Coup de théâtre au Venezuela: Juan Guaido s’autoproclame « président en exercice »

Dans un retournement de situation inattendu, le président du parlement vénézuélien Juan Guaido s’est autoproclamé ce mercredi 23 janvier « président en exercice » du pays

Dans un discours fait devant des dizaines de milliers de partisans, réunis à Caracas pour protester contre le président Nicolas Maduro, le jeune président du parlement a affirmé: « Je jure d’assumer formellement les compétences de l’exécutif national comme président en exercice du Venezuela pour parvenir (…) à un gouvernement de transition et obtenir des élections libres ». 

Juan Guaido, l’inconnu qui s’oppose à Maduro

Il y a encore quelques mois personnes ne connaissait ce nom, Juan Guaido. Mais le 5 janvier dernier, cet ingénieur, membre du parti Volonté populaire (VP), est devenu le plus jeune président du parlement vénézuélien, devenant automatiquement le principal adversaire du chef d’Etat du Venezuela Nicolas Maduro. Il a notamment réussi a réunir les principaux adversaires du président qui étaient jusqu’alors divisés et affaiblis.

La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Le président Maduro a affirmé que Guaido n’était qu’« un gamin qui joue à la politique ». La Cour suprême du pays, composée majoritairement de fidèles au régime, a ordonné une enquête pénale contre les membres du Parlement, en les accusant d’usurper les prérogatives du président Maduro. Dans la même ligne, l’armée vénézuélienne reste fidèle à Maduro en rejetant l’autoproclamation de Juan Guaido par le biais du ministre de la défense, Vladimir Padrino qui s’est exprimé sur Twitter : « Le désespoir et l’intolérance portent atteinte à la paix de la nation. Nous, soldats de la patrie, nous n’acceptons pas un président imposé à l’ombre d’intérêts obscurs ni autoproclamé en marge de la loi. L’armée défend notre Constitution et est garante de la souveraineté nationale ».

Les réactions des autres pays

Le premier à s’être exprimé sur la situation au Venezuela a été le président américain Donald Trump qui souligne son soutien au jeune Guaido en le reconnaissant comme président dans un communiqué de presse relayé sur Twitter. Dans son message, il juge également que l’Assemblée Nationale était « la seule branche légitime du gouvernement » et que cette dernière a déclaré le président Nicolas Maduro « illégitime ». Il affirme de plus que « Le peuple du Venezuela a courageusement parlé contre Maduro et son régime et exigé la liberté et l’État de droit (…) Je continuerai à utiliser toute la puissance économique et diplomatique des États-Unis pour faire pression en faveur du rétablissement de la démocratie vénézuélienne» et termine en affirmant que « Les Vénézuéliens ont trop longtemps souffert aux mains du régime illégitime de Maduro ». La réaction de Maduro ne s’est pas faite attendre, ce dernier a donné soixante-douze heures aux représentants diplomatiques nord-américains pour quitter le pays en annonçant que son pays rompait ses relations diplomatiques avec les États-Unis. « Dehors ! Qu’ils s’en aillent du Venezuela, ici il y a de la dignité, voyons ! », aurait-il déclaré.

D’autres pays comme Le Canada, le Brésil, le Pérou et la Colombie ont a leur tour reconnu et félicité l’action de Juan Guaido.

L’Union européenne (UE), quant à elle, reste plus discrète sur ses propos mais soutient tout de même les faits en faisant appel à écouter la « voix » du peuple du Venezuela et à réclamer des élections « libres et crédibles ». Federica Mogherini, haute représentante de l’UE a ajouté, au nom des Vingt-Huit, que « Les droits civils, la liberté et la sécurité de tous les membres de l’Assemblée nationale, y compris de son président, Juan Guaido, doivent être (…) pleinement respectés ».

Un climat très tendu dans le pays

Un climat de haute tension était ressenti dans tous le pays où partisans et opposants du président Maduro sont descendus dans les rues. De nombreux incidents, parfois mortels, ont été constatés dans plusieurs villes à la suite d’affrontements violents entre les deux côtés.

Il est juste d’indiquer que Nicolas Maduro a été investi, le 10 janvier, pour un deuxième mandat, contesté par l’opposition et non reconnu par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine. Le climat autour de la nouvelle investiture de Maduro a tout de suite été tendu et ce revirement de situation est la goutte d’un vase qui attendait depuis très longtemps de faire déborder le vase.

Natacha DA ROCHA