Michel Barnier, prochain président de la Commission européenne ?

Michel Barnier, cet homme élégant de 68 ans, ancien plus jeune député de France, plusieurs fois ministre, était l’invité dimanche midi du Grand Jury sur RTL. Depuis plusieurs années, son destin a pris un tour nettement européen : après avoir été député, commissaire, il est, depuis trois ans le négociateur en chef du Brexit pour l’UE. Son travail, colossal, difficile, interminable, a été salué par de nombreux dirigeants européens, au point que son nom circule comme possible successeur de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne.

Michel Barnier, chief negotiator for the preparation and conduct of the negotiations with the United Kingdom under article 50 of the Treaty on European Union (TEU) gives a press conference at the European Commission on December 6, 2016, in Brussels. / AFP / EMMANUEL DUNAND (Photo credit should read EMMANUEL DUNAND/AFP/Getty Images)

Parler de l’Europe pour qu’elle existe chez les Européens

« Je trouve dommage qu’on ne parle de l’Europe seulement quand il y a des crises, ou des élections« , a expliqué Michel Barnier, interrogé d’emblée sur le peu d’engouement des Européens pour l’Europe. La colère des Gilets jaunes en France, qui demandent pour beaucoup la sortie de l’UE, le Brexit il y a trois ans, tout cela laisse entendre que les citoyens européens n’aiment pas tellement l’organisation, et qu’ils préfèreraient en sortir. Pour Michel Barnier, ce n’est pas tout à fait exact, car si l’on regarde les manifestations premières des Gilets jaunes, on remarque qu’ils avaient avant tout des revendications nationales. Ce n’est qu’ensuite que les mots de « Frexit », « référendum » et « sortie de l’UE » sont entrés dans leur vocabulaire, attisés certainement par des personnages politiques qui ont fait feu de tout bois.

Brexit : l’impasse jusqu’en octobre

Sans revenir sur l’imbroglio qui découle des négociations du Brexit, ni sur les nombreux rebondissements, le négociateur en chef a clairement déclaré que cette décision n’était pas le choix de l’UE, mais du Royaume-Uni. Son travail consiste alors à mettre en oeuvre la sortie du royaume de Sa Majesté. « Si l’accord de sortie fait 600 pages, c’est parce qu’il faut s’assurer de répondre par le droit, par des certitudes juridiques, à des milliers d’incertitudes créées par le Brexit« , souligne-t-il. Il faut notamment penser aux citoyens britanniques résidant et travaillant en Europe, aux citoyens européens résidant et travaillant au Royaume-Uni et à tous les retraités coulant des jours paisibles de l’autre côté du channel.

« Il n’y aura pas d’autre accord« . Cette remarque explicite de Michel Barnier referme déjà une porte que Theresa May aurait bien aimé laisser ouverte. De plus, si le temps de négociation est prolongé jusqu’en octobre, le négociateur affirme que « ce temps ne peut être indéfiniment prolongé« . Aux Britanniques maintenant de trouver une solution à l’impasse dans laquelle ils se sont eux-mêmes mis.

Supprimer la Commission ?

Nicolas Bay (RN) a demandé à Michel Barnier s’il ne faudrait pas, pour redonner du pouvoir aux nations, supprimer la Commission, organe qui, selon les têtes pensantes eurosceptiques, est monstrueuse et toute puissante. Ce dernier ne s’est pas laissé abattre et à répondu que cette idée était de la démagogie pure. « Il faut combattre la démagogie par la démocratie, c’est une phrase du Général de Gaulle« , a-t-il dit. Il faut être juste avec la Commission, elle est parfois trop bureaucratique, et produit énormément de lois. Cependant, elle joue un rôle extrêmement simple à l’échelle d’un pays mais qui n’existe pas en Europe : elle représente le Premier ministre.

On ne peut pas parler de « nation européenne », parce qu’il y a 28 Etats membres, donc 28 peuples. La Commission ne fait que proposer des idées de textes, textes qui sont ensuite validés par les deux chambres, le Parlement et le Conseil européen. Voilà pourquoi il est parfaitement faux de dire que la Commission décide de tout et que les Européens n’ont jamais leur mort à dire. Le choix est simple : allez voter, exprimez-vous et ainsi donnez votre voix à l’Europe, à vos députés européens. C’est ainsi que vous serez acteur de la politique européenne.

26 mai : être européen en plus d’être patriote

Pour Michel Barnier, le constat est simple : si les Européens ne veulent pas être écrasés par les Etats-Unis ou la Chine, ils faut qu’ils s’unissent. Là est leur unique planche de salut. « Les dirigeants européens doivent faire la pédagogie du monde. Quand vous regardez les 20 entreprises les plus importantes du monde dans le domaine du numérique, il y a 11 entreprises qui sont américaines et 9 qui sont chinoises. Voilà la réalité. Alors que la plupart de ces grandes entreprises, il y a 25 ans, étaient européennes. Nous reculons. Et si on ne regarde pas le monde tel qu’il est les yeux ouverts, alors on sera foutu. Il faut être européen en plus d’être patriote. »

Président de la Commission ?

Michel Barnier rappelle également que lors du renouvellement du Parlement, qui aura lieu en Europe du 23 au 26 mai prochain, il y a de très fortes chances pour qu’il n’y ait plus de majorité avec un seul groupe politique seulement. Cela signifie donc que le PPE (de droite) devra travailler avec le PSE (de gauche) et avec l’ALDE (au centre). Cette configuration « sera obligatoire« , souligne-t-il. « Ceux qui veulent que l’Europe change, qu’elle protège plus, ceux-là devront travailler ensemble. Voilà la réalité.« , a-t-il encore une fois martelé. Il faut toutefois rappeler qu’en Europe, les clivages politiques n’existent pas exactement comme à l’Assemblée nationale française. Bien souvent, les députés européens votent en leur âme et conscience, s’affranchissant parfois des consignes du groupe.

Si Michel Barnier prend la peine d’expliquer tout cela, c’est aussi pour montrer que le successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, n’est pas tout désigné. Avec un Parlement au sein duquel aucune majorité claire ne se détache, il faudra à celui qui endossera le costume beaucoup de diplomatie, de doigté et de savoir-faire politique, le but étant de ne froisser personne et d’arriver à de nombreux compromis. On voit alors qu’il se positionne comme un excellent candidat, notamment après ses négociations pour le Brexit. Michel Barnier sait faire, et il le montre.

Mais cela suffira-t-il à motiver les électeurs français à se déplacer aux urnes dans un mois ? C’était en tout cas l’objectif de Michel Barnier : parler d’Europe pour que les Français s’approprient la campagne. Pour intéresser les gens à l’Europe, il faut leur parler d’Europe. Voilà un constat que nous partageons chez Voix d’Europe !

Chloé LOURENÇO