Fémin’histoire #27 : Blanche Maupas

A quelques jours du centenaire de l’armistice de 1918, Voix d’Europe a décidé de vous faire découvrir une femme dont la vie n’a, pour une fois, rien d’extraordinaire. Une fois n’est pas coutume, il s’agit d’une femme dont le nom ne serait jamais passé à la postérité sans son mari. Et ce bien malgré lui. Et malgré elle aussi. Voici l’histoire de Blanche Maupas, dans l’ombre de Théophile.

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Blanche Maupas naît le 29 novembre 1883 dans la Manche. Sa vie ne connait pas de bouleversements particuliers jusqu’au déclenchement de la Grande Guerre. Elle se marie à Théophile Maupas à une date inconnue et lui donnera deux filles. Instituteurs tous les deux, les Maupas coulent des jours heureux jusqu’en août 1914, date à laquelle la France bascule dans l’horreur de la guerre. Comme de nombreuses Françaises, elle laisse partir son mari, Théophile. Elle est loin d’imaginer que sa vie va changer.

Son mari, mobilisé en Champagne, dans « l’enfer de Suippes », lui enverra de longues lettres dans lesquelles il raconte la saleté, la promiscuité, la mort et les rats. Les mois s’écoulent, tous différents mais tous semblables. Et Mars 1915 arrive.

Le ministère de la Guerre informe Blanche Maupas institutrice au Chefresne (Manche), que son mari Théophile, caporal dans les tranchées, « a été passé par les armes après dégradation militaire pour refus d’obéissance ». « Mort ignominieusement » , précise le document officiel. Blanche n’arrive pas à y croire et remue ciel et terre pour comprendre.

« Pour la mémoire de Théophile »

17 mars 1915, à Souain, sur le front champenois. Le 336ème régiment d’infanterie en a assez de se faire hacher menu par la mitraille et les obus allemands. Au moment où l’assaut est donné, les soldats refusent de partir une nouvelle fois à l’abattoir. A peine ont-ils escaladé le parapet qu’ils se font tuer par l’ennemi. Trop c’est trop.

Quatre hommes vont payer pour cette rébellion. Quatre caporaux, fusillés pour l’exemple, dont trois sont originaires de la Manche. Théophile Maupas n’aura droit à aucun honneur dûs à une mort sur le champs de bataille. Son nom n’est même pas gravé sur le monument aux  morts du village.

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Là où d’autres se seraient isolés, Blanche, au contraire, décide de comprendre et de réhabiliter son mari, qu’elle croit innocent. Soutenue par des compagnons de tranchées de Théophile, notamment des officiers et sous-officiers qui lui affirment que son époux est digne de toute leur estime et qui se disent prêts à témoigner s’il le faut, elle ira jusqu’au bout.

La réhabilitation pour combat

Dans la France troublée de 1915, les cris de Blanche Maupas ne sont pas entendus. Pour l’opinion générale, son mari a été fusillé pour l’exemple, il était coupable et ne mérite rien de plus. Pour elle, commence un combat long de 19 années pour obtenir la réhabilitation de Théophile. Aidée par la Ligue des Droits de l’Homme, rejointe dans son combat par les veuves des trois autres fusillés de Souain, Blanche demande une première révision en 1921 auprès de la Cour de Cassation. Première demande et premier rejet. Elle ne se décourage pas et dépose un deuxième recours. Deuxième rejet.

Malgré l’opprobre quasi générale, elle accumule les témoignages, reconstitue les faits, se bat pour qu’éclate la vérité sur l’affaire des quatre caporaux de Souain, fusillés pour l’exemple. Enfin, le 2 mars 1934, la Cour spéciale de justice militaire se réunit à Rennes (Ille-et-Vilaine) pour réexaminer le dossier des quatre caporaux. Le lendemain, le 3 mars, le tribunal militaire rend son verdict et la justice, en concédant que l’ordre d’attaquer donné en 1915 au 336e d’infanterie, était irréalisable. Théophile Maupas et ses trois camarades sont réhabilités.

Blanche Maupas a gagné son combat, qu’elle racontera par la suite dans un livre intitulé Le Fusillé, publié en 1934.

Elle épousera en seconde noces Jacques Lair, à Octeville, en 1929. Toutefois, ces filles, qui auront connu malgré elles le combat de leur mère, diront qu’elle n’a jamais laissé complètement derrière elle Théophile, même une fois réhabilité. Blanche Maupas meurt le 24 septembre 1962 à Avranches.

Chloé LOURENÇO