Tourisme et territoire : le cas de l’Italie Méridionale

« Définir le tourisme par le touriste ne saurait aujourd’hui pas suffire : les territoires et leurs aménagements, de même que les flux et les impacts économiques font indiscutablement partie de la définition et de l’analyse » – George Cazes

Cette citation, d’un des fondateurs de la géographie du tourisme, définit en quelques lignes un concept qui est en réalité très vaste. Le tourisme, un phénomène qui va bien au-delà du simple déplacement de personnes ou de leurs pratiques de loisir. En effet, cette définition fait ressortir un autre facteur fondamental : le territoire, sans lequel aucune activité touristique ne pourrait se développer et sur lequel se reversent des impacts économiques et sociaux plus ou moins profonds. Tourisme et territoire sont deux facteurs complémentaires qui coexistent dans le même système et qui dépendent l’un de l’autre. L’activité touristique vise à tirer parti des potentialités environnementales, patrimoniales et culturelles d’un espace donné, tout en favorisant son développement et aménagement. 

Le tourisme ne cesse d’évoluer depuis le XVIII siècle et chaque année les organisations internationales publient des études statistiques qui témoignent  l’importance de ce secteur dans l’économie mondiale.
Selon le World Travel and Tourism Council (WTTC) « aujourd’hui le tourisme contribue à la croissance du PIB mondial avec un pourcentage de 10 % et il concerne plus d’un milliard de personnes qui, chaque année traversent les frontières internationales ».

En ce qui concerne l’Italie, ce secteur occupe une place très importante dans l’économie du pays. En 2016 il représente 11,1 % du PIB national : 186 milliards di euros de recettes touristiques, et 12,6 % de l’emploi total.
L’Italie se positionne parmi les 5 premières destinations au monde pour arrivées touristiques, lesquelles ont enregistré en 2016 une augmentation de 3,7 % par rapport à l’année précédente.
Ces chiffres démontrent donc que le tourisme contribue fortement au développement économique du pays, mais il ne s’étend pas de manière égalitaire et équilibrée dans toute la péninsule. En conséquence toutes les régions italiennes n’en bénéficient pas de la même façon. 

Grace aux études statistiques de l’Observatoire du Tourisme Italien, faites en 2015, il est possible de constater que la répartition des arrivées touristiques est très hétérogène et elle varie énormément de région à région. Celles qui accueillent un nombre majeur de touristes se trouvent au nord du pays,  plus précisément au nord-est. 


Parallèlement le taux d’évolution du nombre de visiteurs entre 2014 et 2015 a été plus élevé dans les régions du sud par rapport au nord et centre. Par exemple la Campanie a eu une évolution du nombre de visiteurs égal à 18,9 %, la Basilicate 17,4 % et les Pouilles 10 %, alors que la Vénétie a eu une variation égale à 5,8 %, la Toscane 3,5 % et le Trentin-Haut-Adige 3,7 %.  Cela veut dire qu’il y a de plus en plus de touristes qui décident de visiter les régions du Sud pour un voyage en Italie. 

Effectivement nous sommes face à un territoire très riche par son histoire avec des ressources naturelles et culturelles de grande valeur et d’égale beauté à celles des régions septentrionales. Dans le sud nous comptons, au total, 20 patrimoines mondiaux de l’humanité, plus d’un tiers des sites italiens reconnus par l’UNESCO. 

Par ailleurs malgré les progrès des dernières années l’Italie du Sud est considérée aujourd’hui sous développée par rapport au reste du pays. Elle  subit encore les conséquences de la crise économique et sociale commencée après l’unification de l’Italie en 1861, d’où son sous-développement a commencé. Son histoire est marquée par plusieurs “batailles”, faites par un peuple qui est à la recherche constante d’une identité et une reconnaissance par le reste du pays.  

Ce territoire où le taux de chômage représente le double de la moyenne européenne, où les jeunes n’arrivent pas à trouver leur place dans la société et ils sont obligés d’émigrer au nord du pays où à l’étranger, où il y a un manque d’infrastructures et d’aménagements, possède en réalité des ressources exceptionnelles qui pourraient inciter la création d’une vraie destination touristique et favoriser une reprise économique.
Aujourd’hui le problème principal de ce territoire est qu’il n’existe pas un plan de développement touristique global pour tout le Sud de l’Italie,  il est promu de façon fragmentée dans chaque région, au niveau des micros territoires. Il s’agit d’une réalité qui montre l’échec des politiques de gouvernance de ce secteur. De plus développer le tourisme dans le Sud de l’Italie constituerait aussi une possible solution à la saturation des villes du Nord. La ville de Venise en est un exemple très parlant. Dans les dernières années, surtout en été, dans ses rues se renverse un tel flux de personnes que la mobilité devient presque impossible. En raison de cela, en juillet 2017, environ 40 associations d’habitants ont manifesté dans les places contre le tourisme de masse.
Par conséquent, il est possible d’affirmer dans le contexte actuel que, le développement du tourisme au Sud de l’Italie, dévient une mesure de plus en plus urgente, à prendre dans l’intérêt de tout le pays.

Maria Luisa  Serpico