1er novembre 1954 : le début d’une guerre

Si l’Europe et les pays chrétiens fêtent tous les saints en ce 1er novembre, l’Algérie célèbre sa fête nationale. Cette date commémore les événements tragiques qui marquent le début d’une triste période dans l’Histoire de la France et l’Algérie…

La Toussaint rouge

Le 1er novembre 1954, plusieurs attentats simultanés ont lieu à travers l’Algérie, alors colonie française. Le Front de Libération Nationale (FLN, mouvement indépendantiste algérien) commet plus de 30 attaques : bombes, sabotages, explosions… Les régions berbères de Kabylie et de l’Aurès – les plus rebellées contre la colonisation – sont les plus touchées. 4 militaires français, 4 « pieds-noirs » (français nés en Algérie française mais non-musulmans) et 2 Algériens sont tués. Une femme est blessée.

C’est ce qu’on a appelé la Toussaint rouge, et plus tard, le début « des événements d’Algérie » pour ne pas qualifier sans tabou, la guerre qui se préparait.

Un contexte alarmiste

Ces attentats sont le fruit d’un contexte particulièrement tendu de 1945 à 1954 entre la métropole et son département outre-Méditerranée. La France avait fait des promesses pendant la Seconde Guerre Mondiale, notamment concernant plus d’autonomie à l’Algérie. Ces promesses n’ont pas été tenues. La majorité des Algériens ne semblaient pas vouloir être indépendants et couper les liens. En revanche, ils avaient des revendications. Par exemple, être sur un pied d’égalité premièrement avec les Français d’Algérie et ensuite avec les Français tout court. Car, en effet, les Algériens, dits indigènes musulmans, n’étaient pas considérés comme citoyens français. Contrairement, aux Français d’Algérie, les Pieds-Noirs ou les Européens vivant dans le « département ».

Cette différenciation (peut-on parler abusivement d’apartheid ?) a été la principale revendication. Aucune n’a été ni traitée ni entendue. Le gouvernement français a ignoré l’Algérie. La France a décolonisé (officiellement) tous ses territoires, à l’exception de l’Algérie. Ce traitement de « défaveur » a engendré une radicalisation des idées et des opinions et surtout, un désaveu pour la puissance coloniale.

Les Algériens veulent accélérer les choses par la force et la violence. Et cela se fait très rapidement. Le FLN est créé en octobre 1954, soit quelques jours seulement avant le déclenchements des violences et de la guerre. Plusieurs mouvements ont fusionnée pour passer aux armes, seule solution selon eux pour se faire entendre. Désormais, c’est l’indépendance ou rien. Le 1er novembre est choisi comme date symbolique, car chez les chrétiens, c’est la fête de tous les saints.

Des conséquences sanglantes

Pour l’opinion publique, les populations ne réalisent pas vraiment ce qui se passe et surtout ce qui se passera les années suivantes. La communication était bien sûr limitée et les informations filtrées par les dirigeants. Néanmoins, les violences du 1er novembre ont été condamnées unanimement. Pro ou anti indépendance, la Toussaint rouge n’a fait que des victimes collatérales. Cela a montré la dualité, la fracture, la division au sein du territoire algérien : d’un côté, la réponse par la violence, de l’autre, besoin de changements socio-économiques rapides et pacifistes. Finalement, la première option a gagné… et ce, jusqu’en 1962.

Les conséquences directes ont été l’envoi immédiat de 50 000 à 80 000 militaire français en Algérie. Pour effrayer ? Pour des représailles ? L’Histoire ne le retiendra pas. Le 5 novembre, François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, déclare : « la seule négociation, c’est la guerre ». En effet, la guerre a débuté. Une guerre sanglante, qui durera 8 ans. Un guerre qui aura causé près de 500 000 morts, le déplacement de 3 millions d’Algériens, la fuite d’un million d’Européens. Ces chiffres sont non-exhaustifs et sont certainement bien plus élevés. On ne compte pas les violences, les tortures ni les blessures infligées des deux côtés. Car oui, une guerre, c’est au moins deux ennemis. Deux côtés aussi responsables l’un que l’autre. La Guerre d’Algérie reste très taboue en France mais elle représente le prix de la liberté pour les Algériens.

 

En ce 1er novembre, l’Algérie fête son indépendance en mélangeant souvenirs de violence et victoire tandis que la France essaie d’ignorer cette période sombre de son Histoire.

Wassila ZOUAG