La surprenante reprise économique et sociale portugaise

La crise de 2008 a touché plusieurs pays de l’Union européenne. La crise grecque est sans doute celle qui a le plus fait parler mais la péninsule ibérique a aussi vécu des moments difficiles entre crise bancaire, déficit et grèves.

Aujourd’hui seul le Portugal réalise une reprise plus qu’encourageante et qui semble se classifier comme modèle à suivre, mais est-ce que tout est vraiment si parfait?

 

Une politique anti-austérité à la base de la reprise

Le gouvernement de coalition de gauche « Gerinconça », arrivé au pouvoir en novembre 2015, avait promis de ne pas suivre les mesures d’austérité de son prédécesseur, le gouvernement de centre droite avec à sa tête Pedro Passos Coelho, car la situation sociale était à bout avec le mécontentement général de la population qui a vu non seulement ses revenus baisser, mais tout un tas de réformes sur le travail qui ont poussé à une vague d’émigration impressionnante.

Antonio Costa, premier ministre, a donc choisi d’opter pour une politique anti-austérité et donner au peuple ce qui a été réclamé pendant des mois, allant ainsi contre le plan de la Troïka (en faveur de l’austérité). Cette décision s’avère la meilleure pour le petit pays ibérique qui, à deux ans de la mise en place du nouveau gouvernement, remplit tous les critères de l’UE sur le plan économique (mis à part celui de la dette encore élevée).

Entre avril et juin 2018, le PIB du pays a augmenté de 0,5%, l’activité économique a augmenté de 2,3% sur l’année. Énorme évolution également au niveau du taux de chômage qui passe de 17,9% en janvier 2013 à 6,4% en juin 2018 : meilleurs résultats de tous les pays de la zone euro post-crise. Le salaire minimum a aussi eu une légère augmentation passant de 557€ à 570€ et la semaine de 40h à 35h.

Ces résultats, bien que positifs, laissent cependant des doutes sur la stabilité car la dette du pays reste tout aussi importante.

L’ombre de la dette pèse sur une situation idyllique

La dette portugaise est née de la crise économique de 2008 et de l’emprunt de 78 millions d’euros à la BCE entre 2011 et 2014. La dette publique, égale à 127% du PIB, reste encore aujourd’hui l’indicateur négatif de la reprise du pays. De plus, l’instabilité du système bancaire national n’aide pas la situation délicate. Par exemple, la plus grande banque du pays la « Caixa Geral de Dépositos » se trouve encore aujourd’hui dans une situation critique. Le gouvernement a dû, en 2017, lui venir en aide avec une recapitalisation de près de 4 millions d’euros ; en échange la banque a dû réduire ses effectifs en procédant ainsi à des licenciements et des fermetures d’agences dans tous les pays, faisant grandir le mécontentement du peuple.

La présence d’actifs toxiques dans les bilans des banques portugaises et une situation économique internationale encore instable ne permettent pas de définir la situation portugaise comme définitive et la reprise complètement réussie. De plus, le mécontentement au niveau des conditions de travail est un argument de plus en plus mis en avant par l’opinion publique du pays.

Des conditions de travail encore critiquées

Comme nous avons pu le voir, la reprise économique est synonyme de baisse du taux de chômage. Cela est aussi dû à une incroyable augmentation du tourisme au Portugal qui crée tous les ans des opportunités de travail.

Cependant on remarque que les personnes, (et surtout les jeunes) qui ont dû émigrer du pays durant ces difficiles dernières années ont du mal à revenir dans leur pays natal qui tous les jours appelle à leur retour. Cette situation est due à plusieurs facteurs : la précarité des emplois liés au tourisme, souvent saisonnier et surtout mal rémunérés n’attirent pas les jeunes diplômes qui ont fui le pays. De plus les réformes d’austérité mises en place par l’ancien gouvernement sur les conditions de travail n’ont jamais réellement été remises en question par le gouvernement Costa (mis à part l’augmentation du SMIC), chose qui n’est pas attrayant pour les émigrés qui ont de meilleures conditions à l’extérieur de leur pays.

Le Portugal est devenu un pays attractif pour les investisseurs qui ouvrent des usines dans le pays, surtout pour la main d’œuvre de qualité et pas chère. La venue de ces investisseurs étant primordiale pour l’économie du pays, reformer les conditions de travail serait une décision contre-productive de la part du gouvernement.

La reprise remarquable du Portugal, malgré le fait qu’elle aille à contre courant des indications de la Troïka, reste un modèle à prendre en compte par les pays de l’Union qui sont encore aujourd’hui en difficulté. Cependant la crise sociale semble difficile à surmonter et les Portugais continuent à quitter leur pays pour de meilleurs conditions de travail.

 

Natacha Da Rocha