Carnet de voyage : Wroclaw

Wroclaw. Vroclave ? Vroclo ? On ne sait jamais vraiment comment se prononce le nom de cette ville de Pologne. Cette ville au passé industriel, tour à tour allemande et polonaise, jumelée avec Lille depuis 2013, capitale européenne de la culture en 2016, est la quatrième ville de Pologne. Surnommée « La Venise polonaise », Wroclaw est ni grise ni triste. Colorée, dynamique, comme beaucoup de villes d’Europe centrale, elle veut changer son image. Au fait, on prononce « Vrot’soif ».

La Petite Venise

Wroclaw est l’une des plus anciennes et des plus belles villes de Pologne, construite sur une multitude de petits bras de l’Odra., sur des îles et des îlots qui lui valent le nom de « petite Venise ». Elle est aussi un important centre culturel et une ville étudiante dotée de 8 instituts d’enseignement supérieur. Wroclaw est aujourd’hui la quatrième ville de Pologne et compte près de 640 000 habitants. C’est le centre administratif, industriel et culturel de toute la région. Wroclaw a toujours été l’une des plus grandes villes de cette partie de l’Europe, et au moyen âge, elle faisait concurrence à Prague.

La ville est située sur l’Oder qui, à cet endroit de son cours, arrose une vaste vallée plane. Sur le territoire de la ville, le fleuve se compose de multiples bras et canaux qu’enjambent plus de 100 ponts et passerelles. Le fleuve traverse ainsi le territoire de Wroclaw s’étirant tantôt à travers de vastes terrains herbeux ou boisés, tantôt entre d’agréables promenades aménagées, dans les quartiers du centre et de la Vieille Ville. Le pont Grunwaldzki est l’un des symboles de la ville; c’est petit pont suspendu, long de 116 m, qui fut construit en 1910. Le pittoresque pont Tumski, dont il est déjà fait mention au Xlle siècle, mène à l’île d’OstrowTumski qui est la partie la plus ancienne de la ville. Se démarquant du reste de la ville, le digne quartier d’Ostrow Tumski est éclairé la nuit an moyen d’anciens réverbères à gaz, et ses églises illuminées charment les regards.

Un passé omniprésent

Le centre historique fait office de vitrine d’une ville en plein renouveau. Moderne, remuant et coquet, le coeur de Wroclaw a été la tête de gondole de la Capitale européenne de la culture de 2016. Et si le badaud se promène et regarde attentivement dans les rues, il découvrira des lutins. Au nombre de 300, ils représente l’Alternative Orange, mouvement contestataire de Wroclaw qui a oeuvré à travers l’art tout au long des années 1980 contre le régime communiste. Aujourd’hui, ils ont perdu leur symbole anarchiste et font plutôt office de carte postale de la ville.

Wroclaw a un passé compliqué, intrinsèquement lié à l’Histoire. Elle naît véritablement en 1945, à la conférence de Potsdam. La ville, alors appelée Breslau, allemande depuis près de 200 ans, devient polonaise. La population allemande est expulsée, mais certains parviennent à rester. C’est pourquoi encore aujourd’hui, la culture allemande persiste. Quelques jours après la fin de la guerre, Wroclaw s’engage dans une colonisation à marche forcée. L’obsession des autorités communistes est d’effacer toute trace des antécédents germaniques de la ville. Au moins 150 000 Allemands sont expulsés à l’Ouest, et ceux qui restent vivent dans des conditions de vies plutôt difficiles. Affamés, désorientés et malades, ils encaissent tout le poids de la haine et du mépris que les Russes et les Polonais ont couvés pendant les longues années de guerre. Les noms de famille à consonance allemande sont transformés, traduits en polonais. Après la chute du communisme, un processus de réconciliation est engagé, et Wroclaw renoue avec une partie de son passé. Depuis 1989, elle n’a plus à nier ses origines allemandes. Elle peut dire la vérité à son sujet sans honte.

The Grand Monopol Hotel

Qu’ont en commun Adolf Hitler, Pablo Picasso, Andrzej Wajda et Steven Spielberg ? L’Hôtel Monopol, à Wroclaw. Situé à deux pas de l’opéra, l’hôtel Monopol ouvre ses portes en 1892. Au-dessus de l’entrée principale, accolé à la façade néo-baroque, on peut voir un balcon triste et vide. Et pour cause. Il a été construit en 1937 pour accueillir Adolf Hitler, qui devait prononcer un discours en marge d’une compétition sportive. Contrairement à la légende, la suite 113, attenante, n’a toutefois pas accueilli le repos du guerrier.

Comme tout établissement prestigieux qui se respecte, le Monopol a aussi eu son lot de clients précieux et distingués. Ainsi, Marlene Dietrich, Irène Joliot-Curie ou encore Mikhail Cholokhov, Prix Nobel de littérature, ont dormi en ses murs. Pablo Picasso y est également passé, à la fin 1948, alors qu’il assiste à un Congrès international sur la Paix. Il dessinera d’ailleurs sur une serviette un colombe. Un croquis, pas encore un symbole. Dix ans plus tard, le lieux accueille les décors de Cendres et Diamants d’Andrzej Wajda. Le cinéaste polonais n’est pas le seul artiste à avoir laissé sa patte dans l’hôtel. Steven Spielberg a tourné Bridge of Spies à Wroclaw et a dormi dans l’hôtel.

Le multiculturalisme comme slogan

Multiculturalisme. Ce mot remplit les pages du dossier de candidature de Wroclaw au titre de capitale européenne de la culture. Pourtant, même à Nadodrze, quartier réputé pour sa diversité culturelle, ethnique et religieuse, l’altérité est rarement visible. Alors le multiculturalisme, argument de campagne ou réalité?

Wroclaw, « lieu de fusion constante entre des horizons culturels divers ». La phrase inonde littéralement le document de candidature de la ville au titre de Capitale européenne de la culture. Le but ? Convaincre que Wroclaw est le lieu du multiculturalisme, ouverte à l’altérité, tolérante et cosmopolite. La discours de la municipalité reflète d’ailleurs cet argumentaire. A Nadordze, on vente même la présence d’une importante communauté Rom. En réalité, les membres de cette communauté ne dépassent pas un millier, et dans les rues du quartier, aucune trace de diversité ethnique ne transparaît. Avec un solde migratoire négatif, la Pologne compte encore plus de départs qu’elle n’accueille de migrants. La majorité des étrangers habitant Wroclaw sont des étudiants ou des expatriés venus travailler pour de grandes firmes multinationales. Autrement dit, des étrangers qui repartent comme ils sont arrivés et qui ne participent pas vraiment à la construction d’une ville multiculturelle.

Si vous ne connaissez pas encore la capitale de Basse-Silésie, n’hésitez surtout pas à vous y rendre. Wroclaw est une ville qui a beaucoup a offrir, à tous points de vue.

Chloé LOURENÇO