Boris Johnson sur le perron du 10 Downing Street, provoque l’UE

Cette semaine, débute au Royaume-Uni, la désignation du nouveau chef du parti Conservateur, qui deviendra automatiquement Premier ministre en juillet prochain. Le candidat dont les chances sont les plus élevées, n’est autre que Boris Johnson, ancien maire de Londres et fervent défenseur du Brexit. Alors qu’il n’a jamais été aussi proche de pousser la porte du 10 Downing Street, le prétendant à la tête du gouvernement britannique multiplie les déclarations agressives vis-à-vis de l’UE.

Après la démission de la Première ministre Theresa May le 7 juin, « neuf hommes et deux femmes » ont manifesté leur intérêt pour diriger le Parti conservateur et la remplacer d’ici à la fin du mois de juillet, informe la RTBF (Belgique). Le parti Tory étant toujours majoritaire au Parlement, son futur président deviendra automatiquement le nouveau chef du gouvernement britannique. Parmi les candidats les plus « sérieux », le consevateur pro-Brexit, Boris Johnson, se place en excellente position pour occuper ce poste.

Toutefois, avant de rentrer au numéro 10, le très charismatique ancien maire de Londres devra d’abord convaincre les membres de son parti. Pour ce faire, il prédit au Royaume-Uni un avenir plus glorieux que jamais en dehors de l’Europe. Il promet même de pousser l’UE à renégocier son accord de sortie, accord qui a pourtant été verrouillé par Jean-Claude Juncker lui-même. « C’est le meilleur accord pour l’UE, c’est le meilleur accord pour le Royaume-Uni, et ce sera le seul accord », avait martelé le Président de la Commission européenne en novembre dernier. Boris Johnson le dit et le répète : son pays quittera l’Europe le 31 octobre prochain et ne payera pas la facture, sauf si l’Europe consent à Londres de meilleures conditions de départ.

Ultimes provocations

Vu de Bruxelles, on se demande bien comment le Royaume-Uni va pouvoir quitter l’organisation sans verser un penny. La somme due est considérable : il s’agit d’un montant de 40 à 45 milliards d’euros, une somme qui correspond aux programmes communautaires pour lesquels le Royaume-Uni a donné son accord, du temps où il était membre. Il s’agit de rembourser les fonds structurels des prochaines années, qui vont soutenir les régions d’Europe les plus défavorisées. Mais aussi les retraites des fonctionnaires européens britanniques, qui vont quitter Bruxelles bien évidemment, et se verront à la charge du gouvernement britannique.

 La question de la dette à payer n’est pas la seule pomme de discorde entre les deux parties. L’ancien ministre des Affaires étrangères rejette notamment le filet de sécurité (« backstop« ) visant à préserver une frontière ouverte entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord : une solution censée être provisoire « mais que les eurosceptiques britanniques considèrent comme une manœuvre pour obliger le Royaume-Uni à continuer à suivre les règles de l’UE après le Brexit » [Franceinfo]. Et pour parvenir à ses fins, tous les moyens sont bons, y compris ceux du chantage.

Tensions à prévoir

Si Johnson arrive au pouvoir, comme c’est à prévoir, les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne vont se durcir. Theresa May, Première ministre depuis le début des négociations, était entrée dans une certaine logique avec l’Europe, laissant cette dernière piloter les pourparlers, par l’entremise notamment du Français, Michel Barnier. Les négociations avaient été laborieuses, certes, mais cadrées, dans la mesure où le négociateur pour l’UE avait agité la menace d’un Brexit sans accord afin de faire rentrer les Britanniques dans le rang. Avec ce nouveau Premier ministre on pourrait se retrouver dans une confrontation brutale. On sait que Michel Barnier n’a pas prévu de lâcher du lest, et il semble que le Royaume-Uni va camper sur ses positions.

Un « Trump britannique » ?

Mais au fond, qui est véritablement cet énergumène arrivé dans le paysage politique britannique il y a déjà plusieurs années ? Boris Johnson, issu de la bonne société anglaise, étudiant à Eton, a été journaliste pendant plusieurs années, et comble de l’ironie, correspondant à Bruxelles. De 2008 à 2016, il a même endossé le costume de Maire de Londres, avant d’être remplacé par Sadiq Khan. En 2016, il se lance dans la bataille du Brexit, prônant un avenir meilleur loin de l’UE, n’hésitant pas, d’ailleurs, à raconter mensonges sur mensonges pour faire gagner son camp. A l’issu du scrutin, il disparaît brusquement du paysage, fuyant courageusement le chaos dans lequel il a plongé son pays. On le voit réapparaître quelques temps plus tard à la tête du Ministère des Affaires étrangères.

On le dit paresseux et gaffeur. On le décrit comme un ministre calamiteux. On en fait même un « Trump britannique », sans le sens des affaires du Président des USA. Le Président américain, qui était à Londres la semaine dernière, en a d’ailleurs fait grand compliment, en évoquant avec lui la perspective d’un accord commercial entre l’Angleterre et les États Unis.

Bye Europe, Hello America !

Les Brexiters ne s’en cachent pas, leur but initial est de tourner le dos à l’Europe pour ouvrir grand les bras à la patrie de l’Oncle Sam. Grâce à des conditions sociales et fiscales très avantageuse, ils souhaitent même faire du pays une sorte de Singapour européenne, une plateforme entièrement dédiée au commerce avec l’Asie et l’Amérique. Boris Johnson a d’ailleurs tout récemment dévoilé sont programme fiscal : une large et profonde baisse d’impôts pour les contribuables les plus riches, qui ressemble à s’y méprendre à la façon de faire de Donald Trump.

« Entre l’Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large », avait déclaré Churchill. Il y a fort à parier que ces mots prennent tout leur sens très bientôt.

Chloé LOURENÇO