Contre les « Fake News » sur l’UE

L’Europe… En France, soit on en parle peu, soit on en parle mal. Au mois de mai prochain, les Français comme tous les citoyens européens devront se rendre aux urnes pour élire leurs députés européens, c’est-à-dire ceux qui les représenteront et qui feront entendre la voix de la France dans l’hémicycle européen. L’occasion de revenir sur certaines choses lues, vues ou entendues un peu partout dans les média et qui nous a hérissé le poil, chez Voix d’Europe.

La campagne des élections européennes est bien lancée ! A quatre mois d’un scrutin au moins aussi important que les législatives en France, les médias reçoivent à tour de rôle les têtes de liste des différents partis politiques. Le 28 janvier dernier, Jordan Bardella, 23 ans, tête de liste Rassemblement national (RN, anciennement FN), était l’invité d’Elisabeth Martichoux sur RTL. Le jeune homme, encore inconnu du grand public, répondait à ses questions avec aplomb et conviction. Pourtant, tout n’était pas exactement juste dans ses propos, parfois proches de la démagogie. Explications. 

Frexit or not Frexit ?

Interrogé sur la volonté affichée du FN de quitter l’UE lors de l’élection présidentielle de 2017, Jordan Bardella est revenu sur les déclarations de Florian Philippot : « Il n’a jamais été question d’un Frexit« .  Selon lui, aujourd’hui les choses ont changé et la sortie de l’UE n’est plus à l’ordre du jour, dans la mesure où le RN a trouvé des alliés en Europe (Salvini en Italie, ou le FPÖ en Autriche, par exemple). La souveraineté nationale reste néanmoins l’un des chevaux de bataille du parti d’extrême-droite, qui veut « en finir avec le diktat de la Commission européenne. »

Rien que cela ! Par « diktat de la Commission européenne« , il faudrait comprendre que la France, et les 26 autres membres de l’UE, n’auraient jamais leur mot à dire sur les décisions prises à Bruxelles. « La Commission impose, la France dispose« , pourrait-on dire, parodiant ainsi la célèbre citation de Freud. C’est pourtant nier le rôle d’un député européen, qui amende, modifie, commente les propositions de directive ou de règlement européen.

L’Union n’impose jamais rien seule, de même que le gouvernement d’un Etat n’impose rien à son peuple. A moins que le régime soit une dictature, ce qui est encore loin d’être le cas en Europe. Rappelons au passage qu’une directive est cadre, proposé par l’UE, de façon à obtenir une harmonisation européenne. Elle touche la plupart du temps, des sujets sensibles et laisse une certaine marge à chaque pays pour arriver au résultat attendu. Un règlement est, en revanche, une proposition adoptée par les institutions européennes (Conseil, Commission et Parlement) qui sera appliquée telle quelle dans chaque Etat. 

Jordan Bardella persiste et signe en déclarant que l’Europe « nous impose des directives parfois contraires à nos intérêts« . Peut-être n’a-t-il pas saisi la différence entre directive et règlement, inquiétant pour une tête de liste aux élections. Pour lui répondre, il faut alors souligner que le rôle d’un député -européen ou non – est de défendre les intérêts de ses électeurs. Par conséquent, si la directive adoptée va contre les intérêts d’un pays, c’est que l’eurodéputé n’a pas joué son rôle. Nul besoin de blâmer l’Europe dans ce cas. 

Elisabeth Martichoux lui rappelle également que le Frexit ou la sortie de l’UE, était « un fondamental de Marine Le Pen« . Doit-on y lire un rétropédalage de la part du Rassemblement national ? Absolument pas, rétorque Jordan Bardella, qui voit dans ce changement « une vision pragmatique« . Peut-être s’est-il aperçu que la France n’est rien sans l’UE, qu’elle ne peut exister qu’en son sein, parce que l’Europe lui fournit les armes commerciales et diplomatiques pour affronter le reste du monde. Pragmatisme, peut-être. Réalisme sans doute. 

UE vs « Grande Europe des nations »

Dans son interview du 28 janvier dernier, la tête de liste du Rassemblement national déclarait également « vouloir construire une grande Europe des nations« , « une Europe qui renforce les nations plutôt que de les affaiblir« . En somme, l’idée serait de créer un ensemble de pays européens, qui, à part la bande de terre sur laquelle ils sont, ne partagent pas grand chose. Une mosaïque d’Etats, à côté les uns des autres mais non reliés ensemble. 

Cela ne peut fonctionner : pour exister durablement, une mosaïque a besoin de colle, et cette colle s’appelle l’UE. C’est précisément cette colle qui a imposé la paix sur le continent depuis 74 ans. C’est cette colle qui nous permet de voyager facilement, avec une simple carte d’identité. C’est cette colle qui fait de nous des Européens, et plus seulement des Français, des Polonais, des Roumains ou des Grecs. Retirer cette colle, c’est donc faire s’effondrer tout l’édifice. 

UE-Italie : faute partagée

Concernant la crise diplomatique franco-italienne, Jordan Bardella considérait que c’était « la responsabilité de Macron ». Cette voie semble être un peu trop facile à emprunter. C’est la définition même de démagogie.

Luigi Di Maio n’avait pas à se mêler des affaires internes de la France. Et surtout, il a commis la faute de ne pas prévenir le gouvernement et l’Ambassade de France à Rome de sa venue, chose qui se fait obligatoirement. Premièrement par respect et pour diplomatie et deuxièmement, pour raisons de sécurité.

Même si Emmanuel Macron frappe fort sur les populistes européens comme en Pologne, Hongrie ou justement l’Italie, il n’a fait aucun ingérence dans ces pays contrairement à M. Di Maio.

M. Bardella semble plus caresser dans le sens du poil le nouvel allié italien du RN.

Touche pas à mon euro !

Lors de la dernière présidentielle française, Marine Le Pen, alors candidate, avait clairement annoncé sa volonté de revenir au franc. Cette décision lui avait d’ailleurs peut-être coûté la victoire.

Effectivement, si parfois l’UE semble lointaine, détachée de la vie quotidienne du Français, l’Euro quant à lui, est bien présent dans les esprit, puisqu’il est aussi bien présent dans les poches des citoyens. Tenir un euro dans sa main, c’est palper de la façon la plus réaliste possible l’Union européenne.

Qui peut encore croire qu’en revenant au franc, la France retomberait dans l’essor des années 1960 ? Qui peut encore imaginer payer une baguette de pain autant qu’en 1980 ? Personne, car euro ou pas, l’inflation aurait été là. Bien sûr, d’aucun diront sûrement que l’euro a accéléré la machine. Certes, mais l’inflation reste l’inflation.

Devant cette absurdité déclarée en 2017, le RN a indiqué vouloir « faire évoluer sa gouvernance » en ce qui concerne l’Euro. Plus question dorénavant de changer de monnaie. Rétropédalage, vous disiez plus haut ? On dirait bien que oui !

Traité d’Aix-la-Chapelle : info ou intox ?

Signé le 22 janvier dans la ville allemande d’Aix-la-Chapelle, le traité du même nom vise à renforcer la coopération entre les deux pays. Une partie de la classe politique française s’insurge, signalant que ce traité fait perdre de la souveraineté à l’Hexagone. « C’est absolument faux » fulmine Benoit Hamon, invité des Quatre Vérités sur France 2. L’ancien ministre dénonce les « mensonges  » de Marine Le Pen, qui avait assuré allait instaurer une « gestion partagée de la région Alsace ». 

Autre « mensonge« , la France aurait donné à l’Allemagne son siège au conseil de sécurité à l’ONU. Elle s’y est pourtant opposé vivement. Ce traité, déjà signé par De Gaulle et Adenauer, ne vise qu’à accroître le couple-franco allemand, moteur de l’Union européenne. 

Il ne faut pas faire croire aux Français que l’UE les prive de toutes les libertés possibles et décide de tout à leur place, parce qu’encore une fois, cela est faux. 

Chloé LOURENÇO & Wassila ZOUAG