Fémin’histoire #25 : Qiu Jin

Peu connue en France Qiu Jin (1875-1907) est néanmoins une héroïne nationale en Chine. Courageuse et passionnée, révolutionnaire et poète, elle fut de ceux qui se soulevèrent contre le joug étranger et l’oppression de l’empire mandchou et dont l’action devait conduire à la révolution de 1911. Figure romantique, femme de plume et d’action, elle leva une armée, fut battue et, après un jugement sommaire, décapitée à 32 ans par le pouvoir impérial. Portrait d’une femme des temps moderne…

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Libérer les femmes de leur statut

Qiu Jin naît le 8 novembre 1875 dans une famille traditionnelle chinoise, à Shaoxing dans la province du Zhejiang. Son enfance n’est ni heureuse ni malheureuse; elle grandit entre ses parents, petits fonctionnaires dans une province proche de Shanghai, la ville la plus importante de la Chine du Sud. En 1896, elle se marie avec Wang Tingjun dont elle aura deux enfants.

Au début de l’année 1900, elle suit son mari muté pour le travail à Pékin. Le ménage bat déjà de l’aile, et Qiu Jin commence à penser que les femmes ne sont pas seulement des petites choses fragiles incapables de décider par elles-mêmes. Son esprit révolutionnaire germe certainement à partir de ce moment-là.

Au contact de la société pékinoise, elle s’approprie de nouvelles idées et devient membres de deux sociétés secrètes, la Triads et la Tongmenhui, qui prônaient la chute de la dynastie Qing et le retour de la famille Han à la tête du pouvoir.

L’émancipation par les armes 

En 1903, Qiu Jin cherche à exister par ses propres actions. Son mode de vie, coincée entre son mari et son foyer ne lui convient plus. Elle prend la décision courageuse pour l’époque, de laisser ses deux enfants derrière elle et de s’embarquer pour le Japon. Au pays du Soleil levant, elle apprend non seulement à maîtriser la langue, mais elle se passionne également pour la pratique des arts martiaux. On raconte qu’elle dépassait même parfois ses maîtres.

Dès 1904, porter un pantalon, une chemise et un sabre à la ceinture ne la dérange pas le moins du monde. Elle revendique le droit d’aller et venir de la sorte sans être jugée par personne. Evidemment, sa tenue fait grand bruit, mais cela n’ébranle pas la jeune femme, décidée à aller au bout de ses combats.

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En 1905, Qiu Jin rejoint les rangs des révolutionnaires contre le système Mandchou dirigés par Sun Yat-Sen. Elle ne reviendra en Chine qu’en 1906 pour y fonder plusieurs journaux féministes, qui seront tous interdits et censurés par le régime. Qu’à cela ne tienne ! Qiu Jin se trouve d’autres façons de combattre. Ayant elle-même souffert d’une union peu heureuse, elle milite pour l’arrêt des mariages arrangés entre familles. Elle fait du bandage des pieds des fillettes un cheval de bataille, ce qui n’arrange pas sa réputation déjà sulfureuse. Mais elle s’en fiche : elle veut prouver au monde qu’un femme peut être libre. « Don’t tell me women are not the stuff of heroes » écrit-elle dans l’un de ses poèmes.

Jin, la guerrière exécutée

Devenue enseignante pour une école de filles, elle tente en sous-main de réunir toutes les sociétés secrètes existantes dans la région de Shaoxing pour fomenter un attentat visant à renverser pour de bon la dynastie Qing. En vain. Arrêtée par les autorités, elle est condamnée à mort et exécutée en 1097, à l’âge de 31 ans.

Son action révolutionnaire est louée en Chine. Si elle tombait en disgrâce de son vivant, elle est devenue une icône de nos jours. Une statue implantée dans le célèbre Lac de L’Ouest de Hangzhou lui rend hommage. De son oeuvre littéraire, en revanche, il ne reste que quelques bribes de poèmes, ça et là, encensées par de très nombreux Chinois.  Seuls six des vingt chapitres de son projet Pierre de l’oiseau (Jingwei shi) furent retrouvés. Cette œuvre est une sorte de chanson en chinois populaire ou familier aussi connu sous le nom de tanci (conte accompagné d’un instrument de musique à cordes). Ce genre musical était surtout utilisé par et pour les femmes.

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Qiu Jin, martyre révolutionnaire, est devenue une icône en Chine.  Courageuse et engagée dans un combat qui consistait à montrer à l’empire de Chine que la place destinée aux femmes à cette époque était ignoble, révoltante ou injuste, elle a finit par conquérir ses lettres de noblesse. Mais à quel prix !

Chloé LOURENCO

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