Au revoir, Jean Piat

Il était né le 23 septembre 1924 à Lannoy, dans le Nord. Il se sera éteint quelques jours avant de souffler sa 94ème bougie, le 19 septembre 2018, à Paris. Jean Piat, comédien notamment connu pour son rôle de Cyrano de Bergerac ou de Robert d’Artois dans les Rois maudits, s’est éteint à l’âge de 93 ans. Retour sur la carrière phénoménale d’une voix française comme il en existe peu.

Né pour le théâtre

Huit mois après sa compagne, Françoise Dorin, disparue en janvier, le comédien Jean Piat est mort. Il incarnait un type de jeu à l’ancienne, et à la française, où l’acteur se coule avant tout dans les mots, dans un phrasé classique voire précieux. Né au sein d’une famille modeste et catholique du Nord, rien ne le prédestinait à devenir comédien, sauf sa passion pour le théâtre qui l’attire malgré son jeune âge.Il se travestissait avec ses camarades de classe, parmi lesquels l’historien Alain Decaux, pour s’exercer au métier d’acteur.  Il entre dans l’histoire par un acte rebelle qui aurait tout aussi bien pu réduire sa carrière en miettes. En 1946, il se fait expulser du Conservatoire pour avoir oser partir sans prévenir jouer un petit rôle dans le long-métrage de Christian Chamborant, Rouletabille.

Cinquante rappels pour Cyrano

En 1947, la carrière de Jean Piat décolle. Il entre à la Comédie Française, le Grââl pour un comédien, bien qu’il ne joue au départ que des rôles de valets de pieds : on citera Figaro du Barbier de Séville, Don César de Bazan de Ruy Blas, Bois d’Enghien du Fil à la patte… Son nom s’écrira définitivement en lettres d’or à partir du moment où il incarne Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand, en 1964.  Il jouera plus de quatre cents fois le personnage flamboyant et la légende raconte que la première du spectacle fut saluée, le rideau tombé, par plus de cinquante rappels. Une première dans le monde du spectacle. Désormais incontournable, c’est grâce au nez le plus célèbre de l’histoire théâtrale qu’il deviendra un premier rôle sur les planches.

Il quitte néanmoins son cher théâtre pour rejoindre la télévision. Il sera Robert d’Artois, l’écarlate baron des Les Rois maudits, saga réalisée par Claude Barma. Auparavant, il aura été le chevalier Henri de Lagardère, de Jean-Pierre Decourt.

Une voix inoubliable

Piat tourne peu et peu de rôles principaux pour le cinéma à l’exception de La Rivale de Sergio Gobbi. Il regrettait de ne pas avoir obtenu un «grand rôle au cinéma». En revanche, cet homme qui avait gardé son âme d’enfant s’illustre dans des doublages. Il prête sa voix au «méchant» Scar du Roi Lion, à Frollo du Bossu de Notre-Dame et au magicien Gandalf du Seigneur des anneaux. C’est d’ailleurs par ce biais-là que de nombreux jeunes le connaissent. Sa voix, reconnaissable entre toutes, éclaire d’ailleurs les nuits de la Cinéscenie du Puy du Fou dans laquelle il raconte l’histoire de Jacques Maupillier. Son timbre chaud et puissant résonne entre les murs du vieux château et donne corps au texte qu’il narre. C’était un génie du doublage; un homme qui savait raconter une histoire et faire vibrer, aux tréfonds de l’âme, celui qui l’écoutait.

L’homme, malicieux et bourré d’humour, aimait à rire sur la longévité de sa carrière. Il y a peu, il sortait un livre au titre évocateur : Et… vous jouez encore ? Il en était le premier surpris, mais avouait régulièrement qu’il ne pouvait se passer du théâtre.

Jean Piat est parti, sur la pointe des pieds, rejoindre d’autres grands acteurs français qu’on ne peut oublier, Philippe Noiret, Michel Serrault, Danielle Darrieux, Michèle Morgan…

Chloé LOURENCO