AJUQ

Percer dans le monde de la musique c’est très difficile, Voix d’Europe a eu l’occasion de s’asseoir avec Ulysse, fondateur et frontman du groupe émergeant Ajuq, qui nous raconte un peu les coulisses de la création musicale.

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Voix d’Europe : Merci Ulysse de nous avoir accueillies, tu as pu voir un peu ce que c’est Voix d’Europe ?

Ulysse : Oui! Je trouve que le concept est vraiment bien. Il y a quelque chose de vraiment progressif à l’intérieur. C’est quelque chose aussi qui veut plus aider, les groupes ou les structures, ou les penseurs, ou les développeurs ou créateurs émergents, ce qui est vraiment top car c’est vrai que pour quelqu’un qui apparait ou essaye de s’imposer c’est toujours très compliqué avec les moyens de communications actuels. Avoir une chance de participer à ça et montrer ce qu’on fait c’est toujours une très belle chose.

Voix d’Europe : Merci à toi d’avoir accepté. Tout d’abord qu’est-ce Ajuq?

Ulysse : C’est assez spécial parce que Ajuq, c’est moi. C’est un acronyme de l’ensemble de mes prénoms : Antoine Jules Ulysse Quesada. Au delà, c’est un désir de vouloir en premier exprimer des choses qui sont en même temps de la vie de tous les jours et en même temps des phénomènes de la vie de tous les jours. Puisqu’à l’intérieur de chaque chanson que l’on fait ce sont des paroles qui sont très intimes, très personnelles avec beaucoup de douleurs ou de plaisir ou de questionnement. Ajuq, avant même d’être de la musique, c’est une tentative aussi de revenir à l’expression de paroles qui ont un vrai sens et qui ont une vraie direction. À un niveau plus général, Ajuq c’est de la musique qui veut aussi mélanger plusieurs univers. C’est un mélange de cinq genres de musiques différents : il y a de la pop, du rock de l’électro, de la musique de films (que l’on appelle « cinématique ») et du hip-hop qui se rencontrent ensemble pour faire une collusion de différents mondes pour avoir une entité concrète. Ajuq c’est le désir de voir mélanger plusieurs univers en un seul. Ceci permet d’avoir dans nos concerts différents types de personnes. Ça peut aller des enfants, aux personnes un peu plus âgées, des personnes qui venaient de classes huppées et d’autres qui étaient grunge ou rock et Ajuq c’est donc le moyen de rassembler tout le monde !

Voix d’Europe : Ajuq, c’est Ulysse mais c’est également deux autres membres…

Ulysse : C’est un peu dans la même structure que l’on peut voir dans certains groupes. C’est à dire qu’il fallait un nom pour le projet Ajuq. C’est vrai que je compose les musiques et que c’est mon bébé, un projet dans lequel j’ai mis 16 ans de ma vie. Mais quand on est sur scène, lorsqu’on est en tournée, quand il y a besoin d’avoir un certain recul, avoir d’autre personnes avec qui collaborer et créer, du nouveau matériel, de nouvelles musiques c’est là où c’est important. Donc Ajuq c’est un « Power trio » c’est à dire que c’est une structure normalement d’un groupe de rock mais il n’y a pas de batterie, il n’y a pas de basse et c’est donc un DJ qui s’occupe de balancer tout ce qui est au niveau de samples, au niveau des textures, des scratches, de tout ce qui est électronique. Un guitariste qui fait aussi backing vocal et moi en tant que chanteur principal et percussionniste debout pour certains moments particulièrement emphatiques.

Voix d’Europe : Tu parlais du rôle de DJ, comment la technologie vient influencer votre processus créatif ?

Ulysse : Comme on mélange tant de genres différents et que la musique évolue par erreur corrigée avec de nouveaux instruments avec de nouvelles visions de l’instrument, avec des instruments virtuels, la technologie nous a donné une immense porte. Par exemple, pour certains titres, nous avons pu mettre des instruments comme le Morin Khuur (violon mongol) ou du Koto (instrument à cordes japonais) et donc apporter des textures de musique moderne d’aujourd’hui comme l’on peut entendre à l’intérieur de l’électro ou maintenant à travers la trap. Mais aussi pour casser les frontières des musiques du monde avec l’ajout de ces instruments virtuels que l’on pourrait jamais avoir là où l’on est et qui permettent d’ajouter une dimension beaucoup plus grande.

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Voix d’Europe : En live donc, vous jouez ces instruments à partir d’un ordinateur?

Ulysse : En live c’est vrai qu’il y a toujours une adaptation différente. Pour moi le but principal n’est pas de restituer exactement le son que l’on a en album, comme le font beaucoup d’artistes aujourd’hui qui veulent reproduire en live exactement le son du CD. Le public vient voir des performeurs faire un show. Donc pour moi la chose la plus importante c’est que, quand ils viennent voir un concert d’Ajuq, ce soit encore mieux que l’album, quelque chose d’encore plus vivant, d’encore plus communicatif, d’encore plus participatif. Moi je suis un chanteur qui aime aller dans le public, chanter à l’intérieur du public pour communiquer ces éléments là. Il y a donc une réadaptation faite par le power trio qui tient en compte ses éléments-là pour avoir quelque chose de plus spectaculaire. Les éléments technologiques sont bien évidemment en background mais ce ne sont pas des choses que je souhaite forcement recréer en live, à moins que bien évidemment nous ayons des intervenant particuliers qui peuvent ajouter quelque chose au live.

Voix d’Europe : Le power trio donc au centre d’Ajuq, ce sont des membres fixes ou ils peuvent tourner?

Ulysse : Les deux autres membres ne tournent pas, c’est un power trio fixe simplement aussi parce que ça permet que l’on se connaissent mieux, qu’on crée des automatismes ensemble, qu’on ait la possibilité de se comprendre et même de ne pas avoir à se regarder mais d’avoir confiance en l’autre pour savoir qu’il va faire cette partie là ou qu’il ressent les émotions que l’un véhicule vers l’autre et ça pour moi c’est important, de connaitre ses partenaires de scène.

Voix d’Europe : Vous nous avez fait un cadeau, je crois comprendre?

Ulysse : Oui! Nous avons enregistré une version acoustique de la chanson « Blood on the Leather ».

Voix d’Europe : On voit dans la vidéo qu’un des membres est masqué. C’est un choix artistique?

Ulysse : Alors, Switch le Dj, représente un peu une figure totémique. De manière générale, c’est quelqu’un d’assez timide, assez silencieux et réservé. Le fait de porter ce masque, c’est quelque chose qui permet de le montrer sans qu’il se montre c’est à dire qu’il montre un aspect du groupe. Moi par exemple j’ai un amour pour les années ’80, de tout ce qui est la « synt wave », l’esthétique retro-futuristique et le fait qu’il soit là c’est quelque chose qui est comme un étendard pour montrer l’ensemble de ces facettes là. Le masque n’est pas un simple masque mais fait partie du décor, il a des détecteurs de son qui font que les masque réfléchissent le tempo de certaines chansons. Le projet est encore relativement jeune et il y a encore plein de facettes à créer autour de ce totem, que nous voulons faire devenir iconique pour Ajuq.

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Voix d’Europe : Nous avons parlé de Switch, le totem d’Ajuq, parlons aussi du guitariste…

Ulysse : Le guitariste s’appelle Quentin et il est arrivé il y a quelques mois, et au contraire de Switch qui est immobile, il m’apporte une dimensionnalité qui le rend en fait un second frontman. Moi je suis très communicatif avec les personnes qui viennent nous voir mais être seul en scène à faire ce show là parfois c’est une peu compliqué parce qu’on ne peut pas s’occuper de tout et des différentes facettes. Quentin apporte le côté rock&roll, parce que la guitare apporte cette touche, il y a aussi les backing vocaux car Ajuq est aussi très basé sur les harmonies de voix dans les refrains, dans les couplets pour créer quelque chose de très harmonique et bien sur il a une vrai puissance sur scène qui est aussi de communiquer avec le public. Ce qui fait que le Power trio a deux entités mobiles et le totem qui ne bouge pas.

Voix d’Europe : Mais nous sommes curieux, comment Ajuq crée une chanson?

Ulysse : Il y a plusieurs moyens de composer une musique, moi personnellement je me suis toujours basé sur une étincelle : je suis sur le point de me coucher, je suis sous la douche, je suis aux toilettes, je suis en train de sortir d’une exposition et tout d’un coup, il y a une mélodie ! C’est comme s’il y avait une toile de cinéma et, petit à petit, il y a toute l’image de la chanson qui se révèle à moi comme si c’était une tapisserie de lumière qui donne naissance à ce à quoi la musique ressemblera dans sa totalité. A partir de là, c’est juste savoir comment la faire ressortir et la créer réellement.

Voix d’Europe : Et tu écris majoritairement en anglais…

Ulysse : Si tu veux l’anglais est un peu ma langue « paternelle » car j’ai eu la chance de grandir avec un beau père anglais qui m’a facilité grandement l’apprentissage de l’anglais. Aujourd’hui, je pense en anglais et je rêve en anglais ce qui enfait ma langue maternelle. Ce qui est intéressant c’est que pour moi le vrai challenge est d’écrire en français car je me suis dit que j’ai des choses à dire dans ma vraie langue natale! C’est aussi parce qu’il y a des mots français que l’on ne peut pas traduire ou qui n’ont pas la même signification en anglais, comme par exemple le mot « Saperlipopette » qui est également le titre de l’une de nos chansons. C’est la même chose pour la chanson « Mirage » où au niveau de l’imagerie je savais que si je le disais en anglais ça nuirait à la chanson plus qu’autre chose. Le phrasé que je vais utiliser en français ne sera pas le même que ce que l’on peut entendre dans la vérité ou dans la musique française aujourd’hui.

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Voix d’Europe : Parlons maintenant de quelque chose que Ajuq a fait il y a quelques mois, un voyage si j’ai bien compris…

Ulysse : Oui, un voyage à Taiwan, qui en réalité est la suite d’un premier voyage à Taiwan de l’an dernier lorsque nous avons participé au festival des lanternes qui était organisé par le Ministère de la culture Taïwanais. Ils nous ont vus durant ce premier concert et ils ont été touchés et ils ont voulu nous réinviter. Cette deuxième invitation c’était pour une collaboration très particulière puisque c’était Ajuq qui arrivait avec son catalogue musical pour faire une collaboration avec la section musicale de l’université locale. A partir de ce moment là, ça été une aventure créative assez forte puisqu’on est arrivé non seulement avec des musiciens qui ne parlaient pas notre langue, qui ne parlait pas les mêmes fréquences musicales. Il y avait donc des barrières à casser entre nous et ce moment de réussir à casser ces frontières a été quelque chose de très intéressant parce que tous ces instruments j’avais pu seulement les voir sur internet. Et les voir en face c’était quelque chose qui m’a inspiré. Cette collaboration n’a été qu’un échange de dons : ils nous ont donné et on leur a donné quelque chose.

Voix d’Europe : Comment se sont passés les concerts à Taiwan?

Ulysse : C’est une expérience qui a chamboulé ma vision de comment la musique se crée, comment la musique s’approche et de comment la musique se vit. Le public que l’on a eu par exemple, ne dit pas un mot, ne fait pas un bruit, n’applaudit pas, ne chante pas. Je ne sais pas si c’est quelque chose du côté de la réserve ou du coté du respect de ne pas vouloir déranger le performeur qui fait son travail, mais dès que la dernière note est jouée tout le public applaudit et exprime ses émotions. Donc c’était une découverte non seulement des musiciens mais également du public.

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Voix d’Europe : Nous le savons, il est très difficile de percer dans le monde de la musique. Quelle est la place d’Ajuq dans ce monde?

Ulysse : Une conversation a complètement changé ma vie. J’étais avec mon beau-père, qui est Steve Nieve clavieriste d’Elvis Costello, et quand j’avais 14/15 ans j’étais dans le tour bus avec Elvis et j’ai eu le culot de lui faire écouter ma musique qui était vraiment atroce à l’époque, et il m’a dit « Fais la musique parce que tu aimes faire la musique, si tu fais de la musique pour faire du blé tu ne réussira jamais ». On le voit clairement aujourd’hui il y a des artistes qui font la musique pour faire du blé, pour moi avant tout réussir dans la musique, c’est réussir à dire quelque chose. Certes c’est une période compliquée à cause du streaming, du téléchargement illégal et de toutes ces plateformes qui rendent plus difficile aux artistes la possibilité de gagner leur vie en faisant de la musique, mais il est également vrai que nous avons aujourd’hui des plateformes qui n’existaient pas dans les années 1980 par exemple. L’objectif pour nous, le rêve ultime, serait de trouver un label qui ait le coup de coeur pour le projet Ajuq.

Voix d’Europe : Si tu pouvais dire quelque chose à l’Ulysse d’il y a 16 ans qui commençait le projet Ajuq, tu lui dirais quoi?

Ulysse : Ne perds pas ton temps à essayer de dire ce que d’autres ont déjà dit.

Voix d’Europe : Notre interview arrive malheureusement à sa fin, où est-ce nos lecteurs peuvent écouter les morceaux de Ajuq?

Ulysse : Pour entendre les chansons, sur le site internet iamajuq.com, sur la page principale il y a un bouton « Listen Here » qui donne accès à une page secrète de soundcloud que j’actualise régulièrement ! Mais sur Instagram vous trouvez aussi des microclips d’instrumentaux.

Voix d’Europe : De nouveaux live en vue?

Ulysse : Pas pour l’instant mais dès qu’il y aura de nouvelles dates elles seront sur le site internet !

 

Natacha Da Rocha