Un peuple et son roi, l’histoire peu racontée

La Révolution est sans doute un passage de l’histoire de France qui a été traité au cinéma des dizaines de fois. Pas simple alors de donner vie à cette période de notre histoire sous un autre angle. C’est pourtant le défi relevé par Pierre Schoeller. Voix d’Europe était dans les salles obscures pour vous. 

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1789 : la fin d’un monde

Un peuple et son roi retrace une période sombre de l’Histoire de France : la chute de l’Ancien régime et le début d’un monde nouveau, empreint d’espoir d’égalité et de liberté. Le film s’ouvre sur la journée du 9 avril 1789, Jeudi Saint, jour où Louis XVI lava pour la dernière fois les pieds des enfants pauvres. Dès les premières secondes, le spectateur est projeté dans l’univers peu reluisant du peuple, ce qui est déjà différent. Il va vivre la Révolution du point de vue des gens chiches, loin des lumières de Versailles.

La scène suivante fait déjà basculer le film dans le début de la Révolution : la Bastille est détruite, petit à petit, pierre après pierre. Son gouverneur est mort, ses derniers prisonniers ont été libérés, le soleil reprend ses droits sur le Faubourg Saint-Antoine. La forteresse, symbole de l’absolutisme, tombe. Elle entraînera l’Ancien régime dans le précipice. Déjà, l’ambiance est différente.

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1793 : le début d’un nouveau 

Chez l’Oncle (Olivier Gourmet), maître verrier, on ne croit pas vraiment encore au changement. On constate, on attend, mais on croit encore en Louis XVI (Laurent Lafitte). Une ellipse amène à 1791, baptisée « année des trahisons » : le Roi, troublé, bouleversé, hanté par ses propres démons, fuit à Varennes. Rattrapé, arrêté, ramené à Paris sous les quolibets, beaucoup de Français perdront foi en lui à cette période. C’est aussi le temps des premières trahisons pour le peuple. Lui qui avait tant cru à ce vent de liberté et d’égalité soufflé par les nouveaux députés (Robespierre, Marat, Danton, Barnave) se rend compte que la Révolution porte un flot de paroles pas souvent suivi d’actes.

Le scénario place alors la quasi-totalité de l’action dans les murs de la toute jeune Assemblée nationale. C’est ici que se décidera presque tout, mais surtout la mort du Roi. Le discours de certains députés -Robespierre et Desmoulins surtout- prennent un accent différent, à la lecture de leur propre destin. La décapitation de Louis XVI, réaliste, glace le sang. On comprend réellement que cet homme n’a jamais compris l’ampleur des événements qui le mènent à l’échafaud. Il a subi, simplement subi, la Révolution.

Des acteurs justes 

Un peuple est son Roi illustre davantage la Révolution qu’il ne la scénarise. Le début du film ressemble à une suite de tableaux devant expliquer, montrer, représenter les prémices d’un monde nouveau, et le ras-le-bol d’un peuple pauvre.

Dans ces tableaux, il faut saluer l’excellence des acteurs, qui incarnent véritablement le rôle plus qu’ils ne le jouent. Denis Lavant fait un Marat plus vrai que nature, tant physiquement que dans ses gestes et sa verve. Toute la ruse et la rouerie du personnage est traduite, si bien qu’on le croirait presque ressuscité de son bain fatal.

Louis Garrel, qui a hérité du difficile rôle de Robespierre, n’est pas en reste. L’air glacial et imperturbable de l’homme se dégage vraiment de lui.

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Une leçon d’Histoire et de féminisme

La Révolution française, tellement riche en événements, est apprise assez superficiellement chez les étudiants français. On apprend les grandes lignes qui ont fait de la France le pays des droits de l’Homme. Mais Un peuple et son roi, en zoomant sur certaines périodes plus précises, nous en apprend davantage et montre toute l’implication des femmes dans la révolte. On comprend que la Révolution a eu lieu à Paris et par les Parisiens à cause de la crise du blé. Les autres régions ne sont au courant des événements que plusieurs jours après. Les femmes se sont battues, peut-être plus que les hommes et ont perdu beaucoup, notamment leurs nouveaux-nés. Cela nous montre que la chute de la monarchie a eu lieu principalement à cause des problèmes à Paris. Louis XVI, faible et las, n’a fait que subir les événements, n’ayant certainement pas été mis au courant par ses proches de la situation désastreuse. Le film démontre ainsi que si les Parisiens, et surtout les Parisiennes, ne s’étaient pas rebellés aussi rapidement, la France serait peut-être encore une monarchie…

L’avis de VDE 

Les films révolutionnaires tournent souvent toujours autour de la même période, pré et post prise de la Bastille. Un peuple et son Roi arrive cependant à rentrer dans le détail sur une période jamais vraiment approfondie de l’après-Prise qui fait le point sur les négociations qui ont eu lieu après les revendications de la Bastille et c’est ce qui rend intéressant le film.

Un peuple et son roi aborde de force certains arguments qui sont souvent oubliés au fil du temps, mettant en avant l’importance du rôle des femmes durant la Révolution. Rapprochant ainsi récits d’histoire et temps actuels, le film arrive même à humaniser le personnage du roi Louis XVI en fin de film en montrant, sans aucune censure, le moment de la guillotine entre la foule en fête et la famille endeuillée.

Cependant, l’histoire n’est pas forcément au centre du récit. L’histoire d’amour entre deux personnages et la façon trop théâtrale de raconter le film affaiblissent ce qui pourrait être vraiment quelque chose de différent et du jamais encore vu en salle.

Si vous aimez le genre historico-dramatique, n’hésitez pas à donner une chance à ce film qui de façon différente essaye de raconter une période importante de l’histoire de France.

 

Natacha DA ROCHA, Chloé LOURENÇO & Wassila ZOUAG