Élections en Espagne : arrivée de l’extrême-droite et mauvais augure pour l’Europe

Les Espagnols étaient appelés aux urnes hier, 28 avril 2019, pour élire leurs Cortes (350 députés et 208 sénateurs) pour la 3ème fois en 4 ans. Une élection test à 1 mois des élections européennes et la montée du parti extrémiste Vox.

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a convoqué des élections législatives comme il l’avait promis lors de son arrivée au pouvoir fin 2018. Premier chef du gouvernement à arriver à la tête du pays après une motion de censure, sa position était fragile puisque non légitime. Malgré les risques, Sánchez a décidé de faire voter ses concitoyens sous fond de Catalogne indépendantiste et scandales de corruption. Malheureusement et nous vous en parlions il y a quelques semaines, le parti d’extrême-droite Vox a gagné du terrain à travers le pays.

La victoire du PSOE et l’entrée de l’extrême-droite

Sans grande surprise, le Parti de l’actuel dirigeant est arrivé en tête des votes. Avec 123 sièges et 28.7% des votes, le PSOE n’a cependant pas la majorité et devra se trouver des alliés pour pouvoir former un gouvernement. Suivent le Parti populaire de Pablo Casado qui réalisent un de ses pires scores avec 66 parlementaires (16.7%) – soit moitié moins qu’en 2016 – et le parti Ciudadanos (57 élus) avec lequel les socialistes pourraient envisager de collaborer. Petite déception pour Podemos qui ne révolutionnera pas las Cortes avec ses 42 élus.

La mauvaise nouvelle est l’entrée fracassante du parti d’extrême-droite Vox. Avec 24 de sièges et un peu plus de 10% des votes, le parti de Santiago Abascal réalise un bon score alors qu’il était presque inconnu il y a encore 6 mois.

C’est la première fois depuis la mort de Francisco Franco en 1975 et le début de la Transition démocratique que l’extrême-droite revient en force dans la vie politique espagnole. Et cela risque de rouvrir des blessures historiques qui n’avaient jamais vraiment cicatrisé. L’Espagne risque plus que ses voisins européens car le pays n’avait jamais critiqué le franquisme afin d’établir une transition pacifiste. Mais trop de paix ramène visiblement aux extrêmes…

Une campagne compliquée pour les partis traditionnels

Tout comme leurs « homologues » européens, les partis traditionnels espagnols connaissent une période difficile. Les Espagnols semblent blasés de l’impasse catalane et des élites corrompues. Rien à voir avec l’UE, dont ils semblent satisfaits, mais des problèmes internes qui ont un impact non seulement national mais aussi européen.

Le Parti populaire (PP), dirigé auparavant par Mariano Rajoy, a changé de leader en la personne de Pablo Casado. Rajoy a été considéré comme responsable de l’échec glaçant des conservateurs à la tête du pays. Malgré le changement de cap, le PP n’a pas vraiment réussi à remonter.

Le Parti socialiste (PSOE), bien qu’au pouvoir, subit toujours la concurrence de Podemos de Pablo Iglesias et Ciudadanos d’Albert Rivera. Les 3 partis refusaient quelque alliance pendant la campagne.

Les sondages donnaient le PSOE en tête, suivi du PP, de Ciudadanos et de Podemos. Vox figuraient ausis parmi les grands vainqueurs avec l’obtention de sièges au sein du Parlement, une 1ère dans l’ère de Transition démocratique.

L’Espagne, le dernier espoir de l’UE

L’Espagne a toujours été pro-européenne depuis la fin du franquisme en 1975 et son adhésion à l’UE en 1986. Bon élève, reconnaissant et réaliste, le pays ibérique était un des rares États membres qui ne déviait pas vers le populisme et l’extrême-droite. Ainsi, même le pays le plus pro-européen est gagné par l’euroscepticisme et le populisme ! Cela ne présage rien de bon pour les élections européennes dans 1 mois. Le Parlement européen risque d’être composé d’une grande partie populiste qui va bloquer le processus de l’Union pendant au moins 5 ans.

Wassila ZOUAG