Roumanie : révision constitutionnelle ou restriction des droits ?

Le 12 septembre dernier, le Sénat roumain adoptait l’initiative citoyenne de révision de la Constitution afin de redéfinir la famille. Effectivement, à présent, la loi stipule qu’elle doit reposer sur l’union d’un homme et d’une femme. Le projet de loi doit être validé par référendum mais certains voient déjà une régression des droits féminins. Explications. 

Bloquer le mariage homosexuel 

Mercredi 12 septembre, le Sénat roumain adoptait à une très large majorité, le projet de loi sur la révision constitutionnelle afin de redéfinir la famille. Désormais, cette dernière devra reposer exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme, et non plus sur l’union des époux. La différence est mince, mais elle est pourtant bien réelle. Et le but est simple : empêcher le mariage entre personnes de mêmes sexes.

Mais d’où vient cette idée ? En 2017, une initiative citoyenne a été lancée par une coalition d’associations et d’organisations chrétiennes, soutenues par l’Eglise orthodoxe majoritaire en  Roumanie. En redéfinissant la famille roumaine, la coalition souhaite par la même occasion bloquer l’accès des couples homosexuels au mariage. Effectivement, si ces derniers se marient, ils ne seront jamais considérés comme une famille. Ils ne se marieront donc pas. CQFD.

Cette initiative a recueilli la bagatelle de 3 millions de signatures, ce qui n’est pas rien tout de même. Après avoir suivi le trajet législatif habituel, le texte doit être validé par référendum en octobre prochain. Parmi les différents partis politiques présents en Roumanie, on a vu émerger une montagne de paradoxes. Tous, peu importe leur couleur ont finalement voté pour. Le seul a avoir voté contre, est l’Union Sauvez la Roumanie, arguant que cette révision constitutionnelle n’apportait rien au pays, n’améliorait nullement la vie des habitants et risquait même plutôt de créer des divisions.

Une réforme contre la Convention européenne des droits de l’Homme ?

A Bucarest, des petites manifestations assurant la protection des minorités sexuelles ont éclos, sans faire beaucoup de bruit. Des associations, telles que ACCEPT qui milite pour une meilleure intégration des minorités sexuelles en Roumanie ont d’ailleurs fait entendre que ce vote représente une violation du droit à la vie privée et familiale, droit inaliénable de toutes les personnes, quel que soit leur genre et leur orientation sexuelle, conformément à la Convention européenne des droits de l’Homme.

Récemment, la projection de 120 Battements par minute a provoqué une vague d’homophobie comme le pays n’en avait plus connues depuis longtemps. Pendant le film, des fondamentalistes orthodoxes ont manifesté de façon très agressive leur homophobie.

Le débat qui précèdera le référendum montrera si oui ou non, la Roumanie est capable de changement et d’évolution de sa société, sans pour autant faire une croix sur ses traditions. Affaire à suivre …

Chloé LOURENÇO