Elections européennes : comment se compose votre nouveau Parlement ?

Le 23 mai dernier, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont ouvert le bal des élections européennes. Depuis, tous les Etats membres de l’UE ont voté pour élire leurs nouveaux députés européens. Comment les 28 ont-ils voté ? Y a-t- il une majorité claire à Strasbourg ? Voix d’Europe décrypte pour vous les résultats de ces élections européennes 2019.

Un taux de participation en hausse partout

La première donnée très attendue à la suite de ces élections européennes, concernait surtout le taux de participation. Effectivement, les élections européennes sont en général plutôt boudées par les Européens eux-mêmes. Pourtant, cette fois-ci, le taux de participation est assez élevé, sans doute « le plus élevé en vingt ans ». Dimanche soir, le Parlement européen expliquait que le taux devrait se situer autour de 51% sans le Royaume-Uni. Avec ce dernier, il pourrait être compris en 49 et 52%. En Allemagne, le taux de participation était en hausse d’environ 10 points par rapport à 2014. En Pologne, il a même bondi de 7,35% à 14, 93%. En Espagne, la concomitance avec les élections municipales et régionales, qui attirent traditionnellement davantage, a poussé 34,68 % des électeurs à se rendre aux urnes à la mi-journée, contre 23,87 % en 2014, année où seules les européennes avaient eu lieu. Seul au Portugal, la participation était plutôt stable, à 11,56 %.

Ce taux de participation historique est sans doute la preuve d’un regain d’intérêt pour les sujets européens, et peut-être aussi d’une prise de conscience du pouvoir des eurodéputés.

L’Est en bleu, la gauche en baisse

En Allemagne, les conservateurs de la CDU/CSU reculent sérieusement (28%) ainsi que les socio-démocrates du SPD (15,5%). Les Verts réalisent un excellent score (22%). L’extrême-droite est également élevée, puisqu’elle atteint les 10%. En Autriche, le parti du chancelier Sebastian Kurz arrive en tête (34,5% environ). Toutefois, et cela est surprenant, le FPÖ, parti d’extrême-droite récemment touché par le scandale de « l’ibizagate » a été crédité de 17,5%.

Les pro-européens de centre droit sont arrivés en tête aux élections européennes dimanche en Roumanie, infligeant un sérieux revers au gouvernement de gauche critiqué par Bruxelles pour ses reformes de la justice, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote (résultats en attente de confirmation).

En Hongriele parti national conservateur Fidesz arrive très largement en tête avec 56 %, une victoire écrasante pour le premier ministre Viktor Orban, qui devance deux partis de centre gauche autour de 10 % et le parti d’extrême droite Jobbik (9 %).

En Finlande, le parti de coalition nationale (KOK) arrive en tête avec un score de 20%, mais il est talonné par les Verts (15,90%). Les Vrais Finlandais, parti d’extrême-droite, arrive en quatrième position, derrière les socio-démocrates. En Irlande, également, le parti de centre droit Fine Gael emmené par le Premier ministre Leo Varadkar remporte les élections (29%), suivi de près par les Verts (15%).

La gauche est la perdante de ces élections européennes. Elle n’arrive en tête que dans deux pays européens sur 28, l’Espagne (30%) et la Suède (résultats non encore connus).

Montée des populistes

Si la France et l’Italie sont les deux seuls états européens à avoir voté massivement pour une liste d’extrême droite, on constate néanmoins que ces partis réalisent des scores honorables un peu partout en Europe.

En France, c’est la liste de Jordan Bardella (RN) qui arrive en tête (23,3% des votes), mais est talonné des près par la liste de la majorité présidentielle (22,1%). Ces deux partis auront un nombre égal de députés européens sur les rangs de l’hémicycle : 23 sièges. En Italie, la Ligue, le parti d’extrême droite du ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, réunirait 27 à 31 % des suffrages.

Les populistes ont mobilisé leurs troupes et confirmé, dimanche, qu’ils s’étaient largement installés dans le paysage politique communautaire. Les projections de sièges des trois formations eurosceptiques de l’hémicycle – l’Europe des nations et des libertés (ENL, de Marine Le Pen et Matteo Salvini), les Conservateurs et réformistes européens (ECR, dominé notamment par des élus polonais et britanniques) et Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD, de Nigel Farage et du Mouvement 5 étoiles) – pour le futur hémicycle atteignaient ainsi 173 sièges, à en croire des projections nocturnes du Parlement.

Comparé aux 155 sièges raflés par ces trois formations en 2014, le gain peut paraître modeste : moins d’une vingtaine. Mais réunies, elles constituent désormais la deuxième force politique du nouvel hémicycle, plus très loin du PPE (179 sièges)

En revanche, la Gauche radicale perd 14 sièges. Rien qu’en France, le résultat obtenu par la liste de Manon Aubry (La France Insoumise) n’a pas obtenu le score espéré par le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon.

Une percée verte inattendue

Le scrutin 2019 marque le recul des deux principales formations qui ont dominé pendant 40 ans le Parlement, à savoir le PPE (droite) et le PSE (gauche). Cela s’est fait au profit des Verts, qui ont réalisé un excellent score sur tout le territoire européen. Portés par la prise de conscience climatique et la performance des Grünen allemands (20,7 %), les écologistes se hissent à 70 sièges, presque 20 de plus qu’attendu. « Les Verts européens sont aussi les vainqueurs du jour », a admis, dimanche, Manfred Weber, le champion du PPE pour remplacer Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission.

Un appel du pied manifeste du Bavarois, qui espère bien trouver au plus vite un terrain d’entente avec ces élus devenus incontournables. « Avec la montée en puissance des populistes, pour faire une majorité pro-européenne stable dans cette maison, les Verts seront indispensables.  Nous voulons du changement : des engagements et pas seulement des promesses. On veut négocier sur des programmes avant de commencer à parler du prochain président de la Commission », a insisté en réponse l’eurodéputé belge Philippe Lamberts.

Deux conseillères britanniques, Harriet Clayton et Carys Lawrie, en oublient les affres du Brexit :

« Ces résultats vont au-delà de nos espérances. Personne ne misait sur les Verts irlandais, et pourtant ils ont fait un bon score. Cela montre que les préoccupations sociales et environnementales ont une vraie résonance partout sur le continent. Il y aura sûrement des surprises au cours de la soirée, mais il y a vraiment de quoi être optimiste. »

Le Royaume-Uni, toujours dans le flou

Pour diriger l’Union européenne pour les cinq années à venir, le PPE, le PSE, l’ALDE et les Verts devront réussir à s’entendre. Ils n’ont pas le choix s’ils souhaitent éviter que les élus eurosceptiques ne grippent la machine parlementaire.

L’avenir du Royaume-Uni est encore incertain. Si son départ est acté par le Parlement européen et prévu pour le mois d’octobre, la démission de Theresa May et l’absence de Premier ministre plonge le pays dans une profonde incertitude. Partira ? Partira pas? Voilà ce qu’on se demande des deux côtés de la Manche.

D’autant que le parti du Nigel Farage, Brexit, arrive nettement en tête avec 31,6% des voix selon les premiers résultats. Cela renforce l’hypothèse d’une sortie de l’UE sans accord. Avec ce score, 29 députés européens représenteraient le parti du Brexit au Parlement. Lot de consolation pour les europhiles, le vote a donné un nouveau souffle au Parti libéral démocrate, qui obtient 20,3 % des voix. Mais il n’a pas les moyens de peser sur les décisions au niveau national avec une petite poignée de députés seulement

Cette photographie de l’hémicycle pour la prochaine législature (2019-2024) n’est pas encore complètement figée. Les partis politiques nationaux doivent reconfirmer leurs appartenances aux différentes formations paneuropéennes dans le courant de juin (avant la première session du Parlement, le 2 juillet). Certains pourraient vouloir changer de chapelle. Rejoindre ALDE, par exemple, ou passer d’un groupe eurosceptique à l’autre.

Chloé LOURENÇO

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