avant les prochaines élections européennes du Parlement de mai 2019.

Dernier discours de Jean-Claude Juncker : Afrique, élections et économie

Ayant annoncé qu’il ne briguerait pas un second mandat à la tête de la Commission, le président Juncker a fait son dernier discours le mercredi 12 septembre 2018 avant le passage de flambeau prévu en 2019.

soteu juncker

M. Juncker a rappelé de nombreux points notamment la nécessité de rassembler et de ne pas diviser, petite message envoyé particulièrement aux partis d’extrême-droite et anti-européens. Son message de souveraineté et de puissance européenne à 27 a été récurrent durant son intervention. Il a abordé le Brexit et les longues négociations qui s’annoncent, campant sur les positions européennes de ne pas céder au menu à la carte que désireraient les Britanniques.

M. Juncker a, dès le début de son intervention, mis en avant son positionnement clair contre le nationalisme, qui détruit tout ce qui a été accompli pour réconcilier « la géographie et l’histoire européenne ». Tout au long de son discours, le président a répété l’importance d’une Union multilatérale et ouverte au monde. Il a insisté sur la préparation pour 2019 d’une Europe de la défense, précisant qu’une militarisation de l’UE n’était pas au programme

Au niveau humanitaire et sécuritaire, Juncker a insisté sur le fait que l’Europe devait prendre les devants face au désastre humanitaire de ses voisins. Les répercussions directes sur l’Europe imposent à l’Union de ne plus être seulement spectatrice mais de devenir solidaire et actrice à une seule voix. Juncker propose d’augmenter le nombre de garde-frontières aux abords de l’UE afin de mieux contrôler les frontières extérieures et les menaces qui pourraient peser.

Concernant la situation économique, le président Juncker a également présenté le programme économique et budgétaire, plutôt ambitieux. L’accord record UE-Japon sera à ratifier avant mai 2019 et les élections du Parlement. Une importante proposition est de valoriser le rôle de l’Euro au niveau mondial avec des initiatives présentées d’ici la fin de l’année pour contrecarrer le dollar. Le budget post-2020 devra être étudié afin d’améliorer notamment les programmes Erasmus et de recherche. A noter, plusieurs petits clins d’œil à Donald Trump, qui fait partie des « autres trop enclin à choisir les guerres commerciales ».

C’est d’ailleurs dans ce contexte que la Commission signe sa plus grosse proposition : un partenariat avec l’Afrique. Comme l’a souligné le président « les alliances d’aujourd’hui ne sont peut-être pas les alliances de demain ». Des accords UE-Afrique existent déjà à travers des fonds d’investissement. La Commission propose d’aller plus loin avec 24 milliards d’euros dans divers domaines avec un traité de libre-échange. « L’Afrique n’a pas besoin de la charité, elle a besoin de partenariats vrais et justes », a-t-il ajouté. Les liens historiques et politiques sont très forts entre les deux continents mais le bilan reste loin d’être équitable pour les Africains. En proposant cette affaire, la Commission tente-t-elle de résoudre aussi le problème migratoire et sécuritaire ?

Pour conclure, Jean-Claude Juncker n’a pas présenté l’année à venir mais les huit prochains mois, ces huit petits mois avant les élections européennes tant redoutées. Juncker veut montrer une Europe forte, à l’unisson et convaincante. Un challenge presque impossible ?

Pour son dernier discours sur l’État de l’Union, M. Juncker a fini sous une ovation des personnalités présentes dans l’hémicycle. Pour voir ou revoir le discours sur l’état de l’Union, cliquez ici .

Wassila ZOUAG

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