Victoire des libéraux et nette progression de l’extrême droite en Estonie

Plus de 1,3 million d’Estoniens étaient appelés aux urnes dimanche dernier (3 mars 2019) pour renouveler leur Parlement national. Le champion européen du numérique a basculé dans le populisme…

101 sièges étaient remis au vote au « Riigikogu », le parlement national estonien. Les députés estoniens sont élus pour 4 ans. Le système électoral estonien est quelque peu spécial car le scrutin est proportionnel plurinominal : les sièges sont distribués aux listes selon le pourcentage obtenu. 75 sièges sont élus directement dans les 12 circonscriptions du pays. Les 26 autres sont répartis entre les partis qui ont obtenu plus de 5% des voix.

L’Estonie compte 7 partis politiques principaux :

  • Le Parti de la Réforme (centre droit)
  • Le Parti du centre (parti sortant)
  • Le Parti social-démocrate (centre gauche)
  • Le Parti libre (centre droit)
  • Isamaa (centre droit)
  • Le Parti populaire conservateur (EKRE, extrême-droite)
  • Estonie 200 (centre)

Une percée de l’extrême droite 

Le Parti de la Réforme, de l’opposition, est devenue la première force politique estonienne avec 34 sièges obtenus. Suit avec 26% des voix le parti sortant du centre. Puis le parti populiste et d’extrême droite, EKRE, qui obtient 19 sièges. C’est 12 de plus que lors des dernières elections en 2014. On parle d’une « percée » du populisme estonien, qui s’ajoute à la liste de plus en plus longue en Europe. Anti-européen, anti-migrants et anti-homophobes, ils surfent sur la vague populiste qui frappe l’Europe ces dernières années. 

Les pays europhiles pas épargnés

L’Estonie fait pourtant partie des pays les plus pro-européens. Ils sont europhiles, ont vu la chance du développement à leur entrée dans l’UE en 2004. Cela leur permettait de sorti du joug russe. En 2011, l’Estonie adopté l’euro et fait partie des bons élèves avec peu de chômage et peu d’endettement public. 

Les sondages annonçaient en tête le parti de la Réforme, le Parti du centre (parti sortant) et les social-démocrates. Les sujets de débat durant la campagne concernaient principalement la fiscalité et l’enseignement des langues russe et estonienne. En effet, la « menace » russe, après des décennies de domination, pèse toujours pour une partie de la population qui souhaite s’en débarrasser définitivement.

Les deux partis du centre, arrivés en tête, ne ferment pas la porte à une coalition. Leur programme est pratiquement le même. En revanche, ils excluent totalement une alliance avec EKRE.

 

Cette élection est mauvais signe pour les élections européennes de mai prochain. Un pays aussi europhile et modèle que l’Estonie n’échappe pas à l’euroscepticisme. Bien que des europhiles gouvernent et soient en large tête, la progression de l’extrême droite n’annonce rien de rassurant.

 

Wassila ZOUAG