Conseil européen : un no-deal « plus probable que jamais » ?

Les chefs d’État et de gouvernement des 28 pays de l’UE se réunissent aujourd’hui pour un Conseil européen déterminant pour les négociations pour le Brexit. A moins de 6 mois de la sortie britannique, l’incertitude règne plus que tout et Donald Tusk, président du Conseil européen, a indiqué que une sortie sans accord est « plus probable que jamais ».

Les dirigeants européens des 27 se sont déjà réunis hier soir, 17 octobre, pour parler davantage du Brexit, en format « article 50 » (en référence à l’article de sortie de l’UE pour un État membre) et donc sans Theresa May. Car oui, le Brexit reste le sujet brûlant de ce Conseil européen. Le « no-deal » semble être le chemin qui s’annonce.

Blocage du gouvernement britannique

Les négociations ont bien avancé ces derniers jours. Les propositions de l’équipe de Michel Barnier, négociateur en chef, ont été envoyées, prêtes à être signées en début de semaine, au secrétaire d’État britannique pour la sortie de l’UE, Dominic Raab. L’UE et les Britanniques sont passés à un cheveu du terrain d’entente. A la dernière minute, l’accord a été suspendu car certains ministres du gouvernement du Royaume-Uni menaçaient de démissionner et donc de rendre impossible la signature. De plus, Theresa May, tout en saluant l’avancée des travaux, est restée implacable sur la frontière irlandaise, à l’image de l’UE. Ce point bloque principalement les négociations.

Préparation européenne à un non-accord

M. Barnier a reçu le soutien total des 27, tout d’abord à Salzbourg mais également hier soir. Dans ce contexte, un sommet européen spécial Brexit pourrait être programmé d’ici fin novembre, afin de clarifier une bonne fois pour toutes la suite des événements. Le Brexit reste le seul domaine où les dirigeants des 27 restent sur la même longueur d’onde. Nul doute qu’ils seront à nouveau à l’unisson quelle que soit l’issue. Les Européens se prépare progressivement à l’éventualité d’un no-deal. Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires européennes, a déclaré « mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord ». La France prépare un projet de loi Brexit afin de se préparer en cas de non-accord. Personne ne veut de cette situation. Cependant, c’est celle qui semble se dessiner chaque jour un peu plus. L’UE continuerait sa route, le Royaume-Uni serait lésé et se retrouverait bien lésé.

Migration, sécurité et zone euro

D’autre part, les autres thèmes abordés seront à nouveau la sécurité et les migrations. Depuis le sommet de Salzbourg en septembre, les États membres paraissaient avoir trouvé un semblant d’entente. Les chiffres des migrations diminuent (voir ci-dessous). Un rapport sur la situation sera présenté et des conclusions seront à adopter. L’Autriche ayant la présidence du Conseil, c’est Sebastian Kurz, son chancelier fédéral, qui présentera les rapports. Les divergences seront-elles amoindries ?

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Une configuration ouverte aura aussi lieu entre les 27 (le Royaume-Uni n’est pas convié au vue de sa sortie imminente). Bien que seulement 19 États membres aient l’euro comme monnaie, une réunion générale a été convenue. L’Union économique et monétaire (UEM) et le budget italien, qui fait trembler Bruxelles, seront les points de discussions principaux.

Une façade, ces Conseils ?

Ce Conseil sonnera-t-il la clarification du Brexit ? La situation sera-t-elle aussi tendue qu’à Salzbourg ? Les divergences seront-elles mises de côté ? Pas sûr. Le Conseil reste ce moment de retrouvailles entre dirigeants, parfois alliés, souvent adversaires, généralement en désaccord. Ces réunions servent à se voir et à dialoguer, mais qu’en ressort-il sur le fond ? Pas grand chose…

Sous l’illusion de la photo de famille parfaite, l’Europe devra montrer son unité et pas simplement une union fantôme.

Wassila ZOUAG